G-0C9MFWP390 Le Carnet de Joe Legloseur

vendredi 3 juillet 2026

Jeu d'été



 Il y a une émission sur France-Culture où, après avoir parlé du livre qui a tout changé pour eux, les invités évoquent rapidement un livre qui leur résiste ou qui leur déplait. Je ne sais pas qui je choisirais dans le premier cas (il y en a plusieurs qui se bousculent) mais pour le second je pourrais répondre sans hésiter Papiers collés de Georges Perros. Le plus souvent, je ne comprends pas ce qui est écrit et lorsque cela arrive, très rarement, je ne vois pas l’intérêt d’énoncer de telles platitudes. Tout est embrumé, voilé, un peu comme des propos d’ivrogne dépressif au moment de la fermeture du bar. Il a, semble-t-il, un problème avec les femmes (comme en ont les piliers de comptoir) mais il tourne autour du sujet sans cracher le morceau un bon coup. J’ai honnêtement  essayé de lui donner sa chance mais il est trop déprimant. Adieu Perros.

jeudi 2 juillet 2026

Coup de chance


 

Cioran regrettait d’avoir eu des parents respectables qu’il n’avait pas pu haïr. J’ai eu cette chance. J’ai longtemps détesté la famille où le hasard m’avait fait atterrir. Puis, ayant mis la plus grande distance possible entre eux et moi, la colère s’est un peu apaisée pour laisser place à un vague mépris. Maintenant qu’ils ont cessé d’exister, je commence à avoir pitié d’eux et de leur allergie viscérale envers toute forme d’élévation.

mercredi 1 juillet 2026

Décoloré


 

J’ai retrouvé les poèmes

d’Alvaro de Campos

ils n’étaient pas loin

dans la bibliothèque

la couverture est en partie

décolorée par le soleil


je me souviens nettement

avoir longtemps tourné autour

je le prenais et le feuilletais

à chaque fois que je passais

dans la librairie la Hune

j'hésitais à cause du prix


vingt cinq ans plus tard

je suis bien content

d'avoir fait cette folie

et de l’avoir avec moi

mardi 30 juin 2026

Un peu de poésie


drive through hell


the people are weary, unhappy and frustrated, the people are

bitter and vengeful, the people are deluded and fearful, the

people are angry and uninventive

and I drive among them on the freeway and they project

what is left of themselves in their manner of driving—

some more hateful, more thwarted than others—

some don’t like to be passed, some attempt to keep others

from passing

—some attempt to block lane changes

—some hate cars of a newer, more expensive model

—others in these cars hate the older cars.

the freeway is a circus of cheap and petty emotions, it’s

humanity on the move, most of them coming from some place they

hated and going to another they hate just as much or

more.

the freeways are a lesson in what we have become and

most of the crashes and deaths are the collision

of incomplete beings, of pitiful and demented

lives.

when I drive the freeways I see the soul of humanity of

my city and it’s ugly, ugly, ugly: the living have choked the

heart

away.



lundi 29 juin 2026

Capuche


 

Il existe un club informel

Dont je fais partie

Qui rassemble ceux qui

Se demandent certains matins

Ce que devient Bob Dylan

Ils prennent alors de ses nouvelles

Comme on le ferait d’un vieil ami

Perdu de vue depuis longtemps

C’est ce que j’ai fait ce matin

 

Bob qui vient d’avoir 85 ans

A commencé une nouvelle tournée

A travers les Etats-Unis

Elle devrait durer jusqu’en août

Pour l’instant il a l’air de porter sur scène

Une capuche sur la tête

Il continue à ne pas parler au public

Et n’annonce même plus les musiciens

Tout va bien

samedi 27 juin 2026

Exil (suite)

Bill Térébenthine

 "L'homme transplanté, ou bien dépérit comme une plante extraite de son sol natal, ou bien attend le retour dans son pays. L'homme transplanté qui languit chante et devient poète, s'exprime poétiquement. La transplantation est un principe de la poésie ; celui qui n'est pas dans son pays devient poète. Celui qui n'apercevrait pas la poésie de son pays quand il s'y trouve, quand il est sur place, quans la vie est mêlée à l'action quotidienne, la reconnaît lorsqu'il est en exil. Il faut être exilé  pour connaître le charme de l'ailleurs."

Vladimir Jankélévitch  

vendredi 26 juin 2026

En passant




Projet que je ne réaliserai jamais : un livre qui se serait appelé Eloge du je-m’en-foutisme. J'aurais montré qu'il ne s'agit pas seulement d'une attitude socialement condamnée mais également d'une posture politique, philosophique, spirituelle qui n’a jamais été théorisée et pour cause. Les principaux intéressés, ceux qui vivent la démarche en profondeur de l’intérieur sont allergiques aux tâches trop fastidieuses et indifférents à la reconnaissance sociale ; il y a très peu de chance qu’un je-m’en-foutiste se démène un jour pour écrire un livre sur le sujet.

jeudi 25 juin 2026

Vol




Levant les yeux de mon livre

Je revois passer un instant

Le papillon blanc

Qui met du mouvement

Dans le jardin immobile

mercredi 24 juin 2026

Un peu de poésie


 "Les locaux de l'agence France -Presse sont attenant à ceux du Nepakokukiveuh, le grand journal du soir de Tokyo.

Je suis accueilli par une ravissante blonde qui a un regard aussi fripon qu'une édition non expurgée de Gamiani. Je lui demande si elle est française, ce qui est parfaitement superflu, car cette souris ne se fringue pas au Prisunic du coin.

Elle porte (allégrement, divinement, merveilleusement) un petit deux-pièces avec alcôves dont on aimerait découvrir les agrafes."

San Antonio, Fleur de nave vinaigrette