G-0C9MFWP390 Le Carnet de Joe Legloseur

mercredi 14 octobre 2026

Vous avez dit "paradoxe" ?


 

« La forte baisse de la consommation de carburants, dont les prix atteignent des sommets, est l’une des principales causes de la diminution des émissions de gaz à effet de serre observée en France au cours des derniers mois. Selon les baromètres mensuel et prévisionnel publiés mardi 13 octobre par le Citepa, l’organisme chargé de l’inventaire national des émissions, ces rejets carbonés ont diminué de 4,1 % au premier semestre par rapport à la même période en 2025. »  Le Monde

Indépendamment de toute autre considération ne prêtant guère à la rigolade, on peut s’arrêter deux secondes pour sourire d’un paradoxe surprenant. Le champion de l’énergie fossile (que mille forages s'épanouissent), l’ennemi acharné des recherches sur les conséquences climatiques des activités humaines (le mot est purement "climat" a été interdit), est à l’origine d’une baisse des émissions de gaz à effet de serre. Cette baisse des émissions va dans la bonne direction mais est encore insuffisante selon les scientifiques. Encore un effort M. le Président.

mardi 13 octobre 2026

A l'ancienne


 

Sur un bout de papier

Je trace des lettres

Avec un stylo feutre noir


Je n’ai pas envie de participer

Au monde qu'ils veulent

Nous imposer


Les réponses de l'IA

Ne me rendent pas

Plus intelligent


Je ne souhaite pas lire

Les best-sellers

Ecrits par des robots


Je vais rester avec mon papier

Mes stylos et mes livres

Comme avant leur arrivée



lundi 12 octobre 2026

Les mots et les sons







La guitare de Robertson, limpide, répond d'entrée de jeu au chant épuré de Dylan. Bientôt le piano et l'orgue prendront le relais dans ce gospel lent, mâtiné de country, et qui fait sans aucun doute partie des deux ou trois chansons les plus ambitieuses de toutes les Basement Tapes. "And ifs that old sign on the cross/That worries me" A la première écoute, il n'est pas impossible que le chant sonne maniéré, le rythme poussif et le morceau en lui-même un peu trop sérieux. Mais dès que l'on se laisse prendre par ce tempo traînant, "Sign On The Cross" revient en tête comme un fantôme. La voix désinvolte ajoute une touche d'ambiguîté à cet équilibre musical fragile et beau. De façon plus orchestrale et systématique, les Rolling Stones parviendront à capter l'essence de cette musique sur Exile On Main Street... cinq ans plus tard.

Nicolas Rainaud, Not Dark Yet



samedi 10 octobre 2026

Sans issue


 

Je ne me suis pas rendu physiquement dans le village où j’ai grandi depuis plus de quarante ans, peut-être cinquante. En revanche, il m’est arrivé d’y retourner virtuellement via les images prises par Google. En cliquant pour avancer par sauts dans les rues, j’ai pu constater que tout était vieux là où j’avais été jeune (dixit Alvaro de Campos). Je me sens étranger dans ces lieux, signe d'une évasion réussie. Les décors de mes souvenirs d’enfance ont été remplacés par de nouvelles façades de magasins, des ronds-points sont apparus. A  la sortie du village, le chemin qui conduisait dans le bois qui nous servait de terrain de jeu a été goudronné pour desservir les maisons cubes qui ont poussé là. J’ai bien fait de ne jamais revenir.

vendredi 9 octobre 2026

Les belles histoires de l’oncle Joe



 

1971 ne fut pas pour nous la seule année chamboulante ; il y eut également 1976. Les Inrockuptibles lui consacrent un numéro hors-série intitulé « 50 ans du Punk ». Argh ! C’est de l’Histoire. Et c’est aussi la nôtre. Il se passait tellement de choses cette année-là, tant de groupes nouveaux apparaissaient, tant de disques sortaient. On ne pouvait en saisir qu’une partie. Cela touchait la musique, bien sûr, mais également l’illustration et le graphisme (Bazooka débarquait à Libération), l’écriture, les fringues, les idées... Le Punk qui se pointait pendant l’année 1976, c’était d’abord une énergie rock qui renouait avec les origines tout en les réinventant. Cela reste toujours vivant un demi-siècle plus tard. Les lycéens qui courent en criant dans les rues grises de cet automne en sont les héritiers (même s’ils ne le savent pas) comme ils sont les descendants des mods qui se battaient avec les bobbies sur les plages anglaises, des hippies qui manifestaient contre la guerre, des situationnistes qui occupaient la Sorbonne en 68. Cela s’appelle la jeunesse, tout simplement. Cela a toujours été son rôle de secouer la société des adultes.


jeudi 8 octobre 2026

Annotations


 

Je ne sais pas d’où vient cette édition de poche du Livre second des Essais. Il porte au dos une étiquette « Gibert jeune occasion ». Le livre est solide bien que très usagé. En revanche, un lecteur a annoté certains passages de l’apologie de Raymond Sebond, ce qui n'en facilite pas la lecture. Il a entrepris de restructurer les textes en numérotant des sous-paragraphes et en ajoutant des commentaires dans les marges. Ceux-ci étant illisibles, ils n’apportent rien d’autre que de la confusion visuelle. Mais ce n’est qu’un mauvais moment à passer. La fin du livre semble intacte.

mercredi 7 octobre 2026

Remix

 

Un orage a éclaté

Vers 18 heures

La promenade du chien

A été annulée

Il a compris

En voyant la pluie

Tomber sur la terrasse

Maintenant c’est la nuit

Le son des gouttes

Qui cognent sur le toit

Se mêle à la musique

Une version remix

De Treat Me Nice

Par DJ Storm

mardi 6 octobre 2026

Balayer la terrasse

 

Pourquoi se préoccuper

Des affaires du monde

Au lieu de vivre

Comme un moine

Ou plutôt comme

Un anachorète

Du grec ancien anakhōrētḗs

Celui qui s’est retiré

Ou éloigné du monde

Vivre dans la solitude

Et la contemplation

C’est devenu impossible ?

C’est exact mais cela

N’empêche pas de vivre

De discrets moments

Purement anachorètiens

Par exemple en balayant

La terrasse dans le soleil

D’un matin d’automne

 

 

lundi 5 octobre 2026

Revue de presse


 Dans le Nouvel Obs, une interview de Giuliano da Empoli (dont je n’ai lu aucun livre). Il sort un roman dont le personnage principal est inspiré par un des maitres du monde : Peter Thiel. Les élites issues de la tech feraient selon l'écrivain preuve de méfiance à l’égard de « tout de qui n’est pas numérisable ». Il déclare : « Leur objectif est de remplacer l’humain dans le plus de sphères possible. Jusqu’à cette solution ultime qui est peut-être de ne plus avoir d’humains du tout... » J'ai noté le « peut-être » plein d’espoir. A part ça, j’ai survolé un entretien avec Angot dont je n’ai rien lu non plus mais que j’aime bien de loin. Sa colère ne retombe pas, c’est du costaud. Et puis, pour finir en beauté, la bonne nouvelle qu’on n’attendait plus : le nouveau roman de Pynchon vient de paraitre !