Tu voudrais que j’écrive des
poèmes ?
Tu as une idée de ce qu’est la
poésie, au moins ?
Comment ça, la poésie cela peut être
tout ce qu’on veut ?
Et ceci, tu vas me dire que c’en
est ?
Oui ?
Ah bon.
Alors voici mon premier poème.
G-0C9MFWP390
Réflexions inutiles et vaines notées au fil des jours.
Tu voudrais que j’écrive des
poèmes ?
Tu as une idée de ce qu’est la
poésie, au moins ?
Comment ça, la poésie cela peut être
tout ce qu’on veut ?
Et ceci, tu vas me dire que c’en
est ?
Oui ?
Ah bon.
Alors voici mon premier poème.
— J’ai relu quelques pages d’Yves
Adrien.
— Et alors ?
— Alors presque rien. Le lecteur
doit faire appel à toutes ses connaissances pour combler les vides, les
sous-entendus. C'est souvent brillant mais fatiguant. On assiste au défilé de tous les héros de notre jeunesse. Une
vague excitation se rallume à l’évocation de Dylan, de Mick et
Keith période Marianne et Anita, ce genre de choses. Tous ces rêves entretenus par des rock critics plus ou moins inspirés.
Yves Adrien était l'un des meilleurs, c'est une évidence. Mais les rêves ont vieilli, comme nous
et comme nos héros qui sont morts, ont fait fortune ou ont pris leur retraite.
— Oui, mais il y a le personnage légendaire, ses doubles, ses disparitions mystérieuses.
— C'est vrai. Cedric Bru raconte très bien tout ça. Et je me suis toujours intéressé à ceux qui ont choisi la disparition volontaire à un moment ou à un autre de leur trajectoire. Mais pour ce qui est de réveiller l’énergie juvénile, je préfère encore écouter Buddy Holly ou les Ronettes. C’est plus efficace
Claude : Tu veux qu'on
creuse un aspect en particulier — les hallucinations comme symptôme, la
question de la compréhension causale, ou la comparaison avec d'autres formes de
connaissance non-ancrée (comme la connaissance livresque humaine) ?
Moi : C'est ok. Pour moi, le
nœud est la question de la représentation. "Un LLM n'a pas de
représentation du monde — il a une représentation de ce que les humains disent
du monde. Ces deux choses se recoupent massivement, mais pas totalement."
Cela demande un peu de réflexion autour de la vieille question des rapports
entre pensée et langage. Vertigineux.
Claude : Oui, vertigineux est le
bon mot. Et c'est exactement là que ça devient philosophiquement sérieux.
Le nœud : pensée, langage, monde
La position classique (Frege,
Russell) : le langage exprime la pensée
Le langage serait un véhicule
transparent — la pensée précède, le mot suit. Dans cette vue, un LLM qui
maîtrise le langage sans la pensée sous-jacente serait clairement creux : il
aurait le contenant sans le contenu.
Mais cette position est déjà
problématique chez les humains. Peut-on vraiment penser "hors
langage" ? Qu'est-ce que ça veut dire ?
Le tournant linguistique : et si
c'était l'inverse ?
Wittgenstein (le second),
Sapir-Whorf, plus tard Derrida : le langage n'exprime pas la pensée, il la
constitue. Ce qu'on peut penser dépend de ce qu'on peut dire. Les concepts
qu'une langue découpe dans le réel orientent la perception elle-même.
Si c'est vrai, alors la
distinction entre "représentation du monde" et "représentation
de ce qu'on dit du monde" s'effondre partiellement — parce que le monde
humain est largement un monde linguistiquement constitué.
Et là, la position du LLM devient
beaucoup plus ambiguë : s'il maîtrise la structure du langage humain, il
maîtrise peut-être quelque chose de la structure de l'expérience humaine du
monde.
Ce qui manque au LLM, dans la
philosophie du langage contemporaine (Putnam, Kripke), c'est le grounding
causal : le mot "eau" réfère à H₂O non pas parce qu'on le définit
ainsi, mais parce qu'il y a une chaîne causale entre le mot et la substance
dans le monde.
Les mots du LLM ne sont ancrés
dans rien d'autre que d'autres mots. C'est un système purement différentiel —
comme Saussure le disait de la langue en général, mais poussé à l'extrême : ici
il n'y a vraiment que des différences, sans aucun locuteur qui, lui, touche le
monde.
Sauf que — et c'est là où ça
devient vertigineux — les textes d'entraînement ont été écrits par des gens
qui, eux, touchaient le monde. Le grounding est là, mais fossilisé dans le
corpus. Comme si le LLM héritait d'une référence de seconde main, sédimentée.
