Vous ne commencez pas à en avoir
marre des synthèses équilibrées et fadasses moulinées par des robots à coups de
bullet points ? Ils ne savent pas de quoi ils parlent. Ils n’ont aucun des
défauts qui font le charme de l’esprit humain : la bonne vieille mauvaise
foi, les références approximatives compensées par l’intuition, les obsessions
inexplicables, les bricolages plus ou moins créatifs. Les blogs sont devenus un
refuge à l’écart des algorithmes. Ici, on improvise. Certes, le résultat est inégal, mais c’est précisément ce qui distingue l’IH de l'IA froide et obséquieuse
(jusqu’à quand ?).
lundi 31 août 2026
Intelligence Humaine
dimanche 30 août 2026
samedi 29 août 2026
Résolution nocturne
Cela me revient : cette
nuit, pendant la séquence insomnie, j’ai pensé qu’il fallait écrire un
livre, un vrai, et pas me contenter des notes décousues du Carnet. Très bien, me suis-je dis comme si je répondais à une sorte
d’autorité supérieure. Mais il y a un petit problème à régler. Pour écrire un
livre il faut un sujet, même vague ; or, je n’en ai aucun. Cela a toujours
été ma limite : je n’ai aucun message à délivrer. Ecrire pour faire advenir
quelque chose qui ne peut apparaitre autrement que dans le processus
d’écriture ? Là oui, il y a peut-être une piste. Reste à mettre en place
un rituel, des horaires réguliers, le tout suivi avec assiduité. Bref, le plus
dur reste à faire.
vendredi 28 août 2026
Une lecture
Je ne peux m’empêcher de repenser
à un texte d’André Hardellet dans lequel il évoque un condisciple qu’il a
côtoyé au lycée. Brillant, séduisant, toujours accompagné de jolies filles,
réussissant tout avec une grande désinvolture, totalement détaché vis-à-vis
de ses succès comme s’il cherchait ailleurs quelque chose qui ne soit pas,
selon son expression, « de la chansonnette ». De longues années après l’avoir
perdu de vue, le narrateur rencontre un ancien élève qui lui apprend la mort du
condisciple en question dans un pays étranger. Il travaillait sur un chantier comme
manœuvre et vivait dans des conditions misérables.
jeudi 27 août 2026
Nuages, le retour
J’ai salué le retour du vent et
de la pluie. J’aimerais fêter le retour des merveilleux nuages si chers à l'étranger de Baudelaire. Ils nous ont
terriblement manqué au cours de cet été sans fin. A l’occasion du déplacement
de la météo de la Côte d’Azur en Bretagne, nous avons pu mesurer à quel point
un ciel uniformément bleu présent chaque matin pouvait s’avérer accablant.
Aujourd’hui, lors de la promenade baignée par une brise rafraichissante, je
suis soudain tombé en arrêt devant « l’architecture mobile des nuages » (Baudelaire again).
Avec un peu de chance, nous devrions en profiter jusqu’au retour de l’été.
mercredi 26 août 2026
Un épisode de vos vacances (2)
mardi 25 août 2026
Racontez un épisode de vos vacances
Le 20 août, la température était idéale. Un ciel un peu nuageux, juste ce qu'il faut pour faire alterner les plages d'ombre et de soleil. Et surtout, du vent. Passer du temps à contempler le balancement des feuilles et des branches dans le jardin, comme un convalescent longtemps privé de ces choses banales et essentielles dont on savoure tous les aspects en osant à peine y croire. L'enfer du soleil brûlant, les arbres totalement immobiles, c'était un mauvais rêve ?
lundi 24 août 2026
Technologie de pointe
![]() |
| Design by Bill Térébenthine |
J’ai retrouvé des K7 audio. Elles ont trente ans. J’aime assez me frayer ainsi de petits tunnels temporels (l’expression est d’André Hardellet) rien que pour le vertige, hélas rapidement dissipé. Le son de ces compilations est en "Dolby Stereo". Il est légèrement voilé, profond et chaud, absolument parfait pour la Deep Soul. J’ai conservé la majeure partie des compilations que je faisais à l’époque à partir de disques vinyles empruntés à la médiathèque. Je crois que je vais me replonger avec délice dans cette collection pour fêter l’automne, le retour du vent, des ciels gris et du crachin.
dimanche 23 août 2026
samedi 22 août 2026
Ce qui nous déplait
"Ce n'est jamais l'opinion des autres qui nous déplaît, mais la volonté qu'ils ont quelquefois de nous y soumettre, lorsque nous ne le voulons pas."
