G-0C9MFWP390 Le Carnet de Joe Legloseur: poésie
Affichage des articles dont le libellé est poésie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est poésie. Afficher tous les articles

mardi 10 février 2026

Qu'est-ce que la poésie ?

"La poésie est attention au particulier comme tel.

L'art, en général, aime à s'arrêter dans le particulier. L'entendement se hâte dans sa marche rapide, soit qu'il embrasse d'un coup d'œil théorique la multiplicité des détails, les soumette à des points de vue généraux et les absorbe dans ses principes et ses catégories, soit qu'il les subordonne à des fins pratiques déterminées ; de sorte que le particulier et l'individuel n'obtiennent plus leur plein droit. S'arrêter à ce qui, par sa position, n'a qu'une valeur relative, apparaît à l'entendement comme inutile et ennuyeux. Mais pour la conception et la représentation poétiques, chaque partie, chaque moment doit être en soi intéressant et vivant."

Hegel, Esthétique

mercredi 4 février 2026

Surnager


 "Ne sachant pas gagner, que faire d'autre pour ne pas rester au fond de la cuve ? Il fallait une ceinture de sauvetage pour surnager. La poésie ! Il fallait en exploiter les moyens sans glisser dans le honteux travers d'étaler sans pudeur ses plus intimes sentiments, sans exhiber ses plaies, ni trop habilement vouloir tirer parti de ses faiblesses. Il fallait se sauver, non ses perdre."

Pierre Reverdy

mercredi 21 janvier 2026

Sauver les apparences

Robert Crumb

 Je mets ma tête sous l'eau froide. Vous croyez que c'est drôle vous d'avoir dans la tête les morceaux d'un kaléidoscope qui s'agitent ?

 Une bagarre ? Non, des frictions sentimentales. On appuie le front, les lèvres contre une vitre et on finit brisé comme un épileptique.

 J'hésite à donner plus détails. Tout a commencé sur la presqu'île de Sorrente. La mer colportait les rêves des mauvais garçons.

 J'ai vu un soufi miséricordieusement nu. Au-dessus de lui un avion décrivait une courbe vers l'ouest...

 Comment imaginer que cela puisse finir ? Et pourquoi retouner le fer dans la plaie ?

 Pourquoi, une fois de plus, vouloir sauver les apparences ?


Michel Bulteau,  La vie des autres

mardi 20 janvier 2026

Montagne froide


 Qui cherche un endroit pour se reposer

Dans la Montagne froide longtemps pourra rester

Dans les pins silencieux souffle une douce brise

Dont, plus on se rapproche, embellit la chanson


Il ya sous un arbre un homme aux cheveux gris

Qui lit en marmonnant Houang-ti et Lao-tseu

Cela fait dix ans qu'il n'est pas rentré chez lui

Il a oublié par où il était venu

Han-chan

vendredi 16 janvier 2026

Anachorètes chinois


 "Dispositif d'émerveillement et tremplin de méditation, le poème témoigne ici d'une approche frémissante. Réveil devant l'évidence, il révèle sans discourir, rencontre notre exacte intimité, suggère la nature illusoire du monde phénoménal tout en célébrant paradoxalement sa beauté bouleversante. Au détour des cimes comme au cœur des cités, ces anachorètes chinois, ivres de toutes les ivresses, modulent à l'infini sur notre impermanence."
Poésie chinoise de l'éveil, Présentation de Zéno Bianu

jeudi 15 janvier 2026

Maintien dans la voie


 Il m’arrive de découvrir des poètes au moment de l'annonce leur décès. C’est le cas pour Zéno Bianu. En lisant la nécro, j'ai immédiatement capté les signaux qui clignotaient dans la nuit noire : signataire du Manifeste électrique de 1971 ; Rimbaud, Coltrane, Artaud, le Grand Jeu ; et puis un livre sur Dylan et un autre sur Chet Baker. Enfin, il y a cette Poésie chinoise de l’éveil, une anthologie qu’il a présentée en compagnie d’un sinologue. Le fichier est sur mon téléphone. Parenthèse : cet objet qui peut vous transformer en zombie peut également servir à lire de la poésie. De la poésie ? Mais pour quoi faire ? 
La réponse de Zéno Bianu :