La question qui reste ouverte
Est-ce qu'une représentation
purement relationnelle — un système de concepts définis uniquement par leurs
rapports mutuels — peut constituer une forme de connaissance du monde, si cette
structure relationnelle est suffisamment isomorphe à la structure du monde
lui-même ?
C'est exactement la question que
posait déjà le débat entre réalisme structurel et réalisme naïf en philosophie
des sciences. Et on n'a pas de réponse tranchée.
Ce qui est sûr : les LLM ont forcé cette vieille question à revenir avec une acuité nouvelle — non plus comme exercice académique, mais comme problème pratique et urgent.
Moi : Réalisme structurel et réalisme naïf en philosophie des sciences : tu peux expliciter (en faisant court) ?
Claude : Réalisme naïf vs réalisme structurel
Le réalisme naïf (ou "direct")
La science décrit le monde tel
qu'il est. Les entités théoriques — électrons, gènes, champs — existent
vraiment, avec les propriétés qu'on leur attribue. La connaissance scientifique
est une correspondance directe entre nos représentations et la réalité.
Problème majeur : l'histoire des
sciences est un cimetière de théories autrefois triomphantes et aujourd'hui
abandonnées. Le phlogistique, l'éther, la masse absolue newtonienne — ces
entités étaient "réelles" pour leurs contemporains. Pourquoi faire
confiance aux entités d'aujourd'hui ? C'est l'argument de la pessimistic
meta-induction (Laudan).
La réponse : ce qui survit aux
révolutions scientifiques, ce ne sont pas les entités, mais les structures
mathématiques — les relations, les équations, les lois formelles.
Maxwell → Einstein : l'éther
disparaît, mais les équations de Maxwell restent. Newton → Einstein : la notion
de masse change radicalement, mais les relations quantitatives se conservent
comme cas limite.
Donc : on ne peut pas savoir ce
qu'est le monde, mais on peut savoir comment il est structuré. La science
capture un isomorphisme entre ses structures formelles et la structure du réel.
Un LLM est précisément un système
qui capture des structures relationnelles sans accéder aux entités elles-mêmes.
La question devient alors : si la structure est suffisamment fidèle, est-ce que
ça suffit pour parler de connaissance ?
Le réalisme structurel dit :
peut-être que oui — et que c'est d'ailleurs tout ce qu'on peut espérer, même
pour les humains.
« Vous êtes dans la solitude, mon bon ami ; rien ne vous distrait. Je vous exhorte à écrire tous les soirs, en rentrant, les méditations de votre journée. Vous choisirez, au bout de quelque temps, dans ces fantaisies de votre pensée, et vous serez surpris d’avoir fait, presque à votre insu, un fort bel ouvrage. Profitez de mon conseil ; ce travail ne sera pas pénible et sera « glorieux. Il faut laisser quelque trace de son passage « et remplir sa mission. »
Malgré les appels pressants de ses amis, Joubert est pourtant resté un « auteur sans livre, un écrivain sans écrit. » (dixit Maurice Blanchot).
"Pour ceux qui le vécurent, l'apprentissage du rock constitua la plus belle des aventures. En effet, l'achat de disques était un geste sacré, une expérience grisante. Avec l'amour du rock chevillé au corps, on touchait à la transgression et à la condamnation des parents sans s'exposer au vrai danger. On voyageait de Londres à San Francisco sans bouger de chez soi. On vibrait, extatiques, au son d'un musique qui était en train de tout bousculer sur son passage sans avoir à manifester dans la rue."
Cedric Bru
Il m’arrive de faire de
« bonnes nuits » et même, parfois, de faire de beaux rêves. Cette nuit, j’étais dans un
bureau où se trouvait une femme brune qui me plaisait beaucoup. M’étant
approché pour consulter un document quelconque (ce détail ne présentait
apparemment aucun intérêt dans le rêve), alors que je me penchai très près de
son visage, elle déposa un bisou furtif sur mes lèvres. Passé le moment de
surprise, je contre-attaquai avec un vrai baiser fougueux tout en la serrant
contre moi. Je crois qu’elle m’a soufflé une invitation à la retrouver après
les heures de bureau. Mais je commençais déjà à m’éloigner pour retrouver ce
qu’il est convenu d’appeler la réalité.
J’ai décroché de la lecture de la
presse. Je préfère revenir à des intérêts plus futiles et lire, par exemple, Le Mystère Yves Adrien de Cedric Bru.
Yves Adrien, ce nom ne dira probablement rien à un très grand nombre de
personnes. En revanche, il réveillera peut-être de lointains souvenirs chez d’anciens
collégiens du début des années 70 qui lisaient avec passion les articles du
magazine Rock & Folk. Ceux-là
pourront comprendre une fixation assez difficile à justifier de manière
rationnelle.