Joseph Joubert
vendredi 21 août 2026
Savoir-vivre
Il n’y a pas
que des chauffards dans nos rues ; il y a également des chauffardes. Plus
sérieusement, il faut dire que les échanges courtois ne sont pas si rares. Une
scène dans ce genre m’a récemment surpris. Le conducteur casqué
d’un scooter s’était arrêté et avait
attendu patiemment que je traverse la rue sans faire des vroum vroum »
avec son moteur comme s’il craignait qu’il s’arrête. Arrivé à sa hauteur, je
lui lancai un « merci », ce à quoi il répondit « Je
vous en prie ». Je me suis demandé si j'avais bien entendu. J’ai appris plus tard que des
influenceurs avaient lancé sur les réseaux la vogue du savoir-vivre et de ses règles.
jeudi 20 août 2026
Noël en été
mercredi 19 août 2026
Après le cinéma
![]() |
| Nashville de Robert Altman |
Ce n’est pas un choix, encore
moins le fruit d’une décision (j’en prends peu), mais force est de constater
que je n’ai pas regardé de film depuis un certain temps. Je crois que le
dernier en date est l’excellent Une
bataille après l’autre. Depuis, plus rien. Cela ne me manque pas. Je ne
m’étais même pas aperçu de cette interruption. J’y ai pensé en regardant les
films proposés sur la plateforme d’Arte où rien ne me tentait. J’ai eu des
périodes de boulimie filmique. A un moment, j’avais repéré un site où on
trouvait tout ce qu’on voulait. J’en avais profité pour voir tous ces films
dont j’entendais parler pendant mon adolescence sans avoir aucune chance de les
voir. J’avais passé de bons moments avec ces classiques du Nouvel Hollywood et
j’avais adoré les films d’Altman (Nashville, Trois femmes, John
McCabe...). Ensuite, j’ai voulu découvrir le cinéma asiatique et là, ce fut
une catastrophe. Je me suis rarement autant ennuyé.
mardi 18 août 2026
Sur la permanence de certaines choses
Les bouddhistes méditent sur
l’impermanence des choses
mais moi je vois des choses qui
ne changent pas
et qui ne changeront pas avant
une éternité
en faisant les courses au
supermarché
ou dans les rues de la ville
je peux voir des touristes hagards et épuisés
ils font leur devoir de touristes
ils le font coute que coute
et ils le feront jusqu’au bout
même si tout brûle autour d’eux
ils le feront jusqu’à en mourir
parce qu’ils ont été programmés
pour faire tourner la machine
et rien ne pourra les faire
dévier
de leur devoir de touristes
lundi 17 août 2026
Stoppez le massacre !
J’en parlais récemment avec lepremier ministre, il est urgent de mettre fin aux élevages intensifs. C’est le
sujet d’une tribune publiée dans le Monde signée par des chercheurs spécialistes de
la condition animale et de l’écologie.
Pensez-y la prochaine fois que vous dégusterez une saucisse ou un steak :
la grande majorité de la viande consommée en France est issue de ces fermes-usines. Une surmortalité record des animaux a été observée dans ces lieux début juillet.
Or,, l’élevage,
qui subit durement les effets du dérèglement climatique, en est également une des
principales causes (20 % des émissions de gaz à effet de serre au niveau
mondial). Un argument qui peut faire accélérer les choses : une sortie
rapide des productions animales à l’échelle mondiale aurait le potentiel de
stabiliser le niveau des gaz à effet de serre dans l’atmosphère pour trente
ans, et de compenser 68 % des émissions au XXIe siècle, grâce à la récupération
de terres associée. Pour finir, songer quelques secondes aux conditions de vie et de mort des animaux
prisonniers de ces fermes-usines, et pas seulement durant les hécatombes
causées par les vagues de chaleur découlant du dérèglement climatique.
dimanche 16 août 2026
samedi 15 août 2026
Conversation (extrait)
— Il y a les éco-anxieux qui ont
l’impression de vivre la fin de la vie sur terre et les complotistes qui voient
partout de la propagande. Tout le monde a l’air nerveux. Toi, tu n’as pas l’air
inquiet. Tu t’y prends comment pour tenir le coup ?
