Un tic journalistique et radiophonique
énervant, celui qui consiste à demander à propos de tout et n’importe quoi,
« ce que ça nous dit ». En
général, la question tourne autour de « ce que ça dit de l'état de notre société ». C'est l'occasion pour le spécialiste ou le penseur interrogé de pointer l’un des nombreux disfonctionnements observables sur le ton du prophète délivrant son diagnostic visionnaire. Et ça marche à tous les
coups. J’attends toujours l’interviewé qui répondrait que cela nous dit rien du tout. En développant un peu
(nous sommes à la radio), le commentateur pourrait ajouter que des faits bruts ou des données statistiques ne nous « disent » rien. Ils peuvent tout juste faire l’objet d’interprétations qui divergent selon les points de vue, de projections plus ou moins faussées par le
biais de confirmation, mais en aucun elles ne nous « disent » quelque
chose de clair et d’univoque.
Le Carnet de Joe Legloseur
Réflexions vaines et inutiles notées au fil des jours.
mercredi 21 octobre 2026
Interviews
mardi 20 octobre 2026
Dimension symbolique
A propos d'évènements récents, je me demande ce qu'on peut en dire au-delà des descriptions effrayantes. En l'absence de recul et de plus amples informations, la prudence voudrait que chaque affirmation soit précédée d'une formule dubitative (comme "si ça se trouve") afin d’indiquer que nous en sommes encore au stade des suppositions. Je m'étonne de voir qu'on ne prête pas d’avantage attention à la place centrale symbolique occupée par la marchandise dans les vols et les destructions. Il manque peut-être un Baudrillard ou un Debord* pour commenter sous cet angle les images de sols jonchés de produits de consommation et les devantures de magasins éventrées.
*Je pense à son texte de 1966 consacré à l'interprétation des émeutes de Watts.
lundi 19 octobre 2026
De la trahison
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| Caravage, 1602 |
Ces jours-ci, mon esprit a été un
peu occupé par l’idée de trahison. J’ai ainsi vu défiler mes petits Judas à moi ;
j’imagine que chacun a les siens. Heureux ceux qui n’en ont connu aucun. Il
leur manquera peut-être quelques connaissances sur la nature humaine mais on
peut aisément s’en passer. Qui, du traitre ou du trahi, est le plus endommagé ? Il
suffit d’observer des trahisons effectuées aux yeux de tous pour obtenir un
début de réponse à la question.
dimanche 18 octobre 2026
samedi 17 octobre 2026
Zoo
Enrique Vila-Matas, Montevideo
vendredi 16 octobre 2026
Eloge de l'incertitude (suite)
"Quand je prends des livres, j'aurai aperçu en tel passage des grâces excellents et qui auront frappé mon âme ; qu'une autre fois j'y retombe, j'ai beau le tourner et virer, j'ai beau le plier et le manier, c'est une masse inconnue et informe pour moi.
En mes écrits mêmes, je ne retrouve pas toujours pas toujours l'air de ma première imagination ; je ne sais ce que j'ai voulu dire, et m'échaude souvent à corriger et y mettre un nouveau sens, pour avoir perdu le premier, qui valait mieux. Je ne fais qu'aller et venir : mon jugement ne tire pas toujours avant ; il flotte, il vague, "comme une faible barque surprise sur la vaste mer par une violente bourrasque."
Montaigne
jeudi 15 octobre 2026
Eloge de l'incertitude
J’essaie de traduire en termes clairs, pour moi, ce passage des Essais qu’on pourrait nommer « Eloge et défense des Pyrrhoniens ». Après avoir fait défiler les philosophies de l’Antiquité, Montaigne en arrive à la conclusion qu’il est impossible de pencher pour une idée ou une autre pour la simple raison que nous n’avons pas d’accès direct à la vérité. Si c’était le cas, tous les hommes seraient tombés d’accord depuis longtemps. Non seulement les interprétations et les conceptions divergent entre les hommes et mais sur la durée, elles varient chez un même individu. L’étonnant est qu’ayant déjà varié dans ses idées, l’on tienne quand même la dernière en date pour la vérité. Montaigne cite à ce propos Lucrèce, chant V : « Une découverte plus récente discrédite la plus ancienne et change notre opinion sur toutes les explications antérieures. »
mercredi 14 octobre 2026
Vous avez dit "paradoxe" ?
« La forte baisse de la
consommation de carburants, dont les prix atteignent des sommets, est l’une des
principales causes de la diminution des émissions de gaz à effet de serre
observée en France au cours des derniers mois. Selon les baromètres mensuel et
prévisionnel publiés mardi 13 octobre par le Citepa, l’organisme chargé de
l’inventaire national des émissions, ces rejets carbonés ont diminué de 4,1 %
au premier semestre par rapport à la même période en 2025. » Le Monde
Indépendamment de toute autre
considération ne prêtant guère à la rigolade, on peut s’arrêter deux secondes
pour sourire d’un paradoxe surprenant. Le champion de l’énergie fossile (que
mille forages s'épanouissent), l’ennemi acharné des recherches sur les conséquences climatiques des activités humaines (le mot est purement "climat" a été interdit), est à l’origine d’une baisse des
émissions de gaz à effet de serre. Cette baisse des émissions va dans la
bonne direction mais est encore insuffisante selon les scientifiques. Encore un
effort M. le Président.
mardi 13 octobre 2026
A l'ancienne
Sur un bout de papier
Je trace des
lettres
Avec un stylo feutre noir
Je n’ai pas envie de participer
Au monde qu'ils veulent
Nous imposer
Les réponses de l'IA
Ne me rendent pas
Plus intelligent
Je ne souhaite pas lire
Les best-sellers
Ecrits par des robots
Je vais rester avec mon papier
Mes stylos et mes livres
Comme avant leur arrivée
lundi 12 octobre 2026
Les mots et les sons
Nicolas Rainaud, Not Dark Yet







