G-0C9MFWP390 Le Carnet de Joe Legloseur

mercredi 16 septembre 2026

Vous avez dit "attention" ?


 "Les personnes intentives ont un sens de l'observation très superficiel. Leurs jugements sont erronés et ils se m'éprennent sur la valeur des choses, car pour approfondir une question, ils ne savent pas donner suffisamment de temps, de patience ou de précision. Ces personnes entendent et mémorisent tout à moitié, et souvent de façon désordonnée. Ils connaissent un peu de chaque chose mais rien de l'ensemble. Il sont souvent imprudents, ils élaborent de grands projets mais ils sont très inconstant pour les réaliser."

Melchior Adam Weikard, 1775

mardi 15 septembre 2026

Hémisphères


 

J’ai trop lu aujourd'hui

l'hémisphère gauche de mon cerveau

qui analyse les mots

commence à fatiguer

Je vais regarder des images

en passant sur l'hémisphère droit

qui est aussi le côté des émotions

Il y a cette couverture de Charlie Hebdo

où l'on voit un nazi avec un brassard AFD

La bulle qui dit : « On n’a jamais essayé »

J'ai trouvé ça amuppant*

 

* amusant et flippant

lundi 14 septembre 2026

Revue de presse

 

Je ne sais pas ce que Patrick Besson a fait de ses vacances mais son billet de rentrée est assez faiblard. C’est la seule chose que je lis lorsque je feuillète le Point. Le thème retenu cette semaine m’a intéressé parce que j’avais songé un moment l’évoquer dans le Carnet. Il s’agissait de se pencher sur l’usage omniprésent du terme « compliqué ». Besson le chroniqueur traite le sujet de manière assez paresseuse. Tout est compliqué, blablabla. Le ton est moins sarcastique qu’à l’accoutumé. Il me semble qu il passe à côté d’un point important, que j’envisageais de traiter : l’expression exacte est « C’est un peu compliqué », le « un peu » étant utilisé de manière à euphémiser ce qui est en train de se passer. Exemple : « Ma maison a brûlé, ma femme a disparu, alors c’est un peu compliqué ». On entend ça à chaque reportage sur une catastrophe, c’est-à-dire tous les jours. J’avais certainement ma petite idée sur cet usage généralisé de l’understatement mais depuis, j’ai oublié.

 

samedi 12 septembre 2026

A l'écoute


 

J’écoute une compilation maison

Le titre qui passe s’appelle

Our Love Is Here To Stay

Par The Lester Young-Teddy Wilson Quartet

La musique me calme et me détend

Je ne sais pas ce que je deviendrais

Sans ces doses quotidiennes de Jazz,

De Soul, de Blues, de Rock, de Folk, etc.

J’en ai besoin comme j’ai besoin des livres

Maintenant c’est la trompette magique de Miles

Les incantations vaudou de Bitches Brew

Qui viennent apaiser mes nerfs et mon cerveau

Je m’abandonne à cette jungle sonore

Où des animaux étranges se répondent

A travers des pylônes électriques

vendredi 11 septembre 2026

Un peu de poésie


 Ah quelle fraîcheur en pleine figure ne pas s'aquitter d'un devoir !

Faillir c'est positivement être à la campagne !

Quel refuge que l'impossibilité pour autrui d'avoir confiance en nous !

Je respire mieux maintenant que sont passées toutes les heures des rendez-vous.

Je ne suis allé à aucun, par décision délibérée de mon insousciance,

Je suis resté dans l'attente de l'envie de m'y rendre, car je devais savoir que je n'irais pas.

Je suis libre, contre la sociétéorganisée et habillée.

Je suis nu, et je plonge dans les eaux de mon imagination.

Il est trop tard pour je sois à l'un ou l'autre des deux points où je devrais être en même temps,

Délibérément en même temps...

C'est bon, je resterai ici rêvant des vers et souriant en italique.

Elle est si agréable cette part auxiliaire de la vie !

Je ne parviens même pas à allumer la cigarette suivante... Si vous êtes un geste,

Restez donc avec les autres, qui m'attendent, dans ce rendez-vous raté qu'est le vie. 