— Comme d’habitude : musique
et lecture. Rien de bien original, surtout pour toi qui me connais bien. Des
valeurs sûres auxquelles je reviens régulièrement. En ce moment : Gram
Parsons, 1973-74 The Complete Reprise
Sessions et André Hardellet, Les
Chasseurs I & II.
— Effectivement. Gram Parsons, je
l’ai souvent entendu dans ta voiture.
— Sa voix a sur moi le même
effet bénéfique que celle de Sam Cooke.
vendredi 14 août 2026
Le temps qui passe
J’ai trouvé sur internet une
photographie récente d’une personne qui fut un ami vers la fin des années 70. Je
suis encore sous le choc. Le jeune homme qui affichait un air détaché et amusé a cédé
la place à un homme âgé, barbe blanche, visage grave et sérieux. Je ne sais pas pourquoi cette découverte pourtant assez prévisible m’a plongé dans une telle perplexité. J’y ai repensé une
partie de la nuit. Je revoyais l’image de ce professeur proche de la retraite et je me disais que je ferais probablement le même effet
à quelqu’un qui ne m’aurait pas revu depuis mes vingt ans. Oui, probablement, mais j’ai suivi le film au fur et à mesure dans les miroirs de mes salles de bain. L'effet produit par une ellipse d'une cinquantaine d'années est redoutable.
jeudi 13 août 2026
Auriez-vous vu passer la réalité ?
Je tiens à préciser que je n’ai
rien contre la réalité. Je circule à l’intérieur de manière plutôt confortable,
certains de ses aspects peuvent arrêter agréablement mon regard et la beauté
n’est pas une chose rare. Autrefois, quand j’étais morose (voir le texte sur
Pessoa), je percevais différemment la réalité. Aujourd’hui, mon regard a changé
et la réalité a changé d’aspect. J’en conclue que la réalité est en grande
partie une construction de la conscience. Les technologies numériques ne mettent
pas en doute la réalité ; elles font seulement ressortir sa faible
consistance. La « réalité » est une image comme une autre, une illusion selon
les sages indiens. Sur ce sujet comme pour d’autres, la coexistence des points
de vue suffit à maintenir un sain scepticisme. Il convient de rester ouvert à
toutes les propositions en ne s’attachant à aucune.
mercredi 12 août 2026
Adieu tristesse
J’ai beau fouiller mon âme
je ne trouve aucune trace
de la tristesse exprimée
avec précision
par Álvaro de Campos
vivre ne semble plus faire
souffrir
« comme une position
malcommode »
pourtant tous les matins
j’aime lire cette poésie triste
elle vient me rappeler
que j’ai été triste autrefois
je l’ai été longtemps
tellement longtemps
que cette tristesse
était devenue
mon état ordinaire
mais la tristesse s’est enfuie
sans que je comprenne pourquoi
je la regrette un peu
j'entretiens sa mémoire
avec la tristesse de Pessoa
mardi 11 août 2026
Pour ou contre Céline ?
Pauvre Céline
Il pue quand même
Un peu beaucoup
La merde
Il a ses adorateurs
Ses fanatiques
Plus ou moins malsains
Je n’ai jamais cherché
A relire le Voyage
Et je n’ai jamais pu
Dépasser les premières pages
De Mort à Crédit
La suite on n’en parle même pas
De plus en plus de petits points
La fuite honteuse avec les
collabos
Et les éructations d’un loser
mégalomane
En résumé j’ai fait une croix
Définitive
Sur Céline
lundi 10 août 2026
Révélation encombrante
Il y a ce moment au début de
l’adolescence où l’on comprend soudain que tout est bidon. Tout ce qu’on vous a
raconté était faux, tout ce qu’on vous a dit était creux, tout ce à quoi on a
voulu vous faire croire pendant l’enfance était du vent. Les adultes jouent un
rôle et ils ne le jouent pas très bien. Il y eut ce moment joyeux qui déboucha
sur une période de grande liberté. Mais vinrent ensuite les années maussades,
le début de l’âge adulte, lorsqu’on réalise qu’on n’a pas le choix : si on
veut éviter la clochardisation, il faut obligatoirement revenir dans le jeu
collectif et apprendre à faire semblant.
dimanche 9 août 2026
samedi 8 août 2026
Publicité
vendredi 7 août 2026
Infos
Google a enfin réussi à indexer
le Carnet. Bravo. En revanche, sur le
front de la lutte contre le vieillissement, pas de progrès remarquable. Je
parcours le dossier du Point consacré
au sujet. Le bon vieux bistouri et le classique botox sont toujours d’actualité.