« La poésie c’est

Un réflexe de survie

Une effraction

Continue

La persistance du souffle

Le vrai cœur de la

Planète

Le contraire de

L’inhumanité

Croissante »



jeudi 25 décembre 2025

Etranges


 

Tu te trouves étrangère même dans ta salle de bains


N’es vraiment nulle part familière autochtone


Souvent te sens bizarre en présence des gens


Où sont-ce eux qui sont strange parce que tu es stranger –


Avec les grenouilles vertes les girafes à trapèzes


Avec les coccinelles et les esperluettes


Les trombones à coulisse les bâtons de bergère


Les clefs à mobylette oubliées dans les ronces


Les tire-bouchons zélés les tapis les balais


Tu peux rester toi-même tu n’as pas de problème


Alien peut-être mais non regardée de travers –


Parce que people are strange when you are a stranger


Et puisqu’on est toujours le martien de quelqu’un


Tu es nantie drôlement avec ta pomme de douche.


Valérie Rouzeau, Sens averses (répétitions)

samedi 6 décembre 2025

Académisme cool


 

Lorsque je lis de la poésie contemporaine, je pense souvent à Brautigan. Je me dis que le poète du sucre de pastèque et des retombées de sombrero aurait été très étonné s’il avait su qu’il aurait une grande influence sur de nombreux poètes français de le fin du vingtième et du début du vingt-et-unième siècle. Il n’en avait pas la possibilité et il s’est tiré une balle à cause (entre autre) du manque de reconnaissance que subissait sa poésie dans son pays. Je me dis qu’avant Brautigan, il n’y avait rien de semblable dans la littérature américaine (ce ton ironique et doucement mélancolique, cette fantaisie sans limite, son attention aux détails, etc.). Force est de constater qu’il a donné naissance, ici en France, à un style sympacool convenu et sans surprise, un académisme bien éloigné de l’explosion de créativité qui imprégnait les livres de Brautigan.

 

mardi 18 novembre 2025

Danser et chanter sur la montagne

 


"Souvent, épuisé, avant la fin du concert, il s'enfuira, quittera la scène, le théâtre et la ville, s'enfoncera dans la nuit, disparaîtra avant l'aube à bord d'une limousine silencieuse glissant sous la pluie, à bord d'un camion blanc, dans une barque. Il quittera l'aquarium pour aller respirer l'air frais du fleuve, pour courir sur les collines, pour danser et chanter sur la montagne. Il quittera la ville, empruntant les artères désertes et sombres, les rues en pente, les boulevards aux arbres noirs. Il glissera jusqu'au fleuve, il roulera dans les boues du printemps ou dans la neige épaisse. La lune éclairera ses poignets mouillés, son blouson de cuir ruisselant. Il ira n'importe où et reviendra fatigué, boueux, maussade."

 Eugène Savitzkaya, Un jeune homme trop gros

samedi 23 août 2025

Lire aux toilettes


 de la glace pour les aigles


Je me rappelle sans cesse les chevaux

sous la lune

je me rappelle lorsque je donnais du sucre

comme de la glace,

et ils avaient des têtes comme

des têtes

chauves d'aigles qui auraient pu mordre mais

n'en faisaient rien


Les chevaux étaient plus réels que

mon père

plus réels que Dieu

et ils auraient pu m'écraser les

pieds mais ils n'en ont rien fait

ils auraient pu faire toutes sortes d'horreurs

mais ils n'en ont rien fait.


J'avais presque 5 ans

mais je n'ai pas oublié ;

Ô mon dieu ils étaient forts et bons

Leurs grands coups de langue rouge

et baveuse venus de l'âme.


Charles Bukowski, Les jours s'en vont comme des chevaux sauvages dans les collines


mercredi 23 juillet 2025

Le livre de l'été 2025

 

