G-0C9MFWP390 Le Carnet de Joe Legloseur

samedi 6 juin 2026

Dögen, le temps et l'IA


Il m’arrive de me focaliser sur un sujet pendant une période plus ou moins longue. En ce moment, c'est Dögen et plus particulièrement sa conception du temps qui retiennent mon attention. Le texte japonais, qui semble poser des problèmes de traduction, n'est pas toujours clair. Il est cependant suffisamment fascinant pour stimuler la curiosité et donner envie d'approfondir. J'ai demandé à Claude (l'IA) de me proposer une présentation claire en doutant un peu de la réponse. Surprise, la fiche est limpide. 

"Dōgen Zenji (1200–1253), fondateur du zen Sōtō au Japon, développe dans le Shōbōgenzō —

notamment dans le fascicule Uji (有時, littéralement « être-temps ») — une philosophie du temps

d'une originalité radicale.

1. Uji : l'être est temps, le temps est être

Pour Dōgen, l'être et le temps ne sont pas deux choses distinctes. Chaque existant est son temps

propre. Il n'y a pas d'abord des choses, qui ensuite « existent dans le temps » comme dans un

contenant neutre. L'existence et la temporalité sont une seule et même réalité.

Toute chose, tout être est temps. Il n'y a pas un seul instant qui ne soit être, pas un seul être qui ne

soit temps.

2. Le rejet du temps-fleuve linéaire

Dōgen refuse l'image ordinaire du temps comme fleuve allant du passé vers le futur, dans lequel les

choses seraient emportées. Cette représentation présuppose un temps vide, homogène,

indépendant des êtres — ce qu'il rejette fondamentalement.

Le temps ne « passe » pas devant nous. C'est nous qui sommes le passage.

3. La « présence totale » de chaque moment (nikon)

Chaque instant (nikon, 而今) n'est pas un point sur une ligne, mais une totalité qui contient en lui-

même sa propre plénitude. Le moment présent n'est pas une tranche mince entre passé et futur — il

est complet en lui-même.

Cela implique que le passé et le futur ne sont pas « ailleurs » : ils sont présents dans la structure

même de l'instant vécu.

4. La « passée-ité » du passé et son indestructibilité

Point souvent mal compris : pour Dōgen, le passé ne disparaît pas. Ce qui est arrivé est arrivé de

façon immuable — en ce sens, l'instant passé est éternel dans sa passée-ité. La pratique zen

(notamment zazen) ne vise pas à « revivre » le passé, mais à s'éveiller à cette permanence de chaque

instant accompli.

5. Temps et pratique : shushō-ittō

La conséquence pratique est décisive. Dōgen enseigne l'unité de la pratique et de l'éveil (shushō-ittō)

: zazen n'est pas un moyen en vue d'un éveil futur. Pratiquer maintenant, c'est déjà l'éveil, parce que

ce moment-ci est temps-être dans toute sa plénitude. Il n'y a pas à « attendre » un autre moment.


La pensée de Dōgen anticipe, de façon frappante, certaines intuitions de la phénoménologie

occidentale — notamment Heidegger sur l'être-dans-le-temps — tout en restant enracinée dans une

visée sotériologique bouddhiste : se libérer de l'illusion d'un temps qui nous échappe, pour habiter

pleinement chaque instant.

 

jeudi 4 juin 2026

Rester fumiste


 

J’ai toujours été frappé de constater que ce qui était complètement dévalorisé à un endroit était présenté de manière très positive ailleurs. Etre sensible à ces variations conduit inévitablement au relativisme (cette position est généralement assez mal vue par les fanatiques qui sont certains de détenir la vérité). En écho à la lecture de Cioran, je ressors ces temps-ci de la bibliothèque des livres de philosophes taoïstes et de moines zen. C’est l’occasion de constater, une fois de plus, que toutes les qualités qu’on attribue aux sages dans les pensées orientales (détachement, non agir, isolement, etc.) sont chez nous tenues pour des défauts (désengagement, paresse, égoïsme etc.). Ces lectures me font du bien dans la mesure où elles m'encouragent à persévérer dans la voie qui a toujours été la mienne, celle qui me faisait traiter de fumiste par mes professeurs et mes employeurs.

mercredi 3 juin 2026

Un peu de féminisme (2)


 "On n'écoute pas les femmes gracieuses, les femmes dignes de ce nom. Mais tandis qu'elles parlent, on admire le mouvement de leurs épaules, de leurs cils, de leurs paupières, de leurs lèvres. Le charme essentiel de la femme consiste à faire passer ce qu'elle dit après ce qui émane d'elle. Qui s'en plaindrait ?"

Georges Perros, Papiers collés


mardi 2 juin 2026

Un peu de féminisme


 "Si je préfère les femmes aux hommes, c'est parce qu'elles ont sur eux l'avantage d'être plus déséquilibrées, donc plus compliquées, plus perspicaces et plus cyniques, sans compter cette supériorité mystérieuse que confère un esclavage millénaire"

Cioran, Aveux et anathèmes

lundi 1 juin 2026

Futur


 

L’épisode caniculaire de mai 2026 nous aura montré ce qui nous attend dans les années à venir. L’action gouvernementale consistera pour l’essentiel à signaler sur des cartes les zones devenues inhabitables. Le reste du temps, les médias et les partis populistes relaieront la révolte du peuple contre les excès de l’écologie punitive. Enfin, lorsque tout sera cuit et la fin du monde inéluctable, on organisera en urgence une réunion interministérielle.

samedi 30 mai 2026

La séquence du spectateur


 

Je regarde d’un œil

un court extrait

d'un film de Sautet

uniquement pour le plaisir

de voir des gens fumer

mais je ne tiens pas longtemps

parce que je ne supporte pas

Montand

vendredi 29 mai 2026

songe-creux


 

Le « déploiement phénoménal » : exemple d’expression qui déclenche chez moi un état spécial. Modification de la perception, simple illusion ou rêverie d’un songe-creux ? Difficile à dire. Cette petite secousse de l’esprit ne s’apparente certainement en rien à ce que Dōgen désigne par le terme « Eveil » mais, à défaut de grandes illuminations, nous nous contenterons de ces petites manifestions obtenues par inadvertance.

jeudi 28 mai 2026

Cioran sur Fitzgerald

 


Cioran s'intéresse à The Crackup (La Fêlure), seul livre de l'écrivain américain susceptible de retenir son attention. 

"Son style désinvolte nous laisse entrevoir ce qu'on pourrait appeler le charme de la vie brisée. J'ajouterais même que l'on est "moderne" dans la mesure où l'on est sensible à ce charme. Réaction de désabusés, sans doute, d'individus qui, incapables de recourir à un arrière-plan métaphysique ou à une forme de transcendance de salut, s'attachent à leurs maux avec complaisance, comme à des défaites acceptées. Le désabusement est l'équilibre du vaincu. Et c'est en vaincu que Fitzgerald, après avoir conçu les vérités impitoyables du Crack-up, se rend à Hollywood pour y chercher le succès, - toujours le succès, auquel, d'ailleurs, il ne pouvait plus croire. Au bout d'une expérience pascalienne, écrire des scénarios"