Je ne sais pas d’où vient cette édition
de poche du Livre second des Essais. Il porte au dos une étiquette « Gibert
jeune occasion ». Le livre est solide bien que très usagé. En revanche, un
lecteur a annoté certains passages de l’apologie de Raymond Sebond, ce qui n'en facilite pas la lecture. Il a entrepris de restructurer les textes en
numérotant des sous-paragraphes et en ajoutant des commentaires dans les
marges. Ceux-ci étant illisibles, ils n’apportent rien d’autre que de la
confusion visuelle. Mais ce n’est qu’un mauvais moment à passer. La
fin du livre semble intacte.
Le Carnet de Joe Legloseur
Réflexions inutiles et vaines notées au fil des jours.
jeudi 8 octobre 2026
Annotations
mercredi 7 octobre 2026
Remix
Un orage a éclaté
Vers 18 heures
La promenade du chien
A été annulée
Il a compris
En voyant la pluie
Tomber sur la terrasse
Maintenant c’est la nuit
Le son des gouttes
Qui cognent sur le toit
Se mêle à la musique
Une version remix
De Treat Me Nice
Par DJ Storm
mardi 6 octobre 2026
Balayer la terrasse
Pourquoi se préoccuper
Des affaires du monde
Au lieu de vivre
Comme un moine
Ou plutôt comme
Un anachorète
Du grec ancien anakhōrētḗs
Celui qui s’est retiré
Ou éloigné du monde
Vivre dans la solitude
Et la contemplation
C’est devenu impossible ?
C’est exact mais cela
N’empêche pas de vivre
De discrets moments
Purement anachorètiens
Par exemple en balayant
La terrasse dans le soleil
D’un matin d’automne
lundi 5 octobre 2026
Revue de presse
dimanche 4 octobre 2026
samedi 3 octobre 2026
Aller retour
J’écoute avec un grand plaisir ma playlist « 1971 ». Parler à ce sujet de nostalgie serait à mon avis une erreur. Le mot « nostalgie » traine un halo suspect de tristesse complaisante et de regrets pleurnichards. En réentendant les chansons découvertes à 13 ans, je ne suis pas triste du tout et je ne regrette rien. Du point de vue neurologique, le circuit de la récompense est suractivé. Mais au-delà de cette réaction de plaisir immédiat, il s’agit aussi d’un voyage dans le temps. Il n’a a pas de souffrance à revenir en arrière vers une époque révolue puisqu’on circule aisément entre passé et présent pendant le temps d'une chanson. La circulation est fluide. Voici ce que notait Cioran dans ses Cahiers après avoir entendu, probablement à la radio, une chanson de sa jeunesse. « Je viens d’entendre Ramona, la rengaine à la mode vers 1929, date à laquelle je quittai Sibiu pour aller à Bucarest, à l’université. Le commentateur la trouve ridicule ; elle l’est peut-être, mais, pour moi, elle m’évoque une période de ma vie beaucoup mieux que ne feraient les plus grands efforts de ma mémoire ou un retour sur les lieux de ma jeunesse. »
vendredi 2 octobre 2026
Le défilé des réparateurs
Tant de personnes pensent savoir
avec certitude comment réparer la société. Je pense au « tintamarre » évoqué par
l’auteur des Essais lorsqu’il passait en revue les multiples
explications du monde proclamées par les « cervelles philosophiques »
de l’Antiquité. On trouve ce passage dans l’« Apologie de Raimond Sebond »
(Livre 2, chap. XII). Montaigne y avançait avec prudence ; le scepticisme qu’il
adopte pouvait en effet difficilement être compris et encore moins accepté à
une époque où l’on s’étripait au nom des dogmes religieux. J’ai l’impression
qu’il est toujours assez peu apprécié.
jeudi 1 octobre 2026
Aveuglement
"Ce qu'il y a de pire dans l'erreur, ce n'est pas ce qu'elle a de faux, mais ce qu'elle a de volontaire, d'aveugle et de passionné."
Joseph Joubert, Pensées, essais et maximes
mercredi 30 septembre 2026
Matinée
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| Dessin : Bill Térébenthine |
Dans la revue en ligne En attendant Nadeau, je lis le début d’un article. « À la question « qu’est-ce que cela vous fait de vieillir ? » posée par une étudiante américaine, Christian Boltanski avait un jour répondu : « Vous savez : Giacometti, en vieillissant, ressemblait de plus en plus à un Giacometti ; et Francis Bacon, en vieillissant, ressemblait de plus en plus à un Francis Bacon... » Je me pose la question, ou plutôt j’essaie, et je ne trouve pas « ce que cela me fait de vieillir » même s’il est certain que le processus a lieu en ce moment d’une manière spécifique. En revanche, je crois savoir assez précisément ce qui évite ou ralentit le vieillissement en cours. Il y a la curiosité qui m’amène par exemple à lire cet article sur Enrique Vila-Matas et sur la superficialité « qui, comme le disait Italo Calvino, est une vertu ». Et puis il y a la playlist d’excellente musique diffusée par Radio GFIV. Ce matin : The Chiffons, Elvis Presley, The Cajun Band, John Lennon, Lloyd Cole and the Commotions, Buster Brown et, en ce moment, The Chocolate Watchband.
Rien sur Céline Dion, le pape et
Bardella ? Désolé, mais je n’écris que sur ce qui retient mon intérêt.









