"Je lis, je lis. La lecture est ma fuite, ma lâcheté quotidienne, la justification de mon incapacité de travailler, l'excuse à tout, le voile qui couvre mes échecs et mes impossibilités."
A part ça, je m’ennuie beaucoup à
la lecture de Vila-Matas. Je vais quand même finir de lire son Montevideo d’abord parce que c’est une
règle : soit j’abandonne dès les premières pages soit je vais au bout d’un
livre. Mais surtout, j’aimerais comprendre pourquoi celui-ci est si creux et
décevant alors que la lecture d’une critique m’avait donné envie de le lire. J’avais
cru deviner une proximité avec ma propre entreprise d’équilibriste au-dessus du
vide. Je ne trouve aucun écho dans son travail parfaitement maîtrisée, mais parfaitement
vain. Pourtant son thème de prédilection, l’écrivain qui n’écrit plus - ce
qu’il appelle le « syndrome Rimbaud » - m’a
toujours intéressé et voire même fasciné en ce qui concerne le cas du poète des
Illuminations.
Extrait d'un projet en chantier que j'ai appelé Le livre
Lu Signé Irène de Vincent Almendros que j’avais choisi simplement parce que je m’étais dit : « Tiens !
Je n’ai pas lu de livre des éditions de Minuit depuis longtemps. » Je l’ai
commencé sans rien savoir de l’auteur ni du sujet. Il ne s'agit pas un roman mais d'un livre de souvenirs autour d’une personne décédée. Comme il s’agit de l’éditrice
de l’auteur, fille de Jérôme Lindon le créateur de la maison d’édition, on
comprend qu'elle a joué un rôle important dans sa vie. Le récit découpé
en courts chapitres de deux ou trois pages retrace les relations entre le
narrateur et cette femme stricte et exigeante depuis la relecture du
premier manuscrit dans son bureau jusqu’à la scène
finale de l’enterrement au Père-Lachaise. Almendros décrit avec précision chaque souvenir de rencontre toujours centré sur la littérature et l'écriture (choix d'un mot, emplacement d'une virgule...). Comme l'auteur, le lecteur apprend à connaître peu à peu cette femme réservée et à apprécier son élégance venue d’un autre temps.
Je ne suis pas un grand amateur de biographies mais j'ai un certain intérêt pour les destins brisés de certains chanteurs de Soul comme par exemple celui de James Carr, l'interprète du classique The Dark End Of The Street. Lorsque Peter Gurealnick parvient à le retrouver en compagnie de son producteur, il a disparu du circuit depuis de nombreuses années.
"Bouffi, l'esprit visiblement confus, les yeux hagards et les cheveux en pétard, Carr ne ressemblait en rien au jeune homme que montrent ses premières photos publicitaires. En voiture dans les quartiers sud de Memphis ou assis dans un restaurant devant une tasse de café, James semblait pratiquement amorphe, respirait difficilement et irrégulièrement et restait sans réaction face aux demandes de Roosvelt. "Ce monsieur peut faire beaucoup pour toi, tenta Roosevelt. Est-ce que tu comprends d'où je viens ? Tu es prêt à te réveiller et à nous parler un peu, maintenant, ou tu vas te rendormir ?" Roosevelt demanda à sa découverte comment elle se sentait. "J'ai juste un peu mal à la tête", répondit James. Il y a quelques années, Roosevelt a hypothéqué sa maison pour financer une session d'enregistrement avec James, laquelle tourna court. Il semblait prêt à récidiver. "Ne sommes-nous pas amis ?" se hasarda-t-il à demander en désespoir de cause. "Quelquefois", répondit James, avec la ruse des vrais déments."
Les différentes crises en cours ont eu tendance à éclipser un petit évènement musical : Les Stones viennent de sortir un single plutôt bien envoyé dans une indifférence presque générale. Et oui, c'est dommage car ce titre est tout à fait honorable (et pas seulement compte tenu de l'âge des participants). Bon, la musique à base de riffs de guitare et le chant de Jagger ne surprendront personne mais on peut noter l'apport d'un saxophone qui vient agréablement enrichir le son. Le texte est une autre bonne surprise. On peut y voir une actualisation de la nervous breakdown des sixties - il n'y a pas de mal à se plagier soi-même. L'important ici, c'est le fait qu'ils continuent à faire de la musique et y prennent, semble-t-il, du plaisir. On ne peut ignorer l'aspect financier mais, dans leur cas, on peut difficilement le mettre en avant. Tout cela me fait penser à un commentaire lu je ne sais plus où et qui répondait à ceux qui trouvaient que Keith avait mal vieilli en disant que c'était le fait qu'il vieillisse qui était remarquable.