Je ne me suis pas rendu physiquement dans
le village où j’ai grandi depuis plus de quarante ans, peut-être cinquante. En revanche, il
m’est arrivé d’y retourner virtuellement via les images prises par Google. En cliquant pour avancer par sauts dans les rues, j’ai pu constater
que tout était vieux là où j’avais été jeune (dixit Alvaro de Campos). Je me
sens étranger dans ces lieux, signe d'une évasion réussie. Les décors de mes souvenirs
d’enfance ont été remplacés par de nouvelles façades de magasins, des
ronds-points sont apparus. A la sortie du village, le chemin qui
conduisait dans le bois qui nous servait de terrain de jeu a
été goudronné pour desservir les maisons cubes qui ont poussé là. J’ai bien
fait de ne jamais revenir.
Le Carnet de Joe Legloseur
Réflexions vaines et inutiles notées au fil des jours.
samedi 10 octobre 2026
Sans issue
vendredi 9 octobre 2026
Les belles histoires de l’oncle Joe
1971 ne fut pas pour nous la seule année chamboulante
; il y eut également 1976. Les Inrockuptibles
lui consacrent un numéro hors-série intitulé « 50 ans du Punk ».
Argh ! C’est de l’Histoire. Et c’est aussi la nôtre. Il se passait
tellement de choses cette année-là, tant de groupes nouveaux apparaissaient, tant de
disques sortaient. On ne pouvait en saisir qu’une partie. Cela touchait la
musique, bien sûr, mais également l’illustration et le graphisme (Bazooka
débarquait à Libération), l’écriture, les fringues, les idées... Le Punk qui se pointait pendant l’année 1976, c’était d’abord
une énergie rock qui renouait avec les origines tout en les réinventant. Cela
reste toujours vivant un demi-siècle plus tard. Les lycéens qui courent en criant dans
les rues grises de cet automne en sont les héritiers (même s’ils ne le savent
pas) comme ils sont les descendants des mods qui se battaient avec les bobbies sur les plages anglaises, des hippies qui manifestaient contre la guerre, des situationnistes qui occupaient la Sorbonne en 68. Cela
s’appelle la jeunesse, tout simplement. Cela a toujours été son rôle de secouer la société des
adultes.
jeudi 8 octobre 2026
Annotations
Je ne sais pas d’où vient cette édition
de poche du Livre second des Essais. Il porte au dos une étiquette « Gibert
jeune occasion ». Le livre est solide bien que très usagé. En revanche, un
lecteur a annoté certains passages de l’apologie de Raymond Sebond, ce qui n'en facilite pas la lecture. Il a entrepris de restructurer les textes en
numérotant des sous-paragraphes et en ajoutant des commentaires dans les
marges. Ceux-ci étant illisibles, ils n’apportent rien d’autre que de la
confusion visuelle. Mais ce n’est qu’un mauvais moment à passer. La
fin du livre semble intacte.
mercredi 7 octobre 2026
Remix
Un orage a éclaté
Vers 18 heures
La promenade du chien
A été annulée
Il a compris
En voyant la pluie
Tomber sur la terrasse
Maintenant c’est la nuit
Le son des gouttes
Qui cognent sur le toit
Se mêle à la musique
Une version remix
De Treat Me Nice
Par DJ Storm
mardi 6 octobre 2026
Balayer la terrasse
Pourquoi se préoccuper
Des affaires du monde
Au lieu de vivre
Comme un moine
Ou plutôt comme
Un anachorète
Du grec ancien anakhōrētḗs
Celui qui s’est retiré
Ou éloigné du monde
Vivre dans la solitude
Et la contemplation
C’est devenu impossible ?
C’est exact mais cela
N’empêche pas de vivre
De discrets moments
Purement anachorètiens
Par exemple en balayant
La terrasse dans le soleil
D’un matin d’automne
lundi 5 octobre 2026
Revue de presse
dimanche 4 octobre 2026
samedi 3 octobre 2026
Aller retour
J’écoute avec un grand plaisir ma playlist « 1971 ». Parler à ce sujet de nostalgie serait à mon avis une erreur. Le mot « nostalgie » traine un halo suspect de tristesse complaisante et de regrets pleurnichards. En réentendant les chansons découvertes à 13 ans, je ne suis pas triste du tout et je ne regrette rien. Du point de vue neurologique, le circuit de la récompense est suractivé. Mais au-delà de cette réaction de plaisir immédiat, il s’agit aussi d’un voyage dans le temps. Il n’a a pas de souffrance à revenir en arrière vers une époque révolue puisqu’on circule aisément entre passé et présent pendant le temps d'une chanson. La circulation est fluide. Voici ce que notait Cioran dans ses Cahiers après avoir entendu, probablement à la radio, une chanson de sa jeunesse. « Je viens d’entendre Ramona, la rengaine à la mode vers 1929, date à laquelle je quittai Sibiu pour aller à Bucarest, à l’université. Le commentateur la trouve ridicule ; elle l’est peut-être, mais, pour moi, elle m’évoque une période de ma vie beaucoup mieux que ne feraient les plus grands efforts de ma mémoire ou un retour sur les lieux de ma jeunesse. »
vendredi 2 octobre 2026
Le défilé des réparateurs
Tant de personnes pensent savoir
avec certitude comment réparer la société. Je pense au « tintamarre » évoqué par
l’auteur des Essais lorsqu’il passait en revue les multiples
explications du monde proclamées par les « cervelles philosophiques »
de l’Antiquité. On trouve ce passage dans l’« Apologie de Raimond Sebond »
(Livre 2, chap. XII). Montaigne y avançait avec prudence ; le scepticisme qu’il
adopte pouvait en effet difficilement être compris et encore moins accepté à
une époque où l’on s’étripait au nom des dogmes religieux. J’ai l’impression
qu’il est toujours assez peu apprécié.
jeudi 1 octobre 2026
Aveuglement
"Ce qu'il y a de pire dans l'erreur, ce n'est pas ce qu'elle a de faux, mais ce qu'elle a de volontaire, d'aveugle et de passionné."
Joseph Joubert, Pensées, essais et maximes






