G-0C9MFWP390 Le Carnet de Joe Legloseur

mardi 10 mars 2026

La vie fascinante des maîtres du monde


 

Au-delà de l’impressionnant réseau de pouvoir révélé par l’affaire Epstein, Ashley Mears, sociologue américaine, explique dans une tribune publiée par le Monde que la présence de belles femmes auprès des hommes riches leur procure « une forme de capital qu’ils peuvent utiliser pour tisser des liens entre eux » et faire des affaires. Les jeunes femmes, si possible mannequins, servent à « mettre en scène leur puissance : elles deviennent un accessoire dans le théâtre social où ils affirment leur domination. » Ashley Mears a elle-même fréquenté les fêtes privées des élites quand elle était mannequin. Les filles, appelées party girls, explique-t-elle, sont fournies par des promoteurs rémunérés à la fille ou à la soirée. Cela se passe dans des clubs privés, des soirées, de New York aux Hamptons, en passant par Miami et Saint-Tropez. Un restaurateur lui a confié, à propos de la jet-set qui fait la fête à New York ou à Saint- Tropez : « Ces filles, ce n’est pas pour coucher avec, c’est juste des accessoires pour frimer, pour en mettre plein la vue. Pour que les gens se demandent : “Qui est ce type ? Regardez toutes ces filles, waouh ! Il doit être riche, et célèbre.” »

 

lundi 9 mars 2026

Romance triste


 

Vu Les feuilles mortes d’Aki Kaurismäki. Au début, j’ai cru que je n’allais pas tenir. Il y a cette impression que Kaurismäki fait toujours le même film. Et puis les personnages pas très beaux dans des décors sinistres faiblement éclairés, lorsqu’on n’est pas prisonnier dans une salle de cinéma, cela semble difficile. Cependant, au bout d’un moment, j’ai commencé m’attacher aux deux personnages principaux, à m’inquiéter des quiproquos et contretemps qui menacent leurs rencontres. J’ai surtout été entrainé par le regard du réalisateur qui montre des travailleurs dignes, n’acceptant pas les ordres des petits chefs, et dont la vie peut être éclairée par l’apparition d’un petit chien et la naissance d’une relation amoureuse. Le film est rythmé par des chansons mélancoliques (dont une reprise de Early Morning Rain en finlandais) et par des flashs d’information à la radio concernant la guerre en Ukraine. 

samedi 7 mars 2026

Que faire ?

Bill Térébenthine

 

J’écris un poème

pour la seule bonne raison

qu’il y a d’écrire des poème

et la raison d’écrire des poème

c’est qu’on a besoin de respirer

simplement s’asseoir par terre

mettre de la musique

John Coltrane, Jerry Lee Lewis,

Cat Power, Chet Baker,

Bukka White, Sam Cooke,

toutes les musiques

qui vous font sentir bien

depuis toujours

toutes les musiques

qui ne vous ont jamais lâché

jamais trahi

jamais déçu

jeudi 5 mars 2026

Souvenirs

Robert Crumb


 "Jusqu'à la toute fin de mon adolescence, je ne savais pas qu'il y avait une autre manière de vivre. Ce qui m'a ouvert à d'autres possibilités, c'est la découverte de la littérature, avec des bouquins comme Sur la route de Jack Kerouac que j'ai lu vers 17 ans. 9a m'a bouleversé. Je me suis dit : "Il existe un tout autre monde possible !" L'attrape-cœurs, de Salinger, a été aussi un choc. Ces deux romans extraordinaires sont les premiers qui ont changé ma vision du monde, qui l'ont élargie."

Robert Crumb, entretien revue Transfuge


mercredi 4 mars 2026

Naissance du néo-wokisme


 Je n’ai jamais été woke. J’étais plutôt indifférent par rapport à ce sujet, avec des pointes d’irritation lorsque certains clichés ont donné naissance à un jargon « déconstructiviste » prémâché passablement conformiste. Mais l’attitude de ceux qui ont réagi en réduisant le terme woke à une simple insulte visant ceux qui ne partagent pas leur vision réactionnaire m’énerve encore plus. Le mouvement appelé « néo-wokisme », dont je suis le seul membre, est né le 2 mars 2026 de ce constat. Désormais, je me revendique néo-woke.

mardi 3 mars 2026

Fatigué

Bill Térébenthine

 

mal dormi

envie de rien faire

à part écouter de la musique

en laissant l’esprit divaguer

 

message aux investisseurs

il est encore temps de se sauver

ce délire technologique est condamné

il n’y a pas de futur de ce côté

 

 

si tu ne sais pas quoi penser

demande à l’IA de t’aider

elle sait bien mieux que toi

ce dont tu as vitalement besoin


et si tu n'aimes pas les robots

qui ont réponse à tout

prends une guitare ou un piano

et écris une chanson à l'ancienne

lundi 2 mars 2026

Ciel bleu


Revu, une fois de plus, Le Mépris. La première fois, c’était en 75. Il y a un demi-siècle. Une paille (l’expression est à double sens : une quantité négligeable ou, au contraire, une quantité énorme, exagérée). Entre-temps, tout a changé sauf le film lui-même, chef-d’œuvre parfait, inusable, intact, toujours actuel et hors du temps. Inspiré par les dieux, Godard ne pouvait rien rater ; tout lui réussissait. A chaque vision, on découvre encore des idées cinématographiques fulgurantes. Sur l’actualité du film en ce début d’année 2026, il faut avouer que le producteur Jeremy Prokosch apparait terriblement trumpien. Ce qui est nouveau cette fois-ci, c’est la mort ; elle a frappé presque tout le monde : Piccoli (2020), Bardot (2025), Godard (2022), Lang (1976), Palence (2006).


 

samedi 28 février 2026

Un autre Donald


 

« Il n'y a pas une seule façon correcte de décrire la réalité, une façon qui lui "correspondrait" vraiment. Il existe une foule de manières de parler du monde - dont la plupart n'ont jamais été découvertes et ne le seront probablement jamais. Toutes sont susceptibles de contenir une parcelle de vérité. Cela ne veut pas dire, je m'empresse de l'ajouter, que le concept de vérité soit relatif à une façon de parler. Il n'y a qu'un seul concept de vérité, mais la question de savoir si une proposition est vraie dépend d'abord de ce que cette proposition signifie. » Donald Davidson