G-0C9MFWP390 Le Carnet de Joe Legloseur

mercredi 23 septembre 2026

L'art de la nouvelle


 Début de la nouvelle de James Salter intitulée "Le cinéma" :

  "Elle arriva à dix heures er demie. Ils attendaient. La porte au bout de la salle s'ouvrit ; avec une certaine timidité, essayant de voir dans la pénombre s'il y avait quelqu'un, elle avança lentement, presque à regret, ses longs cheveux flottant sur ses épaules comme ceux d'une écolière. Tous les regards étaient braqués sur elle. Une jeune femme, sa secrétaire, la suivait.

   Les très beaux visages ne s'expliquent pas. Elle avait un long nez, une bouche, et une curieusedistance entre les yeux. C'était un visage à la fois ouvert et insaisissable. En quelque sorte, il exprimait une certaine indifférence envers indifférence envers la vie."

James Salter, Last night (Editions de l'Olivier)

mardi 22 septembre 2026

Comme les autruches


 

On entend dire que le gouvernement prend des décisions au coup par coup, avec un temps de retard, et toujours sans orientation d’ensemble accordée à une vision claire des problèmes qui se poseront inévitablement. La raison de cet aveuglement est pourtant évidente : les visions à plus long terme, c’est-à-dire dépassant la fin du mois en cours, sont si désolantes et pour certaines si effrayantes qu’il est naturel de garder les yeux au ras des évènements qui surgissent. Pour le reste, on verra plus tard. Même comportement chez les nombreux candidats en campagne. L’objectif semble être de nous ménager, de ne pas trop nous démoraliser. En effet, quel sens peut avoir une élection lorsqu'autour le décor a déjà commencé à s’effondrer ?

lundi 21 septembre 2026

Authentiquement Soul


 Dan Penn venait de Vernon, raconte Rick Hall, et il a aussitôt excité la curiosité de tous : c'était un gamin blanc de seize ans qui chantait comme Ray Charles et était dingue de musique noire. Il était authentique. Ce n'était ni un escroc ni un imposteur. Il en savait plus sur la musique noire que nous tous réunis. Je me confiais à Dan. Je respectais ses opinions - sans abandonner les miennes pour autant, bien entendu. J'étais particulièrement impressionné par sa sensibilité aux chansons et à leur composition. Il n'avait rien d'un béni-oui-oui. S'il n'aimait pas quelque chose, il te disait : "Je pense que ce truc schlingue. Jamais entendu pire." Dan était un esprit libre". 

Peter Guralnick, Sweet Soul Music (Allia)


samedi 19 septembre 2026

Entre deux livres


La difficulté, après avoir lu un roman correspondant à ce que vous attendez de la  littérature, est de trouver une solution pour enchaîner sur le suivant. J’ai commencé deux romans dont j’ai dû interrompre la lecture au bout de quelques pages. Du réalisme social, lourd, vulgaire comme les personnages qu’ils observaient avec une distance condescendante. J’ai alors repensé à l’écrivain qui m'était revenu à l'esprit en lisant le début d’Entre amis. Il s'agissait de James Salter. Je me suis aussitôt plongé dans ses nouvelles et j’ai eu la confirmation qu’il s’agissait du bon choix


 

vendredi 18 septembre 2026

Essai comparatif



 

DuckDuckGo : Très bon réfrencement du blog avec le lien, c'est parfait.


Qwant : très bon référencement du blog avec le lien juste en dessous. Excellent.



Google : rien. Pas de livre, pas de blog et donc, pas de lien. Totalement inconnu sur le web. Nada. Conclusion : les bots de Google, avec les moyens dont ils disposent, doivent pouvoir faire mieux.






jeudi 17 septembre 2026

Fin


 

Je viens de terminer la lecture d’Entre amis. J’ai foncé vers la fin comme cela ne m’étais pas arrivé depuis longtemps. C’est quoi, un « grand roman » ? C’est un roman complètement réussi indépendamment de ce qu’il raconte, voire en dépit de l'histoire qu'il raconte. Un peu le contraire des romans "témoignage". Dans celui-ci, tout le plaisir du lecteur est dans les descriptions, dans les ambiances, les détails, les changements de points de vue, les comparaisons évocatrices (j’aurais dû en noter quelques-unes), les dialogues, etc. Au passage, et sans vous en être aperçu, vous en sortez avec l’impression d’avoir appris des choses pas clairement formulables sur le roman en cours qu'est votre vie.

mercredi 16 septembre 2026

Vous avez dit "attention" ?


 "Les personnes intentives ont un sens de l'observation très superficiel. Leurs jugements sont erronés et ils se m'éprennent sur la valeur des choses, car pour approfondir une question, ils ne savent pas donner suffisamment de temps, de patience ou de précision. Ces personnes entendent et mémorisent tout à moitié, et souvent de façon désordonnée. Ils connaissent un peu de chaque chose mais rien de l'ensemble. Il sont souvent imprudents, ils élaborent de grands projets mais ils sont très inconstant pour les réaliser."

Melchior Adam Weikard, 1775

mardi 15 septembre 2026

Hémisphères


 

J’ai trop lu aujourd'hui

l'hémisphère gauche de mon cerveau

qui analyse les mots

commence à fatiguer

Je vais regarder des images

en passant sur l'hémisphère droit

qui est aussi le côté des émotions

Il y a cette couverture de Charlie Hebdo

où l'on voit un nazi avec un brassard AFD

La bulle qui dit : « On n’a jamais essayé »

J'ai trouvé ça amuppant*

 

* amusant et flippant

lundi 14 septembre 2026

Revue de presse

 

Je ne sais pas ce que Patrick Besson a fait de ses vacances mais son billet de rentrée est assez faiblard. C’est la seule chose que je lis lorsque je feuillète le Point. Le thème retenu cette semaine m’a intéressé parce que j’avais songé un moment l’évoquer dans le Carnet. Il s’agissait de se pencher sur l’usage omniprésent du terme « compliqué ». Besson le chroniqueur traite le sujet de manière assez paresseuse. Tout est compliqué, blablabla. Le ton est moins sarcastique qu’à l’accoutumé. Il me semble qu il passe à côté d’un point important, que j’envisageais de traiter : l’expression exacte est « C’est un peu compliqué », le « un peu » étant utilisé de manière à euphémiser ce qui est en train de se passer. Exemple : « Ma maison a brûlé, ma femme a disparu, alors c’est un peu compliqué ». On entend ça à chaque reportage sur une catastrophe, c’est-à-dire tous les jours. J’avais certainement ma petite idée sur cet usage généralisé de l’understatement mais depuis, j’ai oublié.