Le Carnet de Joe Legloseur
Réflexions inutiles et vaines notées au fil des jours.
dimanche 2 août 2026
samedi 1 août 2026
L'amour du prochain
Le soleil cogne à nouveau
Promenade du chien écourtée
Retour à l’ombre
Après avoir lancé une malédiction
Aux deux conducteurs
Qui sont passés sans s’arrêter
Au passage piéton
Où j’attendais avec le chien
Je leur ai dit d’aller crever
Mais je l’ai dit silencieusement
Sans rien manifester
extérieurement
Pas d’insultes de gestes
agressifs
L’un de ces abrutis serait
capable
De revenir me casser la gueule
Il ne manquerait plus que ça
vendredi 31 juillet 2026
Cendrier
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| Depardieu dans Saved |
"La violence qui est en Depardieu se manifestait sans cesse dans son jeu. Ainsi, aux répétitions, il casse un jour le cendrier qui se trouvait sur la table, du plat de la main, comme ça, pour le plaisir. "Excellent, dit Régy, il faut garder ça !" Le régisseur propose de fabriquer un cendrier en sucre pour le lendemain, mais Depardieu n'a rien voulu entendre : il lui fallait de la vrair faïence ! Pendant deux mois, il a joué Saved en s'ouvrant la paume chaque soir, tout dégoulinant de sang. Cabotin et martyr, jusqu'au stigmates."
jeudi 30 juillet 2026
Eloge du désabusement
"On peut avancer longtemps dans la vie sans y vieillir. Le progrès, dans l'âge mûr, consiste à revenir sur ses pas, et à voir où l'on fut trompé. Le désabusement, dans la vieillesse, est une grande découverte."
Joseph Joubert
mercredi 29 juillet 2026
Deep Soul
La voix de Sam Cooke figure tout
en haut de la liste des remèdes qui exercent un effet bénéfique sur mes nerfs
fatigués. Je crois que je vais en abuser en cette soirée orageuse sans orage.
Une définition possible de l’enfer : un monde où la Soul n’existerait pas.
Peter Guralnick raconte le passage du Gospel religieux à une musique profane
visant un plus large publique. Sam Cooke a joué un rôle central dans cette révolution
douce, tout comme les managers qui ont cru en lui. On apprend plein de choses
en lisant Sweet Soul Music (Allia) et surtout, on a envie d'écouter de la Deep Soul en dansant doucement.
mardi 28 juillet 2026
Entretien au sommet
— Bonjour monsieur Lecornu.
J’aimerais vous poser quelques questions.
— Pourquoi pas. Mais faites vite,
j’ai une réunion interministérielle de crise dans trois minutes.
— Justement. Vous enchainez les
réunions de crise (inondations, canicules, incendies) et pourtant, à aucun
moment vous n’évoquez le point commun entre ces évènements
catastrophiques : le réchauffement climatique.
— ...
— C’est comme si le mot
« climat » vous faisait peur. Quant aux mesures à prendre pour
contenir et si possible ralentir le réchauffement, on a l’impression que vous
en ignorez l’existence. Il doit bien y avoir dans un coin de votre bureau un
dossier qui traine avec les préconisations des scientifiques. Par exemple,
l’élevage intensif et ses dégagements de méthane est une catastrophe. Vous
n’envisagez pas de le réduire ?
— Vous n’y pensez pas. La FNSEA lâcherait
sur nous les éleveurs en colère. On se retrouverait avec du fumier et du purin
devant l’assemblée. Je ne vous dis pas l’odeur
— Mais cela ne dit pas pourquoi
vous faites l’impasse sur la crise climatique qui ne fait que commencer à s’intensifier.
— (A voix basse comme s’il avait peur
d’être entendu) Chut. Pouvons-nous éviter le sujet.
— Ne craignez rien, nous sommes
entre nous.
— La vérité c’est que Trump ne supporte
pas qu’on évoque le réchauffement climatique en public. C’est l’augmentation
des droits de douane assurée en retour le soir-même. Bon, il faut que j’y
aille.
— Les réunions de crise n’attendent
pas. Bon courage !
lundi 27 juillet 2026
Lecture d'été
Traditionnellement, l’été est le
moment où on se laisse aller à ses petites habitudes un peu honteuses,
tellement agréables lorsqu’on profite du relâchement ambiant. Ici, l’été est
associé à la lecture des magazines relatifs à la musique rock. Le circuit de la
récompense a tellement carburé à la lecture de cette presse entre 70 et
75 qu'il n’est pas difficile de le réactiver. Je me souviens de vacances en
Bretagne. J’avais vu dans une maison de la presse un numéro des Inrockuptibles
avec le banane de Warhol en couverture, un numéro consacré en partie au Velvet
Underground avec un supplément spécial Factory. Je l’ai retrouvé. Il est daté de juillet/août 1990. Cette année,
36 ans plus tard, c’est un numéro hors-série de Rock & Folk consacré aux Who. J'ai beaucoup aimé ce groupe, presque
autant que les Stones, mais cela a duré moins longtemps. Le bilan que tire papy Pete dans l’édito du magazine est lucide et un peu triste.
« Même si je suis assez bon
membre de gang et un bon soldat sur la route, je suis mauvais en collaboration
créative. J’aurais été un artiste solo et un producteur bien plus efficace,
travaillant comme Brian Eno. Je serais en meilleure forme physique aujourd’hui.
Mes genoux, oreilles, poignet droit et épaule fonctionneraient mieux. Tout ça
me fait mal aujourd’hui à cause à cause des folies faites en frimant sur scène
avec les Who. La voix de Roger a probablement souffert de la même façon, mais
il a moins de regrets, je pense. »
dimanche 26 juillet 2026
samedi 25 juillet 2026
Venu du passé
Vu pendant la promenade du chien.
Devant un bâtiment moderne (bureaux), un homme, la quarantaine, vêtu d’un
costume bleu foncé et d’une chemise blanche ouverte, sans cravate. Il se tient
debout, l’air détendu, une main dans la poche de son pantalon, tenant de
l’autre une cigarette sur laquelle il tire de temps en temps un bouffée qu’il
semble savourer. Tout dans cette scène semblait surgir du passé, d’un lointain
vingtième siècle : la tenue vestimentaire tranchant avec les casquettes américaines, les t-shirts, les pantacourts mettant en valeur les mollets tatoués et surtout l’absence criante de téléphone consulté de manière compulsive.
vendredi 24 juillet 2026
Revenir
Je veux partir et me trouver,
Je veux revenir en me connaissant,
Comme qui revient chez lui, comme qui recommence à être sociable,
Comme qui est encore aimé dans son ancien village,
Comme qui frôle son enfance morte à chaque pierre du mur,
Et voit s'étendant devant lui la campagne éternelle de jadis
Et la saudade, telle une chanson de maman berçant l'enfant, flotte
Dans cette tragédie que le passé soit du passé
Extrait de « Le passager des
heures, Ode sensationniste », Alvaro de Campos