En évitant de changer complètement le visage, tient à préciser une star de la
chirurgie esthétique. Une nouveauté à signaler : « les polynucléoides
connus sous le nom de « sperme de saumon » car souvent produit à partir
de l’ADN de l’animal » pour améliorer la qualité de la peau en stimulant
le derme. A part ça, ici en Bretagne, nous avons le temps de la côte d’azur au
vingtième siècle. Il y a même eu un petit incendie sur le GR34.
jeudi 6 août 2026
Karen Dalton et autres images
mercredi 5 août 2026
Réapparition d’un souvenir
Le déclenchement s’est produit
tandis que j’entendais, sans l’écouter vraiment, la voix de Bernadette Lafont
à la radio. Son physique à ses débuts, sa voix et aussi une forme de gouaille
associée à certains de ses rôles, tous ces éléments ont fait revenir une fille que j’ai côtoyée quand j’avais dix ans. Elle prenait le car qui nous
conduisait au collège situé dans la ville la plus proche. Comme elle montait au
village précédent, elle était déjà installée quand j'entrais dans le car. Elle me
réservait toujours la place à côté d’elle. Elle était plus grande, assez intimidante. Dans mon souvenir,
elle était brune, les cheveux plutôt courts, un beau visage. Le genre
chef de bande parlant fort, interpellant ses copines et riant beaucoup. Elle avait décrété que j’étais
son protégé, un peu comme son petit frère. Un lien avait fini par se créer entre nous, au-delà des mots, car nous parlions peu. Nous nous sommes dit au revoir un peu tristement le dernier jour de l’année scolaire. Nous ne nous sommes jamais revus ; j’ai changé de collège l'année suivante.
mardi 4 août 2026
Changement de ton
— Maintenant, il va falloir
reparler du Journal de Matthieu Galey.
— Et bien vas-y.
— Ma lecture s’étend sur une
longue période. Le bouquin fait 900 pages et j’en lis une ou deux par
jour (aux toilettes). Jusque-là, c’était une lecture agréable et légère,
le ton est toujours vif et c'est bien écrit. Mais depuis quelques temps, le ton
a changé avec l’annonce d’une maladie incurable (Charcot) et la mise en route
simultanée d’un compte à rebours et d’une dégradation physique. Je pourrais
interrompre là, mais je trouverais ça un peu dégueulasse. Je veux l’accompagner.
— C’est quoi, le
problème ? L’exhibitionnisme ou le voyeurisme ?
— Ni l’un ni l’autre. Galey est
d’une dignité impressionnante. Alors qu’il se décrit boitant, presque aphone,
c’est toujours le même humour froid et distancié pratiqué depuis le début du Journal.
Comme dans ce passage. « Ma santé morale m’épate. Tandis que la mécanique
se déglingue chaque jour un peu plus, pas le moindre toussotement
mystique. » Ou encore lorsqu’il constate qu’il a du mal à refaire une promenade
faite le mois précédent : « Dans cette maladie « à
paliers », j’ai dû descendre un étage. »
— L’humour noir, le vrai.
lundi 3 août 2026
Bilan d'étape
Je suis un peu superficiel. Je passe de Bouddha aux Who, de Sam Cooke à Cioran. C’est ce qui semble convenir à mon cerveau « atypique » (aimable euphémisme pour dire complètement tordu). La concentration sur un point à l’exclusion de tout le reste, cela m’est interdit pour cause de déficit d’attention (TDAH). Je ne parle pas des souffrances endurées pendant les périodes où j’essayais vainement de me conformer au fonctionnement cognitif normal. J’ai depuis longtemps renoncé à lutter ; j’avance à mon rythme en suivant sans chercher à les canaliser les circonvolutions aberrantes de mes neurones bizarrement connectés. Bref, tout va bien.
dimanche 2 août 2026
samedi 1 août 2026
L'amour du prochain
Le soleil cogne à nouveau
Promenade du chien écourtée
Retour à l’ombre
Après avoir lancé une malédiction
Aux deux conducteurs
Qui sont passés sans s’arrêter
Au passage piéton
Où j’attendais avec le chien
Je leur ai dit d’aller crever
Mais je l’ai dit silencieusement
Sans rien manifester
extérieurement
Pas d’insultes de gestes
agressifs
L’un de ces abrutis serait
capable
De revenir me casser la gueule
Il ne manquerait plus que ça
























