J’aimerais chanter le charme de
ma sous-préfecture où il ne se passe jamais rien (le paradis, selon une chanson des Talking Heads). Mais je ne suis pas Julien Gracq. Je ne me sens pas du tout capable de décrire
les rues paisibles bordées d’arbres dont je ne connais même pas le nom. Ceci ne m’empêche
nullement de profiter pleinement des ambiances traversées lorsque je me promène
en ce lieu que j’ai trouvé un peu par hasard et qui me convient
complètement.
Le Carnet de Joe Legloseur
Réflexions inutiles et vaines notées au fil des jours.
jeudi 18 juin 2026
Paradis
mercredi 17 juin 2026
Piano
« Je joue du piano… pour rien. Parce que j’en ai envie. C’est une grande partie de ma vie […]. Je me demande même si je n’aime pas le piano davantage que la musique. Le piano, c’est un plaisir complet, qui va jusqu’au bout des doigts : il y a un plaisir particulier à enfoncer les touches. »
Vladimir Jankélévitch, L’Enchantement misical
mardi 16 juin 2026
Exil
lundi 15 juin 2026
Relecture
Il y avait peu de livres à la maison. Ils tenaient tous sur une petite étagère dans un placard. Je me souviens avoir trouvé et lu deux ou trois SAS, Douze chinetoques et une souris de James Hadley Chase et aussi un San Antonio, Fleur de nave vinaigrette, que j’avais apprécié à l’époque pour le côté ludique. Je viens de commencer la relecture. J’ai eu un peu de mal avec l'argot daté, les jeux de mots, les phrases tarabiscotées. En revanche, l’avertissement en préambule est drôle, le ton distancié n’a pas vieilli. Extrait :
« Sachant que la plupart de
mes contemporains sont d’un tempérament bilieux, je prends soin, chaque fois
que je publie un nouveau chef-d’œuvre, d’informer le lecteur que mes
personnages sont imaginaires, fictifs et tout. Cette fois, la précaution me
paraît superflue : qui donc, quel crâne plat, quel cerveau ramolli, irait
supposer que les héros de ce livre sont réels ? »
dimanche 14 juin 2026
samedi 13 juin 2026
En version originale
Je lis des poèmes
de Bukowski
en anglais
je ne comprends pas
tous les mots
mais je crois saisir
l’essentiel
comme lorsqu’il parle
de ses chats et qu’il dit
que comme lui
ils n’ont jamais élu
un président
c’est la même chose avec les chansons
pas besoin de traduction
pour saisir l'émotion
vendredi 12 juin 2026
Les boeufs et les avions
J’ai une forme de respect pour
ceux qui refusent de céder au découragement et cherchent à agir en affrontant
les gigantesques difficultés qui s’abattent sur ce siècle. Je n’ai pas de
raison d’être fier de mon désengagement plus ou moins ricanant mais, d’un autre
côté, je n’ai pas le sentiment de trop participer à la destruction en cours. Un
matin, j’ai entendu un groupe de sauveurs sympathiques qui présentaient leurs
mesures d’urgence pour tenter de sauver le vie sur terre : cela se
résumait à moins de bœuf et moins de kérosène. Dans mon lit, je me suis dit - avec
un brin de satisfaction - que je ne mange pas de viande depuis une bonne quarantaine
d’années et que mon dernier voyage en avion remonte à la fin des années 90 (Londres).
jeudi 11 juin 2026
Contre la lecture
Cioran : « Lire, c’est laisser un autre peiner pour vous. La forme la plus délicate d’exploitation. » (Copié avec la photo de la page sous les yeux car depuis que j’ai lu ce qu’il pensait de ceux qui citent de mémoire je n’ose plus avoir recours à cette facilité.)
On pense aux éloges accompagnés de larmes qui entourent
la disparition de la lecture. Comment peut-on à ce point idéaliser une pratique
asociale reposant sur la paresse intellectuelle ?
mercredi 10 juin 2026
Le plaisir de la répétition
J’ai mis la main sur un coffret
énorme, au sens propre, avec énormément de musique et une quantité toute aussi
énorme d’interprètes. Il s’agit de l’intégrale de tous les concerts donnés à
Woodstock lors du fameux festival de 69. Le triple album ne contenait qu’une
infime partie de cette avalanche de musique parfois ennuyeuse, souvent très
bonne et avec des moments magiques qui valent largement les célèbres extraits -
comme le F.U.C.K. de Country Joe ou l’hymne américain revisité par Hendrix. Je
réalise au passage que ma génération aura plus été marquée par l’influence de Woodstock
que par celle de mai 68, même si les échos des deux évènements flottaient dans
l’air au moment où nous commencions à découvrir le monde environnant. Comme
j’écoute également un pirate du groupe Ten Years After, je me demande une
seconde si je ne suis pas bloqué dans le passé et la répétition. Lorsque le
doute me frôle, je ressors l’aphorisme de Goethe : « La musique au
meilleur sens du terme ne requiert pas tant l’innovation ; au contraire,
plus elle est ancienne, plus on y est habitué et plus elle agit. »
mardi 9 juin 2026
Roman d'évasion
J’appartiens à cette catégorie de
lecteurs qui non seulement lisent encore des livres, mais qui en lisent trop.
Il s’agit d’une sorte d’addiction souvent concoctée dans la jeunesse lors de
périodes d’isolement et de solitude (l’internat dans mon cas). Cette manie me
conduit à lire un peu de tout. En ce moment, un roman de César Aira qui en a
écrit beaucoup. Celui-là s’appelle Le
testament du magicien ténor. Je me suis un peu ennuyé au début et arrivé
vers la moitié, j’ai commencé à entrer dedans. Beaucoup d’imagination, de
fantaisie, une grande liberté aussi, qui me fait penser aux récits de Vian que
je dévorais quand j’étais au lycée. Et en même temps, un sens de la narration assez
solide pour donner envie de connaitre la suite. Bon, je n’irai pas jusqu’à en
lire d’autres mais ce n’est pas désagréable quand on veut se changer les idées.







