Je viens de terminer la
lecture d’Entre amis. J’ai foncé vers
la fin comme cela ne m’étais pas arrivé depuis longtemps. C’est quoi, un
« grand roman » ? C’est un roman complètement réussi
indépendamment de ce qu’il raconte, voire en dépit de l'histoire qu'il raconte. Un peu le contraire des romans "témoignage". Dans celui-ci, tout le plaisir du lecteur est dans
les descriptions, dans les ambiances, les détails, les changements de points de
vue, les comparaisons évocatrices (j’aurais dû en noter quelques-unes), les
dialogues, etc. Au passage, et sans vous en être aperçu, vous en sortez avec
l’impression d’avoir appris des choses pas clairement formulables sur le roman en cours qu'est votre vie.
Le Carnet de Joe Legloseur
Réflexions inutiles et vaines notées au fil des jours.
jeudi 17 septembre 2026
Fin
mercredi 16 septembre 2026
Vous avez dit "attention" ?
"Les personnes intentives ont un sens de l'observation très superficiel. Leurs jugements sont erronés et ils se m'éprennent sur la valeur des choses, car pour approfondir une question, ils ne savent pas donner suffisamment de temps, de patience ou de précision. Ces personnes entendent et mémorisent tout à moitié, et souvent de façon désordonnée. Ils connaissent un peu de chaque chose mais rien de l'ensemble. Il sont souvent imprudents, ils élaborent de grands projets mais ils sont très inconstant pour les réaliser."
Melchior Adam Weikard, 1775
mardi 15 septembre 2026
Hémisphères
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J’ai trop lu aujourd'hui
l'hémisphère gauche de mon cerveau
qui analyse les mots
commence à fatiguer
Je vais regarder des images
en passant sur l'hémisphère droit
qui est aussi le côté des émotions
Il y a cette couverture de Charlie Hebdo
où l'on voit un nazi avec un brassard AFD
La bulle qui dit : « On n’a jamais réessayé »
J'ai trouvé ça amuppant*
* amusant et
flippant
lundi 14 septembre 2026
Revue de presse
Je ne sais pas ce que Patrick
Besson a fait de ses vacances mais son billet de rentrée est assez faiblard.
C’est la seule chose que je lis lorsque je feuillète le Point. Le thème retenu cette semaine m’a intéressé parce que
j’avais songé un moment l’évoquer dans le Carnet. Il s’agissait de se pencher
sur l’usage omniprésent du terme « compliqué ». Besson le chroniqueur
traite le sujet de manière assez paresseuse. Tout est compliqué, blablabla. Le
ton est moins sarcastique qu’à l’accoutumé. Il me semble qu il passe à côté
d’un point important, que j’envisageais de traiter : l’expression exacte
est « C’est un peu
compliqué », le « un peu » étant utilisé de manière à euphémiser ce
qui est en train de se passer. Exemple : « Ma maison a brûlé, ma
femme a disparu, alors c’est un peu compliqué ». On entend ça à chaque
reportage sur une catastrophe, c’est-à-dire tous les jours. J’avais certainement
ma petite idée sur cet usage généralisé de l’understatement mais depuis, j’ai oublié.
dimanche 13 septembre 2026
samedi 12 septembre 2026
A l'écoute
J’écoute une compilation maison
Le titre qui passe s’appelle
Our Love Is Here To Stay
Par The Lester Young-Teddy Wilson Quartet
La musique me calme et me détend
Je ne sais pas ce que je deviendrais
Sans ces doses quotidiennes de Jazz,
De Soul, de Blues, de Rock, de Folk, etc.
J’en ai besoin comme j’ai besoin des livres
Maintenant c’est la trompette magique de Miles
Les incantations vaudou de Bitches Brew
Qui viennent apaiser mes nerfs et mon cerveau
Je m’abandonne à cette jungle sonore
Où des animaux étranges se répondent
A travers des pylônes électriques
vendredi 11 septembre 2026
Un peu de poésie
Ah quelle fraîcheur en pleine figure ne pas s'aquitter d'un devoir !
Faillir c'est positivement être à la campagne !
