Cioran regrettait d’avoir eu des
parents respectables qu’il n’avait pas pu haïr. J’ai eu cette chance. J’ai
longtemps détesté la famille où le hasard m’avait fait atterrir. Puis, ayant
mis la plus grande distance possible entre eux et moi, la colère s’est un peu
apaisée pour laisser place à un vague mépris. Maintenant qu’ils ont cessé
d’exister, je commence à avoir pitié d’eux et de leur allergie viscérale envers
toute forme d’élévation.
Le Carnet de Joe Legloseur
Réflexions inutiles et vaines notées au fil des jours.
jeudi 2 juillet 2026
Coup de chance
mercredi 1 juillet 2026
Décoloré
J’ai retrouvé les poèmes
d’Alvaro de Campos
ils n’étaient pas loin
dans la bibliothèque
la couverture est en partie
décolorée par le soleil
je me souviens nettement
avoir longtemps tourné autour
je le prenais et le feuilletais
à chaque fois que je passais
dans la librairie la Hune
j'hésitais à cause du prix
vingt cinq ans plus tard
je suis bien content
d'avoir fait cette folie
et de l’avoir avec moi
mardi 30 juin 2026
Un peu de poésie
drive through hell
the people are weary, unhappy and frustrated, the people are
bitter and vengeful, the people are deluded and fearful, the
people are angry and uninventive
and I drive among them on the freeway and they project
what is left of themselves in their manner of driving—
some more hateful, more thwarted than others—
some don’t like to be passed, some attempt to keep others
from passing
—some attempt to block lane changes
—some hate cars of a newer, more expensive model
—others in these cars hate the older cars.
the freeway is a circus of cheap and petty emotions, it’s
humanity on the move, most of them coming from some place they
hated and going to another they hate just as much or
more.
the freeways are a lesson in what we have become and
most of the crashes and deaths are the collision
of incomplete beings, of pitiful and demented
lives.
when I drive the freeways I see the soul of humanity of
my city and it’s ugly, ugly, ugly: the living have choked the
heart
away.
lundi 29 juin 2026
Capuche
Il existe un club informel
Dont je fais partie
Qui rassemble ceux qui
Se demandent certains matins
Ce que devient Bob Dylan
Ils prennent alors de ses
nouvelles
Comme on le ferait d’un vieil ami
Perdu de vue depuis longtemps
C’est ce que j’ai fait ce matin
Bob qui vient d’avoir 85 ans
A commencé une nouvelle tournée
A travers les Etats-Unis
Elle devrait durer jusqu’en août
Pour l’instant il a l’air de porter
sur scène
Une capuche sur la tête
Il continue à ne pas parler au
public
Et n’annonce même plus les
musiciens
Tout va bien
dimanche 28 juin 2026
samedi 27 juin 2026
Exil (suite)
![]() |
| Bill Térébenthine |
"L'homme transplanté, ou bien dépérit comme une plante extraite de son sol natal, ou bien attend le retour dans son pays. L'homme transplanté qui languit chante et devient poète, s'exprime poétiquement. La transplantation est un principe de la poésie ; celui qui n'est pas dans son pays devient poète. Celui qui n'apercevrait pas la poésie de son pays quand il s'y trouve, quand il est sur place, quans la vie est mêlée à l'action quotidienne, la reconnaît lorsqu'il est en exil. Il faut être exilé pour connaître le charme de l'ailleurs."
Vladimir Jankélévitch
vendredi 26 juin 2026
En passant
jeudi 25 juin 2026
Vol
Je revois passer un instant
Le papillon blanc
Qui met du mouvement
Dans le jardin immobile
mercredi 24 juin 2026
Un peu de poésie
"Les locaux de l'agence France -Presse sont attenant à ceux du Nepakokukiveuh, le grand journal du soir de Tokyo.
Je suis accueilli par une ravissante blonde qui a un regard aussi fripon qu'une édition non expurgée de Gamiani. Je lui demande si elle est française, ce qui est parfaitement superflu, car cette souris ne se fringue pas au Prisunic du coin.
Elle porte (allégrement, divinement, merveilleusement) un petit deux-pièces avec alcôves dont on aimerait découvrir les agrafes."
San Antonio, Fleur de nave vinaigrette
mardi 23 juin 2026
Sweet nothing
La pensée de la non-existence de
tout, quel que soit le contexte d’émergence de cette annulation radicale
(physique quantique, pensées orientales, nihilisme, etc.), est particulièrement
plaisante. Le grand avantage de cette table rase, c’est qu’elle nous libère des
jugements de valeur qui pèsent sur ce que nous avons fait et, plus encore, sur
ce que nous n’avons pas réussi à faire. Le (petit) prix à payer est de voir se
volatiliser le prestige social de nos rares réussites. Moralité : non
seulement on peut vivre dans un monde où tout n’est qu’apparence et où rien
n’existe vraiment, mais on y vit mieux.








