G-0C9MFWP390 Le Carnet de Joe Legloseur

samedi 3 octobre 2026

Aller retour


 

J’écoute avec un grand plaisir ma playlist « 1971 ». Parler à ce sujet de nostalgie serait à mon avis une erreur. Le mot « nostalgie » traine un halo suspect de tristesse complaisante et de regrets pleurnichards. En réentendant les chansons découvertes à 13 ans, je ne suis pas triste du tout et je ne regrette rien. Du point de vue neurologique, le circuit de la récompense est suractivé. Mais au-delà de cette réaction de plaisir immédiat, il s’agit aussi d’un voyage dans le temps. Il n’a  a pas de souffrance à revenir en arrière vers une époque révolue puisqu’on circule aisément entre passé et présent pendant le temps d'une chanson. La circulation est fluide. Voici ce que notait Cioran dans ses Cahiers après avoir entendu, probablement à la radio, une chanson de sa jeunesse. « Je viens d’entendre Ramona, la rengaine à la mode vers 1929, date à laquelle je quittai Sibiu pour aller à Bucarest, à l’université. Le commentateur la trouve ridicule ; elle l’est peut-être, mais, pour moi, elle m’évoque une période de ma vie beaucoup mieux que ne feraient les plus grands efforts de ma mémoire ou un retour sur les lieux de ma jeunesse. »

vendredi 2 octobre 2026

Le défilé des réparateurs


 

Tant de personnes pensent savoir avec certitude comment réparer la société. Je pense au « tintamarre » évoqué par l’auteur des Essais lorsqu’il passait en revue les multiples explications du monde proclamées par les « cervelles philosophiques » de l’Antiquité. On trouve ce passage dans l’« Apologie de Raimond Sebond » (Livre 2, chap. XII). Montaigne y avançait avec prudence ; le scepticisme qu’il adopte pouvait en effet difficilement être compris et encore moins accepté à une époque où l’on s’étripait au nom des dogmes religieux. J’ai l’impression qu’il est toujours assez peu apprécié.


jeudi 1 octobre 2026

Aveuglement

 



"Ce qu'il y a de pire dans l'erreur, ce n'est pas ce qu'elle a de faux, mais ce qu'elle a de volontaire, d'aveugle et de passionné."

Joseph Joubert, Pensées, essais et maximes

mercredi 30 septembre 2026

Matinée

 

Dessin : Bill Térébenthine


Dans la revue en ligne En attendant Nadeau, je lis le début d’un article. « À la question « qu’est-ce que cela vous fait de vieillir ? » posée par une étudiante américaine, Christian Boltanski avait un jour répondu : « Vous savez : Giacometti, en vieillissant, ressemblait de plus en plus à un Giacometti ; et Francis Bacon, en vieillissant, ressemblait de plus en plus à un Francis Bacon... » Je me pose la question, ou plutôt j’essaie, et je ne trouve pas « ce que cela me fait de vieillir » même s’il est certain que le processus a lieu en ce moment d’une manière spécifique. En revanche, je crois savoir assez précisément ce qui évite ou ralentit le vieillissement en cours. Il y a la curiosité qui m’amène par exemple à lire cet article sur Enrique Vila-Matas et sur la superficialité « qui, comme le disait Italo Calvino, est une vertu ». Et puis il y a la playlist d’excellente musique diffusée par Radio GFIV. Ce matin : The Chiffons, Elvis Presley, The Cajun Band, John Lennon, Lloyd Cole and the Commotions, Buster Brown et, en ce moment, The Chocolate Watchband. 

Rien sur Céline Dion, le pape et Bardella ? Désolé, mais je n’écris que sur ce qui retient mon intérêt.


mardi 29 septembre 2026

Croquis d'audience


 


Procès Dati : une nouvelle occasion d'admirer les dessins de Sergio Aquindo. On apprécie particulièrement la manière dont ce trait capte les manifestations de la tension nerveuse et de l'irritation.

lundi 28 septembre 2026

10 : 42


 

Pas encore vraiment 

réveillé

Confusion

La confusion est partout

A l’intérieur 

Tout autour

Sur les réseaux

Dans la rue

Pour la moindre démarche

Il faut dépenser

Une énergie démesurée

Chercher l'origine

Des contretemps

Des erreurs

Des retards


Pourquoi pas

Laisser tomber

Ne plus bouger

Et respirer

Lentement

En attendant

Le retour

Du silence 

 

samedi 26 septembre 2026

Des fleurs, de la musique et des sourires


Ce n’était peut-être pas une très bonne idée de revoir le film Monterey Pop Festival 1967. Les musiciens sont bons. Certains le sont presque trop. Janis Joplin, Jimi Hendrix, les Who en pleine forme. Mais ce n’est pas tout. La caméra de Pennebaker, en état de grâce, a saisi l’ambiance qui régnait dans les allées du festival. Les spectateurs sont très présents au montage, principalement les visages des filles filmés en gros plan. Tout le monde est détendu, ouvert, souriant. Forcément, lorsque qu’on voit ça maintenant, l’impression est pour le moins mitigée. A moins de se réfugier dans le ricanement, il est difficile de ne pas sentir passer un peu de mélancolie en se demandant comment une si belle énergie a pu laisser la place à ce qui a suivi. Mais il y a la musique et les images ; alors on se dit que tout n’a pas été définitivement perdu. 




 

vendredi 25 septembre 2026

Une journée ordinaire



 

Levés plus tôt que d’habitude

Rendez-vous au garage

Entretien de la voiture

Retour au pas de course

Arriver avant la pluie

Mission réussie

Différents appels et mails

Ici tout le monde connait

Mes limites

Je me contente d’assister

Aux échanges

Puis retour au garage

Récupérer l’automobile

Le garagiste sympathique

A besoin de parler

Une vie défile à toute vitesse

Maladies, séparations, décès

Nous réussissons à partir

Complètement épuisés

Par cette journée ordinaire 


jeudi 24 septembre 2026

1971 fut une bonne année


 "La musique que les Allman Brothers ont jouée ce week-end-là — celle qui, grâce à Tom Dowd, a été immortalisée sur l'album At Fillmore East — a redéfini ce qui était possible sur une scène rock. Elle était parfaitement adaptée aux dimensions de la salle. Comme tant d'autres lieux emblématiques du rock 'n' roll, le Fillmore était tout sauf une salle conçue à l'origine pour ce genre de concerts. À l'origine, c'était un théâtre yiddish pouvant accueillir deux mille cinq cents personnes ; aujourd'hui, on dirait de lui qu'il est idéal pour des concerts à l'atmosphère unique. Ce qui a émergé de ce week-end a propulsé le groupe au rang des formations les plus populaires des États-Unis. Sur le plan musical, la performance fut extraordinaire. Du titre insouciant « Statesboro Blues » au morceau instrumental aux accents jazz « In Memory of Elizabeth Reed », en passant par l'ardent « Whipping Post », les deux guitaristes et les deux batteurs des Allman jouaient avec la puissance d'un poids lourd maniable comme une Ferrari, reléguant au rang de tentatives brouillonnes et maladroites toutes les autres tentatives d'enregistrement d'improvisations rock. L'album est devenu une telle référence que même le cri étranglé réclamant « Whipping Post », lancé par un spectateur dans un moment de silence entre deux chansons, a été largement imité par des plaisantins lors de concerts d'autres groupes. Le phénomène s'est reproduit si souvent au cours de la décennie que Frank Zappa a fini par apprendre une version de « Whipping Post » pour l'intégrer à son propre spectacle." (traduction maison)
David Hepworth, Never a Dull Moment, 1971 The year that rock exploded