G-0C9MFWP390 Le Carnet de Joe Legloseur: relecture
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mercredi 24 juin 2026

Un peu de poésie


 "Les locaux de l'agence France -Presse sont attenant à ceux du Nepakokukiveuh, le grand journal du soir de Tokyo.

Je suis accueilli par une ravissante blonde qui a un regard aussi fripon qu'une édition non expurgée de Gamiani. Je lui demande si elle est française, ce qui est parfaitement superflu, car cette souris ne se fringue pas au Prisunic du coin.

Elle porte (allégrement, divinement, merveilleusement) un petit deux-pièces avec alcôves dont on aimerait découvrir les agrafes."

San Antonio, Fleur de nave vinaigrette

lundi 15 juin 2026

Relecture


Il y avait peu de livres à la maison. Ils tenaient tous sur une petite étagère dans un placard. Je me souviens avoir trouvé et lu deux ou trois SAS, Douze chinetoques et une souris de James Hadley Chase et aussi un San Antonio, Fleur de nave vinaigrette, que j’avais apprécié à l’époque pour le côté ludique. Je viens de commencer la relecture. J’ai eu un peu de mal avec l'argot daté, les jeux de mots, les phrases tarabiscotées. En revanche, l’avertissement en préambule est drôle, le ton distancié n’a pas vieilli. Extrait :

« Sachant que la plupart de mes contemporains sont d’un tempérament bilieux, je prends soin, chaque fois que je publie un nouveau chef-d’œuvre, d’informer le lecteur que mes personnages sont imaginaires, fictifs et tout. Cette fois, la précaution me paraît superflue : qui donc, quel crâne plat, quel cerveau ramolli, irait supposer que les héros de ce livre sont réels ? »

jeudi 9 avril 2026

La lecture en 2026


 

La bibliothèque papier est pleine à ras bord. Les volumes non-lus se font rares. Toujours pas ouvert Homère et j’ai calé au milieu des Essais (mais je les reprendrai). Et puis il y a toutes les relectures en attente. De quoi ne pas s’ennuyer avant d’être aveugle. La nouveauté, c’est la bibliothèque numérique qui commence à prendre des proportions imposantes. Sur le smartphone, les fichiers s’accumulent rapidement. J’apprécie la concentration spatiale, la possibilité de lire avec le chien sur les genoux, le recours à la désintégration en cas de livre décevant. Mais je retrouve toujours avec plaisir les vieilles sensations des livres en papier. Cela ne s’imite pas.

 

mercredi 25 juin 2025

Relecture


 Allez savoir pourquoi, j’ai soudainement eu envie de relire un vieux bouquin de ce cher Bukowski. Pas un recueil de poèmes, plutôt la prose narrative. J’ai pensé à Women que j’avais emprunté dans une bibliothèque à l’époque où j’étais fauché. La question en arrière-plan était « N’aurions pas légèrement surestimé l’écrivain en raison de sa personnalité et la faiblesse de la concurrence ? » Le temps a passé, l’auteur nous a quitté ; c’est le bon moment pour une réévaluation. Verdict : ça tient plutôt bien la route. Le dosage entre détails réalistes et distance imprégnée d’humour fait passer cette succession de rencontres jamais parfaitement harmonieuse (c’est l’aspect réaliste) mais pas complètement nulles non plus (c’est la goutte d’optimisme). L’écriture est efficace. Les phrases coulent toute seules et vous entrainent à chaque page. Les scènes de disputes et de sexe sont répétitives, comme dans la vie. Elles évoquent parfois des souvenirs. Et puis je redécouvre à quel point Bukowski est un bon dialoguiste. Tout y est dans les scènes de couple : la jalousie, les enjeux de pouvoir, la tendresse qui se faufile à travers les sacs de sable, les souffrances accumulées, sans oublier le désir et les besoins corporels.

samedi 22 février 2025

Encore un biopic


En relisant les entretiens avec Marcel Duchamp, je me projette un film imaginaire. Nous sommes en juillet 1919. Duchamp est de retour à Paris. Il a l’adresse de Picabia dans sa poche, rue Emile-Augier. C’est la première chose qu’il fait en arrivant des Etats-Unis : il cherche Picabia à Montmartre et ne trouve pas. Il fait chaud, les rues sont désertes. Duchamp se sent « comme un pauvre malheureux ». Il a un mal de chien à retrouver son ami dans sa rue Emile-Augier. Chez Picabia, il y a une sorte de salon littéraire permanent. Tout le monde vient voir le voir : la « bande Cocteau », Tzara, Ribemont-Dessaignes, Jacques Rigaut, que Duchamp trouve « très sympathique », « très dégagé », en un mot, « Dada ».