G-0C9MFWP390 Le Carnet de Joe Legloseur

vendredi 6 novembre 2026

Et ça revient


  

Notre perception du monde extérieur est influencée par nos états intérieurs qui sont eux-mêmes déterminés en partie par les goûts et les opinions en circulation. D'où le caractère changeant de nos comportements. Prenons l’exemple de l'usage des cassettes audio. J’ai longtemps renoncé à les écouter sans pourtant me résoudre à m’en séparer. Et puis un jour, j’ai remis mon nez dans ces petits boitiers et en ai réécouté quelques-uns. Premier constat, leur contenu était gravé dans un coin de ma mémoire pour cause d’écoutes répétées. Quant au son, c’est bien simple : on ne peut pas trouver mieux, surtout si la cassette a été repiquée à partir d’un vinyle qui gratte. Cependant, un vague malaise venait jeter une ombre sur mon plaisir d’écoute : et si cette manière d’écouter la musique était le signe d’une fixation nostalgique sur une technologie frappée d’obsolescence ? J’ai récemment appris qu’on assistait, dans la jeunesse, à un retour des cassettes. Depuis, comme par magie, la gêne a totalement disparu.

mercredi 4 novembre 2026

Solitude

Bill Térébenthine


J’aime être seul. Je choisis les trottoirs et les chemins déserts. Je croise parfois d’autres solitaires ou des couples qui, comme moi, préfèrent se tenir à l’écart de la foule. Cela créée une sorte de complicité sans effusion. Entre solitaires, nous ménageons nos bulles respectives. J’aime de plus en plus être seul. C’est une source de satisfaction sans cesse renouvelée. Lorsque je me trouve au milieu des gens, comme par exemple dans un supermarché, je ressens de la tristesse pour la plupart des personnes sur lesquelles se pose mon regard. Je perçois leur désarroi, leur malheur et cela m’attriste. Alors je m’arrange pour limiter autant que possible les spectacles attristants. 

 

mardi 3 novembre 2026

A New York


 

Je ne vais pas m’acharner sur Vila-Matas. Son livre m’a assommé d’ennui mais je suis sûr que si nous nous rencontrions nous aurions beaucoup d’intérêts communs à partager. En revanche, après ce pensum lourdement autoréférencé, j’avais un besoin urgent d’une lecture revitalisante. Un vrai roman. Je n’ai pas eu à chercher longtemps le remède miracle : un bon vieux Maigret, voilà ce qu’il me fallait. Et pas n’importe lequel. J’ai eu Maigret à New York entre les mains quand j’étais gosse. On n’achetait pas de livres à la maison mais celui-ci était offert par un réseau de stations-services pendant les départs en vacances. L’ais-je lu ? Si c’est le cas, j’avais oublié cette histoire tardive dans laquelle Maigret sort de sa retraite pour se lancer dans sa première traversée de l’Atlantique. 

lundi 2 novembre 2026

Un samedi ensoleillé

 

 

Comme le chien allongé sur le tapis

je m’abandonne à la lumière dorée

j’écoute de la musique au casque

je sais que des gens manifestent

mais j’ai du mal à y penser concrètement

je suis comme le chien qui somnole au soleil

ma conscience ne va pas au-delà de mes sensations

la musique (un excellent pianiste dont j’ignore le nom)

les ombres qui s’allongent jusqu’au fauteuil

et un calme que rien au monde ne vient troubler

samedi 31 octobre 2026

Fin de la mélancolie


 

Je ne suis plus mélancolique

les chansons tristes ne me font plus d’effet

la saudade de Pessoa

le blues de Robert Johnson

la tristesse sans cause de Cioran

ces émotions me sont devenues étrangères

après leur départ

la vie est peut-être plus douce

elle est plus terne aussi

il reste l’ampleur du temps écoulé

la quantité abasourdissante des disparitions

et un détachement grandissant

vendredi 30 octobre 2026

Eloge de la lecture

 



"Je lis, je lis. La lecture est ma fuite, ma lâcheté quotidienne, la justification de mon incapacité de travailler, l'excuse à tout, le voile qui couvre mes échecs et mes impossibilités."
Cioran, Cahiers 1957-1972

jeudi 29 octobre 2026

Pendant ce temps...


 

A part ça, je m’ennuie beaucoup à la lecture de Vila-Matas. Je vais quand même finir de lire son Montevideo d’abord parce que c’est une règle : soit j’abandonne dès les premières pages soit je vais au bout d’un livre. Mais surtout, j’aimerais comprendre pourquoi celui-ci est si creux et décevant alors que la lecture d’une critique m’avait donné envie de le lire. J’avais cru deviner une proximité avec ma propre entreprise d’équilibriste au-dessus du vide. Je ne trouve aucun écho dans son travail parfaitement maîtrisée, mais parfaitement vain. Pourtant son thème de prédilection, l’écrivain qui n’écrit plus - ce qu’il appelle le « syndrome Rimbaud » - m’a toujours intéressé et voire même fasciné en ce qui concerne le cas du poète des Illuminations.

Extrait d'un projet en chantier que j'ai appelé Le livre

 

 

mercredi 28 octobre 2026

D'une traite


 

Lu Signé Irène de Vincent Almendros que j’avais choisi simplement parce que je m’étais dit : « Tiens ! Je n’ai pas lu de livre des éditions de Minuit depuis longtemps. » Je l’ai commencé sans rien savoir de l’auteur ni du sujet. Il ne s'agit pas un roman mais d'un livre de souvenirs autour d’une personne décédée. Comme il s’agit de l’éditrice de l’auteur, fille de Jérôme Lindon le créateur de la maison d’édition, on comprend qu'elle a joué un rôle important dans sa vie. Le récit découpé en courts chapitres de deux ou trois pages retrace les relations entre le narrateur et cette femme stricte et exigeante depuis la relecture du premier manuscrit dans son bureau jusqu’à la scène finale de l’enterrement au Père-Lachaise. Almendros décrit avec précision chaque souvenir de rencontre toujours centré sur la littérature et l'écriture (choix d'un mot, emplacement d'une virgule...). Comme l'auteur, le lecteur apprend à connaître peu à peu cette femme réservée et à apprécier son élégance venue d’un autre temps.