Quel refuge que l'impossibilité pour autrui d'avoir confiance en nous !
Je respire mieux maintenant que sont passées toutes les heures des rendez-vous.
Je ne suis allé à aucun, par décision délibérée de mon insousciance,
Je suis resté dans l'attente de l'envie de m'y rendre, car je devais savoir que je n'irais pas.
Je suis libre, contre la sociétéorganisée et habillée.
Je suis nu, et je plonge dans les eaux de mon imagination.
Il est trop tard pour je sois à l'un ou l'autre des deux points où je devrais être en même temps,
Délibérément en même temps...
C'est bon, je resterai ici rêvant des vers et souriant en italique.
Elle est si agréable cette part auxiliaire de la vie !
Je ne parviens même pas à allumer la cigarette suivante... Si vous êtes un geste,
Restez donc avec les autres, qui m'attendent, dans ce rendez-vous raté qu'est le vie.
Alvaro de Campos
jeudi 10 septembre 2026
En exclusivité
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| Illustration : Bill Térébenthine |
« Un imposteur, un fumiste,
conscient de l’être, donc spectateur de soi-même, est nécessairement plus
avancé dans la connaissance qu’un esprit posé, plein de mérites, et tout d’un
pièce. » Cioran, L’Inconvénient
d’être né
Avec Cioran, on pèse chaque mot.
Condensation maximum, telle est sa devise (qu’il jugeait paralysante mais il ne
savait pas faire autrement). Il faut donc déplier un peu et tirer quelques
développements. Peut-être de quoi occuper un livre entier : ce livre,
précisément. Je me demande si l’auteur de cette réflexion a bien mesuré tout ce
qu’elle entrainait comme renversement
radical des valeurs en vigueur. Pour lui, ce n’était qu’un bâton de dynamite
parmi d’autres. Mais pour ceux qui subissent le dédoublement de l’imposteur en étant
conscients de ce qui se passe en eux, c’est un énorme soulagement. Ce
qu’ils ont vécu toute leur vie comme un handicap, une incapacité, une absence de "compétences sociales" s’avère, aux yeux d’un des penseurs du vingtième siècle, un signe d’excellence dans la connaissance. Il est peut-être temps de tout reconsidérer.
Vous êtes un fumiste (extrait)
mercredi 9 septembre 2026
Pour en finir avec la biodiversité
Arrêtez de pleurer sur la
biodiversité en danger. Il y a, parait-il, beaucoup moins d’insectes. Et
alors ? On voit que vous n’avez pas connu (ou que vous avez oublié) l’époque où il fallait nettoyer le pare-brise lors de chaque trajet un peu
long. Aujourd’hui, on peut traverser le pays du nord au sud sans avoir à verser
un pourboire au pompiste qui vous a passé une éponge sur la vitre couverte
d’insectes écrasés. Le pompiste a disparu et les insectes également.
Quoi ? Les oiseaux ? Ils n’ont plus rien a à manger ? On ne les entend plus dans les campagnes ? Vous
oubliez juste un détail au sujet des oiseaux : ils balancent des chiasses
partout, sur le mobilier de jardin, sur les terrasses, sur les velux. C'est une catastrophe. Alors les petits
zoizeaux, on ne les regrettera pas.
mardi 8 septembre 2026
Echos de rentrée
Il arrive parfois que les choses
se répondent comme si elles faisaient signe. J’avance lentement mais surement dans le pavé de Peter Guralnick, Sweet Soul Music, où il est longuement
question de l’ascension du label Stax au début des années 60 grâce, notamment, à l’éclosion du jeune
Otis Redding. La description de l’enregistrement de son premier album lors d’une
nuit blanche restée dans tous les esprits est un grand moment du livre. Par
ailleurs, en cherchent de quoi accompagner musicalement cette lecture, j’ai
remis la main sur de vieilles K7 compilant ses titres. Enfin, je viens de voir
le "Blow Up" de la rentrée consacré aux liens entre Otis Reading et le cinéma. Un extrait m’a
furieusement donné envie de revoir Monterey Pop de Pennebaker.







