Il m’arrive de me focaliser sur un sujet pendant une période plus ou moins longue. En ce moment, c'est Dögen et plus particulièrement sa conception du temps qui retiennent mon attention. Le texte japonais, qui semble poser des problèmes de traduction, n'est pas toujours clair. Il est cependant suffisamment fascinant pour stimuler la curiosité et donner envie d'approfondir. J'ai demandé à Claude (l'IA) de me proposer une présentation claire en doutant un peu de la réponse. Surprise, la fiche est limpide.
"Dōgen Zenji (1200–1253), fondateur du zen Sōtō au Japon, développe dans le Shōbōgenzō —
notamment dans le fascicule Uji (有時, littéralement « être-temps ») — une philosophie du temps
d'une originalité radicale.
1. Uji : l'être est temps, le temps est être
Pour Dōgen, l'être et le temps ne sont pas deux choses distinctes. Chaque existant est son temps
propre. Il n'y a pas d'abord des choses, qui ensuite « existent dans le temps » comme dans un
contenant neutre. L'existence et la temporalité sont une seule et même réalité.
Toute chose, tout être est temps. Il n'y a pas un seul instant qui ne soit être, pas un seul être qui ne
soit temps.
2. Le rejet du temps-fleuve linéaire
Dōgen refuse l'image ordinaire du temps comme fleuve allant du passé vers le futur, dans lequel les
choses seraient emportées. Cette représentation présuppose un temps vide, homogène,
indépendant des êtres — ce qu'il rejette fondamentalement.
Le temps ne « passe » pas devant nous. C'est nous qui sommes le passage.
3. La « présence totale » de chaque moment (nikon)
Chaque instant (nikon, 而今) n'est pas un point sur une ligne, mais une totalité qui contient en lui-
même sa propre plénitude. Le moment présent n'est pas une tranche mince entre passé et futur — il
est complet en lui-même.
Cela implique que le passé et le futur ne sont pas « ailleurs » : ils sont présents dans la structure
même de l'instant vécu.
4. La « passée-ité » du passé et son indestructibilité
Point souvent mal compris : pour Dōgen, le passé ne disparaît pas. Ce qui est arrivé est arrivé de
façon immuable — en ce sens, l'instant passé est éternel dans sa passée-ité. La pratique zen
(notamment zazen) ne vise pas à « revivre » le passé, mais à s'éveiller à cette permanence de chaque
instant accompli.
5. Temps et pratique : shushō-ittō
La conséquence pratique est décisive. Dōgen enseigne l'unité de la pratique et de l'éveil (shushō-ittō)
: zazen n'est pas un moyen en vue d'un éveil futur. Pratiquer maintenant, c'est déjà l'éveil, parce que
ce moment-ci est temps-être dans toute sa plénitude. Il n'y a pas à « attendre » un autre moment.
La pensée de Dōgen anticipe, de façon frappante, certaines intuitions de la phénoménologie
occidentale — notamment Heidegger sur l'être-dans-le-temps — tout en restant enracinée dans une
visée sotériologique bouddhiste : se libérer de l'illusion d'un temps qui nous échappe, pour habiter
pleinement chaque instant.







