Le Carnet de Joe Legloseur
Réflexions inutiles et vaines notées au fil des jours.
jeudi 9 juillet 2026
Eblouissements
mercredi 8 juillet 2026
Lecture d'été
Hier soir, j’ai fini la lecture
d’un roman que j’ai bien aimé. Je voulais le signaler comme lecture d’été. Et
là, j’ai réalisé que j’avais supprimé le fichier sur mon téléphone et qu’il n’y
avait aucune trace non plus sur l’ordinateur. Je croyais que le titre était Sarah et les recherches n’ont évidemment
rien donné. Il s’agissait en fait de Sylvia
et ça, c’est l’IA de Mistral qui l’a trouvé à partir des indications que je lui
ai donné : Un roman autobiographique. Trente ans après, l’auteur se
souvient de sa première femme. Nous sommes à la fin des années 50, ils vont
voir Lenny Bruce sur scène, croisent Kerouac, des musiciens de Jazz, et ils se disputent sans
arrêt. Sylvia est très perturbée et ça fini mal (mais c’est beau). Cela
pourrait donner lieu à un chouette film sur des marginaux comme on en faisait à
l’époque du Nouvel Hollywood. Bref, c’est romantique et c’est très bien.
Leonard Michaels, Sylvia
mardi 7 juillet 2026
Dans la salle de bain
je tends la main vers la brosse à dents
je constate qu’elle était en charge cette nuit
je la récupère j’enroule soigneusement le fil électrique
là je réalise qu’il y a un peu de sang
sur le manche de la brosse à dents
la petite coupure au doigt que je m’étais faite hier
en nettoyant la boite à pain métallique
s’est rouverte
je vais chercher le désinfectant
j’envoie une giclée de spray
j’en mets une partie à côté
je passe une éponge sur le sol
en me demandant si je ne suis pas
dans un rêve à la con
puis j’utilise un mouchoir en papier comme compresse
je reprends
comme dans un mauvais film comique
je réalise que le tube de dentifrice
est en bout de course
je replonge dans l’armoire pour extraire un tube neuf
je l’ouvre et je remets mes lunettes
pour enlever soigneusement la protection qui obstrue
l’orifice
j’appuie
rien ne sort
je vérifie
il y a encore une couche transparente à l’entrée
Comme je ne peux pas l’enlever avec l'ongle
j’enfonce la pointe d’une paire de ciseaux
opération réussie
il n’y a plus qu’à nettoyer les ciseaux
et je peux enfin actionner la brosse à dents
et sortir par la même occasion
du rêve ou du film
je m’accorde au passage
quelques compliments
je suis resté calme tout le long
aucune irritation
pas un juron
bravo
lundi 6 juillet 2026
Vieux singes
Quelle horreur. En voyant les
Glimmer Twins semblables à deux vieux singes grimaçants sur la couverture de Match, j’ai ressenti avec une terrible
acuité la destruction finale de tous mes rêves d’adolescent. Quel gâchis. Quand
on pense à ce qu’ils représentaient
pour nous (et qui n’a rien à voir avec ce qu’ils pouvaient être par ailleurs).
Keith particulièrement, qui concentrait à mes yeux tout ce que la vie pouvait
présenter de désirable : de la bonne musique, de la drogue à volonté et une
compagne dans le style d’Anita. On ne peut même pas leur en vouloir. Il faut
bien payer l’entretien des propriétés et les frais de la famille. Comme on dit, c’est
la vie.
dimanche 5 juillet 2026
samedi 4 juillet 2026
Rectificatif
Pour être franc, il y a un texte de Perros qui m'a bien amusé et avec lequel je suis d'accord. Le voici :
"Saint-Exupéry était un homme très bien, je n'en doute pas. Quelques-unes de ses pages respirent profondément. Pourquoi les gens qui en font leur idole sont-ils, la plupart du temps, des imbéciles ?"
Georges Perros, Papiers collés
vendredi 3 juillet 2026
Jeu d'été
jeudi 2 juillet 2026
Coup de chance
Cioran regrettait d’avoir eu des
parents respectables qu’il n’avait pas pu haïr. J’ai eu cette chance. J’ai
longtemps détesté la famille où le hasard m’avait fait atterrir. Puis, ayant
mis la plus grande distance possible entre eux et moi, la colère s’est un peu
apaisée pour laisser place à un vague mépris. Maintenant qu’ils ont cessé
d’exister, je commence à avoir pitié d’eux et de leur allergie viscérale envers
toute forme d’élévation.
mercredi 1 juillet 2026
Décoloré
J’ai retrouvé les poèmes
d’Alvaro de Campos
ils n’étaient pas loin
dans la bibliothèque
la couverture est en partie
décolorée par le soleil
je me souviens nettement
avoir longtemps tourné autour
je le prenais et le feuilletais
à chaque fois que je passais
dans la librairie la Hune
j'hésitais à cause du prix
vingt cinq ans plus tard
je suis bien content
d'avoir fait cette folie
et de l’avoir avec moi
mardi 30 juin 2026
Un peu de poésie
drive through hell
the people are weary, unhappy and frustrated, the people are
bitter and vengeful, the people are deluded and fearful, the
people are angry and uninventive
and I drive among them on the freeway and they project
what is left of themselves in their manner of driving—
some more hateful, more thwarted than others—
some don’t like to be passed, some attempt to keep others
from passing
—some attempt to block lane changes
—some hate cars of a newer, more expensive model
—others in these cars hate the older cars.
the freeway is a circus of cheap and petty emotions, it’s
humanity on the move, most of them coming from some place they
hated and going to another they hate just as much or
more.
the freeways are a lesson in what we have become and
most of the crashes and deaths are the collision
of incomplete beings, of pitiful and demented
lives.
when I drive the freeways I see the soul of humanity of
my city and it’s ugly, ugly, ugly: the living have choked the
heart
away.