Alvaro de Campos

jeudi 10 septembre 2026

En exclusivité

Illustration : Bill Térébenthine


« Un imposteur, un fumiste, conscient de l’être, donc spectateur de soi-même, est nécessairement plus avancé dans la connaissance qu’un esprit posé, plein de mérites, et tout d’un pièce. » Cioran, L’Inconvénient d’être né

Avec Cioran, on pèse chaque mot. Condensation maximum, telle est sa devise (qu’il jugeait paralysante mais il ne savait pas faire autrement). Il faut donc déplier un peu et tirer quelques développements. Peut-être de quoi occuper un livre entier : ce livre, précisément. Je me demande si l’auteur de cette réflexion a bien mesuré tout ce qu’elle entrainait comme renversement radical des valeurs en vigueur. Pour lui, ce n’était qu’un bâton de dynamite parmi d’autres. Mais pour ceux qui subissent le dédoublement de l’imposteur en étant conscients de ce qui se passe en eux, c’est un énorme soulagement. Ce qu’ils ont vécu toute leur vie comme un handicap, une incapacité, une absence de "compétences sociales" s’avère, aux yeux d’un des penseurs du vingtième siècle, un signe d’excellence dans la connaissance. Il est peut-être temps de tout reconsidérer.

Vous êtes un fumiste (extrait)


mercredi 9 septembre 2026

Pour en finir avec la biodiversité

 



Arrêtez de pleurer sur la biodiversité en danger. Il y a, parait-il, beaucoup moins d’insectes. Et alors ? On voit que vous n’avez pas connu (ou que vous avez oublié) l’époque où il fallait nettoyer le pare-brise lors de chaque trajet un peu long. Aujourd’hui, on peut traverser le pays du nord au sud sans avoir à verser un pourboire au pompiste qui vous a passé une éponge sur la vitre couverte d’insectes écrasés. Le pompiste a disparu et les insectes également. Quoi ? Les oiseaux ? Ils n’ont plus rien a à manger ? On ne les entend plus dans les campagnes ? Vous oubliez juste un détail au sujet des oiseaux : ils balancent des chiasses partout, sur le mobilier de jardin, sur les terrasses, sur les velux. C'est une catastrophe. Alors les petits zoizeaux, on ne les regrettera pas.


mardi 8 septembre 2026

Echos de rentrée



Il arrive parfois que les choses se répondent comme si elles faisaient signe. J’avance lentement mais surement dans le pavé de Peter Guralnick, Sweet Soul Music, où il est longuement question de l’ascension du label Stax au début des années 60 grâce, notamment, à l’éclosion du jeune Otis Redding. La description de l’enregistrement de son premier album lors d’une nuit blanche restée dans tous les esprits est un grand moment du livre. Par ailleurs, en cherchent de quoi accompagner musicalement cette lecture, j’ai remis la main sur de vieilles K7 compilant ses titres. Enfin, je viens de voir le "Blow Up" de la rentrée consacré aux liens entre Otis Reading et le cinéma. Un extrait m’a furieusement donné envie de revoir Monterey Pop de Pennebaker.

 

 

lundi 7 septembre 2026

Début


 

Cela ne vous aura peut-être pas échappé, j’aime commencer la lecture d’un roman. La raison pour laquelle j’ai pioché Entre amis dans l’avalanche de titre sortis en cette rentrée m’échappe un peu. La couverture a pu jouer un rôle mais pas le nom de l’auteur, inconnu au bataillon (normal : c’est son premier roman). Il faut croire que le pitch de l’éditeur a éveillé ma curiosité. Amitié toxique entre deux quinquas qui ont réussi, réunions avec femmes, enfants... L’enthousiasme de la critique américaine à propos des qualités d’écriture de ce jeune romancier a fini par l'emporter. J’en suis au début, il ne s’est encore rien passé d’important (mais on sait qu’une grave crise va éclater) et pourtant, avec un sens du détail concret assez réjouissant, Hal Ebbott installe tout de suite un climat légèrement pesant en laissant apparaitre des failles qui sonnent juste. Je retrouve un peu du plaisir de lecture que m’avait procuré Un bonheur parfait de James Salter.