J’aime la manière dont Alain Chany a écrit L’Ordre de dispersion. Cela fait du bien quand on lit cette prose tellement poétique qu’elle en devient autre chose, une forme inconnue qu’on ne peut qu’entrevoir par moments, dans une certaine disposition. Il s’agit, à ma connaissance, de l’une des meilleures descriptions littéraires de ce que fut mai 68 par ceux qui l’ont vécu du bon côté. J’aime sa façon d’aligner les mots, les phrases, les idées, à la manière d’un jazzman revenant régulièrement sur son thème après avoir divagué en liberté en dehors des clichés balisés. Au début du roman, le narrateur qui enseigne la philosophie doit faire un discours de remise de prix dans l’établissement où il enseigne. Extrait  du discours : « Nous fuyons la fuite et cela ne va pas tout seul : nous sommes en éveil permanent, malgré ce qui peut paraître. Nous ne chanterons pas la romance qui calme, ni le système engourdissant. Nous essaierons de faire des feux de joie, malgré tout ; nous aurons donc beaucoup d’ennemis. » Le discours continue sur cette lancée. Il suscite un tollé d’indignation chez les parents d’élèves. Le directeur, qui est un curé, explique au professeur que de tels propos ne peuvent être tolérés dans un lycée privé très strict sur les valeurs morales. Le professeur de philosophie et narrateur apprend qu'il est renvoyé.


mercredi 28 mai 2025

Un peu de poésie



 The Laughing Heart

 

your life is your life

don’t let it be clubbed into dank submission.

be on the watch.

there are ways out.

there is a light somewhere.

it may not be much light but

it beats the darkness.

be on the watch.

the gods will offer you chances.

know them.

take them.

you can’t beat death but

you can beat death in life, sometimes.

and the more often you learn to do it,

the more light there will be.

your life is your life.

know it while you have it.

you are marvelous

the gods wait to delight

in you.

 

Charles Bukowski

jeudi 22 mai 2025

Sollers, le lecteur


 Je feuillette mon exemplaire légèrement jauni de La Guerre du goût. A Paris, je lisais ses chroniques dans le Monde des livres installé à la terrasse d’un café, avant d’aller à ma leçon de conduite. Je me tenais immobile dans le bruit des voitures qui passaient sur le boulevard. Un peu de vent agitait les feuilles des arbres et je découvrais la poésie classique chinoise. Cette citation d’un poème de T’ao Yuan-Ming (365-427) a probablement dû m’enchanter.

Je lis la chronique des temps très anciens,

Je regarde les images du vaste monde.

Je dis oui à l’univers. Si cela n’est pas

Le bonheur, où donc est le bonheur ?

Aujourd’hui, c’est un passage d’une nouvelle de Scott Fitzgerald intitulée L’après-midi d’un écrivain qui a retenu mon attention :

« Il traversa la salle à manger et il entra dans son bureau, aveuglé, un instant, par l’éclat de ses deux mille livres, dans le coucher du soleil. Il était assez fatigué – il allait s’allonger pendant dix minutes, et puis il verrait s’il pouvait démarrer sur une idée dans les deux heures qui lui restaient avant le dîner. »

vendredi 9 mai 2025

La Grande Ourse


 Effet Michon ? Une irrésistible envie s’est emparée de moi : remonter du côté de Rimbaud, vers la Grande Ourse, en passant (et oui !) par Sollers, l’un de mes critiques littéraires favoris. J’ouvre La Guerre du goût. « C’est l’été. Je suis à Long Island. Je relis les Illuminations, le livre qui restera lorsque plus personne ne se souviendra de rien. » (Y sommes-nous ?) « En ce temps-là, seuls quelques rares passants pourrons se promener dans l’après-monde comme s’il s’agissait d’un volume ouvert à chaque moment. Je vois des phrases, des mots, les syllabes me guettent, on dirait que les signes palpitent comme ce qui fut autrefois paysage et tableau. J’éteins la télévision. » (Aujourd’hui, on dirait l’ordinateur ou le téléphone). C’est parti. Direction Rimbaud. Je prends puis repose le livre de poche de mes 17 ans. Les pages se détachent et menacent de s’envoler. Je me rabats sur un livre de lycée (Garnier-Flammarion) plus austère. 17 ans, c’était le bon âge pour lire Sensation et La Saison en enfer. Je compte sur mes doigts. Aucun doute, cela se passait en 1975. Ce qui confirmerait l’existence d’un pont temporel quantique avec ce que nous appelons aujourd’hui ?

mercredi 22 janvier 2025

Un début d’année qui pue

 

Le chef du SPECTRE

A pris le pouvoir

Il est là pour nuire

Pour nuire et s’enrichir

Sous les acclamations

De ses supporters

Fanatisés

Des hordes de fanatiques

Avec des casquettes rouges

Sur le crane