G-0C9MFWP390 Le Carnet de Joe Legloseur

mardi 20 octobre 2026

Dimension symbolique

 


A propos d'évènements récents, je me demande ce qu'on peut en dire au-delà des descriptions effrayantes. En l'absence de recul et de plus amples informations, la prudence voudrait que chaque affirmation soit précédée d'une formule dubitative (comme "si ça se trouve") afin d’indiquer que nous en sommes encore au stade des suppositions. Je m'étonne de voir qu'on ne prête pas d’avantage attention à la place centrale symbolique occupée par la marchandise dans les vols et les destructions. Il manque peut-être un Baudrillard ou un Debord* pour commenter sous cet angle les images de sols jonchés de produits de consommation et les devantures de magasins éventrées.

*Je pense à son texte de 1966 consacré à l'interprétation des émeutes de Watts.

lundi 19 octobre 2026

De la trahison

Caravage, 1602

 

Ces jours-ci, mon esprit a été un peu occupé par l’idée de trahison. J’ai ainsi vu défiler mes petits Judas à moi ; j’imagine que chacun a les siens. Heureux ceux qui n’en ont connu aucun. Il leur manquera peut-être quelques connaissances sur la nature humaine mais on peut aisément s’en passer. Qui, du traitre ou du trahi, est le plus endommagé ? Il suffit d’observer des trahisons effectuées aux yeux de tous pour obtenir un début de réponse à la question. 

samedi 17 octobre 2026

Zoo


 "Pour moi, Paris, lors de ce premier séjour de deux ans, fut un lieu où j'étais exclusivement vendeur de drogue et, pendant une courte période de trois mois qui passa comme un éclair, je fus un consommateur habituel d'acide lysergique, de LSD, ce qui me fit comprendre que ce que nous appelons "réalité" n'st pas une science exacte mais plutôt un pacte entre un grand nombre de gens, entre un grand nombre de conjurés qui, un jour, dans votre ville natale par exemple, décident que l'avenue Diagonal est une promenade avec des arbres alors qu'en réalité, si vous prenez votre acide, vous pouvez voir un zoo bourré de bêtes féroces et de pies qui ont leur propre vie, toutes en liberté, certaines juchées au faîtes des arbres."

Enrique Vila-Matas, Montevideo

vendredi 16 octobre 2026

Eloge de l'incertitude (suite)

 

"Quand je prends des livres, j'aurai aperçu en tel passage des grâces excellents et qui auront frappé mon âme ; qu'une autre fois j'y retombe, j'ai beau le tourner et virer, j'ai beau le plier et le manier, c'est une masse inconnue et informe pour moi.

En mes écrits mêmes, je ne retrouve pas toujours pas toujours l'air de ma première imagination ; je ne sais ce que j'ai voulu dire, et m'échaude souvent à corriger et y mettre un nouveau sens, pour avoir perdu le premier, qui valait mieux. Je ne fais qu'aller et venir : mon jugement ne tire pas toujours avant ; il flotte, il vague, "comme une faible barque surprise sur la vaste mer par une violente bourrasque."

Montaigne


jeudi 15 octobre 2026

Eloge de l'incertitude


 

J’essaie de traduire en termes clairs, pour moi, ce passage des Essais qu’on pourrait nommer « Eloge et défense des Pyrrhoniens ». Après avoir fait défiler les philosophies de l’Antiquité, Montaigne en arrive à la conclusion qu’il est impossible de pencher pour une idée ou une autre pour la simple raison que nous n’avons pas d’accès direct à la vérité. Si c’était le cas, tous les hommes seraient tombés d’accord depuis longtemps. Non seulement les interprétations et les conceptions divergent entre les hommes et mais sur la durée, elles varient chez un même individu. L’étonnant est qu’ayant déjà varié dans ses idées, l’on tienne quand même la dernière en date pour la vérité. Montaigne cite à ce propos Lucrèce, chant V : « Une découverte plus récente discrédite la plus ancienne et change notre opinion sur toutes les explications antérieures. »

mercredi 14 octobre 2026

Vous avez dit "paradoxe" ?


 

« La forte baisse de la consommation de carburants, dont les prix atteignent des sommets, est l’une des principales causes de la diminution des émissions de gaz à effet de serre observée en France au cours des derniers mois. Selon les baromètres mensuel et prévisionnel publiés mardi 13 octobre par le Citepa, l’organisme chargé de l’inventaire national des émissions, ces rejets carbonés ont diminué de 4,1 % au premier semestre par rapport à la même période en 2025. »  Le Monde

Indépendamment de toute autre considération ne prêtant guère à la rigolade, on peut s’arrêter deux secondes pour sourire d’un paradoxe surprenant. Le champion de l’énergie fossile (que mille forages s'épanouissent), l’ennemi acharné des recherches sur les conséquences climatiques des activités humaines (le mot est purement "climat" a été interdit), est à l’origine d’une baisse des émissions de gaz à effet de serre. Cette baisse des émissions va dans la bonne direction mais est encore insuffisante selon les scientifiques. Encore un effort M. le Président.

mardi 13 octobre 2026

A l'ancienne


 

Sur un bout de papier

Je trace des lettres

Avec un stylo feutre noir


Je n’ai pas envie de participer

Au monde qu'ils veulent

Nous imposer


Les réponses de l'IA

Ne me rendent pas

Plus intelligent


Je ne souhaite pas lire

Les best-sellers

Ecrits par des robots


Je vais rester avec mon papier

Mes stylos et mes livres

Comme avant leur arrivée



lundi 12 octobre 2026

Les mots et les sons







La guitare de Robertson, limpide, répond d'entrée de jeu au chant épuré de Dylan. Bientôt le piano et l'orgue prendront le relais dans ce gospel lent, mâtiné de country, et qui fait sans aucun doute partie des deux ou trois chansons les plus ambitieuses de toutes les Basement Tapes. "And ifs that old sign on the cross/That worries me" A la première écoute, il n'est pas impossible que le chant sonne maniéré, le rythme poussif et le morceau en lui-même un peu trop sérieux. Mais dès que l'on se laisse prendre par ce tempo traînant, "Sign On The Cross" revient en tête comme un fantôme. La voix désinvolte ajoute une touche d'ambiguîté à cet équilibre musical fragile et beau. De façon plus orchestrale et systématique, les Rolling Stones parviendront à capter l'essence de cette musique sur Exile On Main Street... cinq ans plus tard.

Nicolas Rainaud, Not Dark Yet