G-0C9MFWP390 Le Carnet de Joe Legloseur

samedi 5 septembre 2026

Secrètes croyances

Dessin : Bill Térébenthine

 

Nous sommes tenus de garder le silence au sujet des choses auxquelles nous croyons profondément. En effet, le risque d’être considéré comme un malade mental est bien réel. Dans le monde moderne, ce qui faisait l’ordinaire de la vie d’un primitif a basculé intégralement dans le domaine de la psychiatrie ou de la psychanalyse. Or, nous ne désirons pas du tout être soignés et encore moins guérir. La discrétion s’impose donc.

vendredi 4 septembre 2026

Maigret, le vrai


 Un auteur de la rentrée annonce qu'il a lu "tous les Maigret" pour écrire son roman. Je ne connaitrai pas le résultat parce que son livre ne me tente pas. En revanche, je n'ai pas résisté à l'envie de replonger dans Simenon. Maigret aux assises commence très bien. Le commissaire dépose à la barre en tant que témoin. Il se substitue à son auteur et raconte son enquête au président du tribunal qui l'interroge. Il est précis et efficace dans ses descriptions, exactement comme Simenon peut l'être dans les siennes. Il doit bien exister des thèses universitaires sur "les enjeux narratifs dans le récit simenonien".

jeudi 3 septembre 2026

Revue de presse


 Un article paru dans New York Magazine nous apprend que nous sommes de plus en plus limités intellectuellement. Ce n'est une surprise pour personne. La question des causes, elle, fait l'objet de plusieurs hypothèses. L'une d'entre elle change un peu des complaintes anti-scrolling. Notre cerveau, qui n'a pas fondamentalement changé depuis la fin de la préhistoire, n'était pas conçu à l'origine pour entrer en contact avec la pensée d'une multitude d'inconnus. Il est débordé, en surcharge ; il ploie sous l'abondance de stupidité déversée. Il y a une bonne nouvelle : l'IA devrait également se dégrader rapidement, victime de la boucle rétroactive qu'elle génère en se nourrissant de contenus qu'elle a elle-même produits. De résumé en résumé, les scories et les erreurs sont répétées jusqu'à perdre tout lien avec la logique du contenu d'origine humaine. Mais comme de plus en plus d'humains feront confiance aveuglement aux résumés de l'IA, ce n'est pas non plus une très bonne nouvelle.  

mercredi 2 septembre 2026

Un peu de féminisme


 "Rien de plus insuportable qu'une femme qui connaît une chose à fond, qui étudie un problème, qui montre de la compétence dans les matières vagues, comme la littérature ou l'art. Pour conserver son charme, une femme doit seulement effleurer ou deviner ; dès qu'elle sait, elle ne séduit plus."

Cioran, Cahiers

mardi 1 septembre 2026

Retour à Maigret


 

Je viens de lire un Maigret et ce fut bien agréable. Félicie est là mérite d’être recommandé. Simenon parvient à nous surprendre avec un Maigret hésitant, troublé par une jeune normande butée et arrogante qui lui résiste et semble le mener en bateau. C’est la bonne d’un vieux monsieur assassiné et elle semble savoir des choses mais elle répète : « De toute façon je ne vous dirai rien. » Alors Maigret s’incruste dans la maison du crime tandis que l’enquête se poursuit du côté de Rouen et de Pigalle, moitié pour protéger ce témoin récalcitrant, moitié pour une raison qui lui échappe. Cette étrange fascination est le vrai sujet de ce roman qui est un régal.

lundi 31 août 2026

Intelligence Humaine


 

Vous ne commencez pas à en avoir marre des synthèses équilibrées et fadasses moulinées par des robots à coups de bullet points ? Ils ne savent pas de quoi ils parlent. Ils n’ont aucun des défauts qui font le charme de l’esprit humain : la bonne vieille mauvaise foi, les références approximatives compensées par l’intuition, les obsessions inexplicables, les bricolages plus ou moins créatifs. Les blogs sont devenus un refuge à l’écart des algorithmes. Ici, on improvise. Certes, le résultat est inégal, mais c’est précisément ce qui distingue l’IH de l'IA froide et obséquieuse (jusqu’à quand ?).

samedi 29 août 2026

Résolution nocturne


Cela me revient : cette nuit, pendant la séquence insomnie, j’ai pensé qu’il fallait écrire un livre, un vrai, et pas me contenter des notes décousues du Carnet. Très bien, me suis-je dis comme si je répondais à une sorte d’autorité supérieure. Mais il y a un petit problème à régler. Pour écrire un livre il faut un sujet, même vague ; or, je n’en ai aucun. Cela a toujours été ma limite : je n’ai aucun message à délivrer. Ecrire pour faire advenir quelque chose qui ne peut apparaitre autrement que dans le processus d’écriture ? Là oui, il y a peut-être une piste. Reste à mettre en place un rituel, des horaires réguliers, le tout suivi avec assiduité. Bref, le plus dur reste à faire.

vendredi 28 août 2026

Une lecture


 

Je ne peux m’empêcher de repenser à un texte d’André Hardellet dans lequel il évoque un condisciple qu’il a côtoyé au lycée. Brillant, séduisant, toujours accompagné de jolies filles, réussissant tout avec une grande désinvolture, totalement détaché vis-à-vis de ses succès comme s’il cherchait ailleurs quelque chose qui ne soit pas, selon son expression, « de la chansonnette ». De longues années après l’avoir perdu de vue, le narrateur rencontre un ancien élève qui lui apprend la mort du condisciple en question dans un pays étranger. Il travaillait sur un chantier comme manœuvre et vivait dans des conditions misérables.