G-0C9MFWP390 Le Carnet de Joe Legloseur

samedi 20 juin 2026

Dans le rétroviseur


 

Et non, ce n’était pas mieux avant. C’est ce que je me suis dit en regardant une photographie datant du siècle précédent sur laquelle on pouvait voir une petite gare de campagne qui ressemblait à celle de mon village (en fait, elles se ressemblaient toutes). Pendant un instant, j’ai senti passer la pesanteur de ce temps où régnaient l’ennui, la lenteur et la monotonie. La seule chose qui venait mettre de l’excitation et de l’émotion au milieu de ce marasme, c’était ce qu’on appelait alors la Pop music. Coup de chance, la période était bénie des dieux sur le plan musical. 

vendredi 19 juin 2026

Pas de soucis


 

J’envie l’insouciance

des climato-sceptiques

pour eux tout est normal

chaud en été ou un peu avant

rien à signaler

pas de motif d’inquiétude

aucune raison de changer

ses bonnes vieilles habitude

combien de records battus

de courbes qui grimpent

sans jamais redescendre

pour ébranler leur assurance

on assiste au contraire

à un renforcement du déni

ainsi fonctionne une part

de notre chère humanité

jeudi 18 juin 2026

Paradis



J’aimerais chanter le charme de ma sous-préfecture où il ne se passe jamais rien (le paradis, selon une chanson des Talking Heads). Mais je ne suis pas Julien Gracq. Je ne me sens pas du tout capable de décrire les rues paisibles bordées d’arbres dont je ne connais même pas le nom. Ceci ne m’empêche nullement de profiter pleinement des ambiances traversées lorsque je me promène en ce lieu que j’ai trouvé un peu par hasard et qui me convient complètement.

mercredi 17 juin 2026

Piano




« Je joue du piano… pour rien. Parce que j’en ai envie. C’est une grande partie de ma vie […]. Je me demande même si je n’aime pas le piano davantage que la musique. Le piano, c’est un plaisir complet, qui va jusqu’au bout des doigts : il y a un plaisir particulier à enfoncer les touches. »

Vladimir Jankélévitch, L’Enchantement misical


mardi 16 juin 2026

Exil


 Il m’arrive, de manière furtive, de me sentir comme un exilé. Le lieu que j’ai quitté et dans lequel je ne suis pas certain de revenir un jour n’est pas un pays, mais une ville. Il s’agit de Paris, que je n’ai pas revu depuis maintenant plus de dix ans. Paris, qui fut la ville de mon premier amour et aussi de quelques autres. En même temps, je me dis que j’ai eu la chance d’y habiter à partir de 1975 et d’avoir toujours résidé et vécu en plein centre, dans ce quartier chargés d’histoire situé entre le Carrefour de l’Odéon, la Place de la Contrescarpe et le Jardin du Luxembourg. Quel plus beau décor pour y passer sa jeunesse ?

 

lundi 15 juin 2026

Relecture


Il y avait peu de livres à la maison. Ils tenaient tous sur une petite étagère dans un placard. Je me souviens avoir trouvé et lu deux ou trois SAS, Douze chinetoques et une souris de James Hadley Chase et aussi un San Antonio, Fleur de nave vinaigrette, que j’avais apprécié à l’époque pour le côté ludique. Je viens de commencer la relecture. J’ai eu un peu de mal avec l'argot daté, les jeux de mots, les phrases tarabiscotées. En revanche, l’avertissement en préambule est drôle, le ton distancié n’a pas vieilli. Extrait :

« Sachant que la plupart de mes contemporains sont d’un tempérament bilieux, je prends soin, chaque fois que je publie un nouveau chef-d’œuvre, d’informer le lecteur que mes personnages sont imaginaires, fictifs et tout. Cette fois, la précaution me paraît superflue : qui donc, quel crâne plat, quel cerveau ramolli, irait supposer que les héros de ce livre sont réels ? »

samedi 13 juin 2026

En version originale


 

Je lis des poèmes

de Bukowski

en anglais

 

je ne comprends pas

tous les mots

mais je crois saisir

l’essentiel

 

comme lorsqu’il parle

de ses chats et qu’il dit

que comme lui

ils n’ont jamais élu

un président

 

c’est la même chose avec les chansons

pas besoin de traduction

pour saisir l'émotion

vendredi 12 juin 2026

Les boeufs et les avions


 

J’ai une forme de respect pour ceux qui refusent de céder au découragement et cherchent à agir en affrontant les gigantesques difficultés qui s’abattent sur ce siècle. Je n’ai pas de raison d’être fier de mon désengagement plus ou moins ricanant mais, d’un autre côté, je n’ai pas le sentiment de trop participer à la destruction en cours. Un matin, j’ai entendu un groupe de sauveurs sympathiques qui présentaient leurs mesures d’urgence pour tenter de sauver le vie sur terre : cela se résumait à moins de bœuf et moins de kérosène. Dans mon lit, je me suis dit - avec un brin de satisfaction - que je ne mange pas de viande depuis une bonne quarantaine d’années et que mon dernier voyage en avion remonte à la fin des années 90 (Londres).

jeudi 11 juin 2026

Contre la lecture


 

Cioran : « Lire, c’est laisser un autre peiner pour vous. La forme la plus délicate d’exploitation. » (Copié avec la photo de la page sous les yeux car depuis que j’ai lu ce qu’il pensait de ceux qui citent de mémoire je n’ose plus avoir recours à cette facilité.) 

On pense aux éloges accompagnés de larmes qui entourent la disparition de la lecture. Comment peut-on à ce point idéaliser une pratique asociale reposant sur la paresse intellectuelle ?