G-0C9MFWP390 Le Carnet de Joe Legloseur: souvenirs
Affichage des articles dont le libellé est souvenirs. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est souvenirs. Afficher tous les articles

vendredi 9 janvier 2026

Que faire des souvenirs ?


A défaut de pouvoir en changer, on peut varier les approches, la façon de les envisager. Modiano nous montre la voie. Laisser les choses dans une sorte de brouillard d’où émergent quelques fragments : un visage, une porte fermée, le nom d’une rue (parisienne de préférence), un prénom de femme, un imperméable, un café à l’ancienne avec des cendriers... Les personnages surgissant du passé sont toujours plus ou moins troubles. Les lacunes de la mémoire génèrent le mystère. Les bribes prêtent aux interprétations. Laisser le doute planer sur les intentions, les pseudo-coïncidences, les plans secrets. Bref, faire de ses souvenirs un roman.

samedi 20 décembre 2025

Futurs souvenirs


 

Ces journées d’hiver, les dernières de l’année 2025, j'y repenserai peut-être un jour avec une forme de nostalgie légère. Des journées grises, faiblement éclairées par un soleil invisible ; beaucoup d’eau, d’humidité ; de tous côtés, des informations désolantes. Et pourtant, journées précieuses, « belles journées » de lecture, de songerie et de promenades nocturnes dans la ville illuminée où l'on n'entend pas de bruits de guerre. Je mesure notre chance.

vendredi 28 novembre 2025

Souvenirs, souvenirs


Le problème avec les souvenirs, c’est qu’on peut difficilement les modifier ou en inventer de nouveaux. Les deux opérations peuvent être effectuées lorsqu’on s’adresse aux autres ; vis-à-vis de soi-même, c’est beaucoup plus difficile. On peut également tenter d’effacer les souvenirs désagréables et solliciter les bons moments. La principale limite de la démarche est qu’on se heurte à la quantité relativement réduite de souvenirs méritant plusieurs rediffusions. J’en ai cinq ou six de ce niveau (c’est déjà pas mal, j’en suis conscient). Ils ressemblent à des scènes de films du genre Truffaut ; mais même ces moments hors du temps peuvent finir par s’user. Le mieux est encore d’en créer des nouveaux, si cela est encore possible.


lundi 1 septembre 2025

Souvenirs de lectures


 

Que reste-il dans la mémoire de nos lectures passées au-delà d’un certain temps ? Dans mon cas, peu de choses : une impression d’ensemble, le souvenir de moments plus ou moins agréables (les meilleures expériences de lecture s’oublient rarement). Mais, s’agissant des romans et des nouvelles, il me revient relativement peu de scènes précises, de détails de descriptions ou de portraits. D’où l’intérêt de relire les livres qui ont compté, de s'y replonger. J’y pensais au sujet d’un texte de Julien Gracq intitulé La Presqu’île. Il est indiqué tout à la fin « achevé d’imprimer en février 1991 ». C’est probablement l’été de cette année-là ou peu de temps après que j’ai acquis le livre lors de vacances sur les lieux où se déroule le récit, en Bretagne. Le souvenir que j’ai conservé de cette lecture plus de 30 ans plus tard est comme une scène tirée d’un film. Un homme seul roule en voiture en direction de la côte. Il devine à certains détails du paysage (végétation, lumière, sensations diffuses) qu’il s'approche du rivage. La mer apparait soudain au détour d’un virage. L’homme gare son véhicule puis baisse la vitre pour laisser entrer l’air du large dans l’habitacle. Il allume une cigarette et se plonge alors dans la contemplation des vagues.

 

lundi 28 juillet 2025

1975 (suite)

 



La vieillesse est un massacre pour les souvenirs. Alors que l’été 75 fut celui des découvertes et des révélations concernant les filles de notre âge ou même un peu plus âgées, envisagées enfin de près et sous tous leurs aspects, ce qui subsiste à la surface de la mémoire ce sont de longues poses en terrasse au retour de la plage avec en fond sonore le tube de cet été lointain. C’est comme ça, avec l’insouciance : elle ne peut pas laisser derrière elle des souvenirs précis. Elle profite des images qui se présentent : corps dénudés, bronzage intégrale, seins nus couverts de gouttes d’eau après la baignade, une chanson de Joe Dassin. C’est peu.

vendredi 14 février 2025

Au carrefour du temps


 Il y a des physiciens qui assurent que le temps n’existe pas. S’il s’agit d’une illusion, alors elle terriblement tenace. On peut en revanche tenter de s’évader momentanément de ce présent pesant où, comme chantait Lou Reed, tous les politiciens émettent des cris insensés et tout le monde rabaisse tout le monde. Comment ? En suivant le mode d’emploi qui se trouve dans les écrits d’André Hardellet. Ce qui frappe en le lisant, c’est la précision de ses souvenirs d’enfance. « Les cris des martinets ou le choc étouffé du marteau chez le menuisier, j’en ressuscite quelquefois le timbre exact, à force de patience, dans ma nuit sourde, et cette vérité me frappe ; rien n’a disparu. » Cela ne marche à tous les coups et l’IA ne pourra pas vous aider. Il faut de la patience, beaucoup de patience. L’insomnie de trois-quatre heures du matin peut être un moment propice.