J’aurai passé une partie de ma vie
à forcer ma nature ou plutôt, à essayer
de la forcer, sans jamais parvenir à faire illusion. La retraite a sonné comme
une libération. Enfin un statut social qui me correspondait parfaitement. Activité :
inactif. Maintenant, les consignes gouvernementales « spécial
canicules » viennent me conforter : restez chez vous ; pas de sport ; ne bougez pas de
votre fauteuil. Privilégiez les activités « douces ». Cela tombe bien :
lire, écrire et écouter de la musique rentrent bien dans cette catégorie. Quel plaisir
d’être enfin raccord avec les normes sociales.
Le Carnet de Joe Legloseur
Réflexions inutiles et vaines notées au fil des jours.
mercredi 15 juillet 2026
Consignes
mardi 14 juillet 2026
PLUIE
Pluie que nous ne supportions
plus
Pluie qui tombait tous les matins
Pluie dont nous guettions les
interruptions
Pluie que je n’aurais jamais cru
attendre
Pluie qui apporte fraicheur et
soulagement
Pluie j’aime le son de tes
gouttes sur la terrasse
Pluie comme tu joues bien des
percussions sur le toit
Pluie reste encore un peu
Pluie éloigne le soleil accablant
Pluie continue à abreuver la
végétation
Pluie les arbres ont encore soif
Pluie ! Ne t’en va pas !
lundi 13 juillet 2026
Rassurant
Nous allons finir par les aimer
Nos politiciens veules et fuyants
Qui louchent à force de regarder
Ailleurs en restant impassibles
Nous ne pourrons plus nous en
passer
Ils font partie de notre décor familier
Comme les grossières escroqueries
Sur nos téléphones et sur nos
ordinateurs
Qui ciblent les faibles d’esprit
Il faut croire que
Nous avons besoin d'eux
Ils nous rassurent
Comme une vieille habitude
On s'est habitués à eux
Comme la pollution de l'air à l’ozone
Pendant les
canicules
Ou les polluants éternels répandus
Un peu partout dans la nature
dimanche 12 juillet 2026
samedi 11 juillet 2026
L'art du conteur
Certains écrivains procurent une
forme de plaisir particulier. Nous apprécions leurs connections neuronales,
leur manière de créer des fictions en jouant sur le trouble concernant la
réalité tout en s’appuyant sur une érudition ludique. Antonio Tabucchi
appartient à cette catégorie. Je suis en train de lire le recueil de nouvelles
intitulé Les Volatiles de Fra Angelico.
J’ai suivi le conseil de Tororo Shiru et je ne le regrette pas.
vendredi 10 juillet 2026
Un peu de respect s'il vous plait
Je suis dans le bureau à l’étage, sous le
toit. Je coule, je dégouline. Mais je ne me plains pas de la chaleur car j'ai la chance de vivre dans un pays où « un gros travail a été fait » par un président
exceptionnel entouré d'une équipe remarquablement efficace. Je ne comprends d’ailleurs pas du tout
cette information irrespectueuse pour nos élites. Selon le Haut
Conseil au Climat, qui a rendu son rapport annuel jeudi, les politiques
climatiques actuelles seraient "insuffisantes pour atteindre pour atteindre la
neutralité carbone en 2050". Le HCC, instance indépendante,
appelle même le gouvernement à « un changement d’échelle » dans la
réduction dans l’émission de gaz à effet de serre et dans l’adaptation au
réchauffement. Faut-il envisager des sanctions pour insolence et contestation
de la parole présidentielle ?
jeudi 9 juillet 2026
Eblouissements
mercredi 8 juillet 2026
Lecture d'été
Hier soir, j’ai fini la lecture
d’un roman que j’ai bien aimé. Je voulais le signaler comme lecture d’été. Et
là, j’ai réalisé que j’avais supprimé le fichier sur mon téléphone et qu’il n’y
avait aucune trace non plus sur l’ordinateur. Je croyais que le titre était Sarah et les recherches n’ont évidemment
rien donné. Il s’agissait en fait de Sylvia
et ça, c’est l’IA de Mistral qui l’a trouvé à partir des indications que je lui
ai donné : Un roman autobiographique. Trente ans après, l’auteur se
souvient de sa première femme. Nous sommes à la fin des années 50, ils vont
voir Lenny Bruce sur scène, croisent Kerouac, des musiciens de Jazz, et ils se disputent sans
arrêt. Sylvia est très perturbée et ça fini mal (mais c’est beau). Cela
pourrait donner lieu à un chouette film sur des marginaux comme on en faisait à
l’époque du Nouvel Hollywood. Bref, c’est romantique et c’est très bien.
Leonard Michaels, Sylvia
mardi 7 juillet 2026
Dans la salle de bain
je tends la main vers la brosse à dents
je constate qu’elle était en charge cette nuit
je la récupère j’enroule soigneusement le fil électrique
là je réalise qu’il y a un peu de sang
sur le manche de la brosse à dents
la petite coupure au doigt que je m’étais faite hier
en nettoyant la boite à pain métallique
s’est rouverte
je vais chercher le désinfectant
j’envoie une giclée de spray
j’en mets une partie à côté
je passe une éponge sur le sol
en me demandant si je ne suis pas
dans un rêve à la con
puis j’utilise un mouchoir en papier comme compresse
je reprends
comme dans un mauvais film comique
je réalise que le tube de dentifrice
est en bout de course
je replonge dans l’armoire pour extraire un tube neuf
je l’ouvre et je remets mes lunettes
pour enlever soigneusement la protection qui obstrue
l’orifice
j’appuie
rien ne sort
je vérifie
il y a encore une couche transparente à l’entrée
Comme je ne peux pas l’enlever avec l'ongle
j’enfonce la pointe d’une paire de ciseaux
opération réussie
il n’y a plus qu’à nettoyer les ciseaux
et je peux enfin actionner la brosse à dents
et sortir par la même occasion
du rêve ou du film
je m’accorde au passage
quelques compliments
je suis resté calme tout le long
aucune irritation
pas un juron
bravo
lundi 6 juillet 2026
Vieux singes
Quelle horreur. En voyant les
Glimmer Twins semblables à deux vieux singes grimaçants sur la couverture de Match, j’ai ressenti avec une terrible
acuité la destruction finale de tous mes rêves d’adolescent. Quel gâchis. Quand
on pense à ce qu’ils représentaient
pour nous (et qui n’a rien à voir avec ce qu’ils pouvaient être par ailleurs).
Keith particulièrement, qui concentrait à mes yeux tout ce que la vie pouvait
présenter de désirable : de la bonne musique, de la drogue à volonté et une
compagne dans le style d’Anita. On ne peut même pas leur en vouloir. Il faut
bien payer l’entretien des propriétés et les frais de la famille. Comme on dit, c’est
la vie.








