G-0C9MFWP390 Le Carnet de Joe Legloseur: poésie
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mercredi 1 juillet 2026

Décoloré


 

J’ai retrouvé les poèmes

d’Alvaro de Campos

ils n’étaient pas loin

dans la bibliothèque

la couverture est en partie

décolorée par le soleil


je me souviens nettement

avoir longtemps tourné autour

je le prenais et le feuilletais

à chaque fois que je passais

dans la librairie la Hune

j'hésitais à cause du prix


vingt cinq ans plus tard

je suis bien content

d'avoir fait cette folie

et de l’avoir avec moi

samedi 27 juin 2026

Exil (suite)

Bill Térébenthine

 "L'homme transplanté, ou bien dépérit comme une plante extraite de son sol natal, ou bien attend le retour dans son pays. L'homme transplanté qui languit chante et devient poète, s'exprime poétiquement. La transplantation est un principe de la poésie ; celui qui n'est pas dans son pays devient poète. Celui qui n'apercevrait pas la poésie de son pays quand il s'y trouve, quand il est sur place, quans la vie est mêlée à l'action quotidienne, la reconnaît lorsqu'il est en exil. Il faut être exilé  pour connaître le charme de l'ailleurs."

Vladimir Jankélévitch  

mercredi 3 juin 2026

Un peu de féminisme (2)


 "On n'écoute pas les femmes gracieuses, les femmes dignes de ce nom. Mais tandis qu'elles parlent, on admire le mouvement de leurs épaules, de leurs cils, de leurs paupières, de leurs lèvres. Le charme essentiel de la femme consiste à faire passer ce qu'elle dit après ce qui émane d'elle. Qui s'en plaindrait ?"

Georges Perros, Papiers collés


jeudi 21 mai 2026

Commencement

 

Tu voudrais que j’écrive des poèmes ?

Tu as une idée de ce qu’est la poésie, au moins ?

Comment ça, la poésie cela peut être tout ce qu’on veut ?

Et ceci, tu vas me dire que c’en est ?

Oui ?

Ah bon.

Alors voici mon premier poème.


mardi 21 avril 2026

THEORIE DE LA MEMOIRE


 "Il y a bien, bien longtemps, avant que je sois une artiste tourmentée, hantée par le désir et pourtant incapable de former des liens durables, bien avant cela, j'étais une souveraine glorieuse qui unifiait toutes les parties d'un pays divisé - voilà ce que me disait la liseuse de bonne aventure qui examinait ma paume. De grandes choses, dit-elle, sont au-devant de vous, ou peut-être derrière vous ; il est difficile d'en être sûre. Et pourtant, ajouta-t-elle, quelle est la différence ? A cet instant vous êtes une enfant qui donne sa main à une diseuse de bonne aventure. Tout le reste n'est qu'hypothèse et rêve."

Luise Glück, Nuit de foi et de vertu

Un texte comme celui-ci, d'une apparente simplicité, gagne à être relu, ou mieux, recopié mot à mot. On entraperçoit alors pourquoi il a touché quelque chose en vous. Et rien n'est dû au hasard.

lundi 20 avril 2026

Encore une découverte


 

Il n'y a pas que la guerre dans la vie : il y a aussi la poésie. J’ai découvert Louise Glück très récemment après la lecture d’un article dans le Monde des livres et j’ai eu envie de la lire (ne me demandez pas pourquoi). J'en saurai peut-être un peu plus après l’avoir lue. 

PS : j’ai une excuse pour la découverte tardive de cette poète américaine, prix Nobel de littérature (comme Dylan) : lorsqu’elle a reçu son prix en 2020 aucun de ses livres n’était encore traduit par ici.

lundi 6 avril 2026

Dans la montagne froide



allant vers le torrent, me regardant dans le courant

ou du côté de la falaise, m'asseoir sur un grand rocher

cœur, nuage solitaire, nulle attache

les affaires du monde, à quoi bon courir après ?


Shan Han, 108 poèmes

mardi 31 mars 2026

Joie


 

Il n’est jamais trop tard

Pour voir le côté positif des choses

Après une vie de sarcasmes

Et de ricanements

Il est temps de relever

Un motif de satisfaction

La poésie existe encore

Dans ce monde de chaos

Et de destruction

Et ce simple fait

M’apporte une forme

De réconfort

 

 

mardi 10 février 2026

Qu'est-ce que la poésie ?

"La poésie est attention au particulier comme tel.

L'art, en général, aime à s'arrêter dans le particulier. L'entendement se hâte dans sa marche rapide, soit qu'il embrasse d'un coup d'œil théorique la multiplicité des détails, les soumette à des points de vue généraux et les absorbe dans ses principes et ses catégories, soit qu'il les subordonne à des fins pratiques déterminées ; de sorte que le particulier et l'individuel n'obtiennent plus leur plein droit. S'arrêter à ce qui, par sa position, n'a qu'une valeur relative, apparaît à l'entendement comme inutile et ennuyeux. Mais pour la conception et la représentation poétiques, chaque partie, chaque moment doit être en soi intéressant et vivant."

Hegel, Esthétique

mercredi 4 février 2026

Surnager


 "Ne sachant pas gagner, que faire d'autre pour ne pas rester au fond de la cuve ? Il fallait une ceinture de sauvetage pour surnager. La poésie ! Il fallait en exploiter les moyens sans glisser dans le honteux travers d'étaler sans pudeur ses plus intimes sentiments, sans exhiber ses plaies, ni trop habilement vouloir tirer parti de ses faiblesses. Il fallait se sauver, non ses perdre."

Pierre Reverdy

mercredi 21 janvier 2026

Sauver les apparences

Robert Crumb

 Je mets ma tête sous l'eau froide. Vous croyez que c'est drôle vous d'avoir dans la tête les morceaux d'un kaléidoscope qui s'agitent ?

 Une bagarre ? Non, des frictions sentimentales. On appuie le front, les lèvres contre une vitre et on finit brisé comme un épileptique.

 J'hésite à donner plus détails. Tout a commencé sur la presqu'île de Sorrente. La mer colportait les rêves des mauvais garçons.

 J'ai vu un soufi miséricordieusement nu. Au-dessus de lui un avion décrivait une courbe vers l'ouest...

 Comment imaginer que cela puisse finir ? Et pourquoi retouner le fer dans la plaie ?

 Pourquoi, une fois de plus, vouloir sauver les apparences ?


Michel Bulteau,  La vie des autres

mardi 20 janvier 2026

Montagne froide


 Qui cherche un endroit pour se reposer

Dans la Montagne froide longtemps pourra rester

Dans les pins silencieux souffle une douce brise

Dont, plus on se rapproche, embellit la chanson


Il ya sous un arbre un homme aux cheveux gris

Qui lit en marmonnant Houang-ti et Lao-tseu

Cela fait dix ans qu'il n'est pas rentré chez lui

Il a oublié par où il était venu

Han-chan

vendredi 16 janvier 2026

Anachorètes chinois


 "Dispositif d'émerveillement et tremplin de méditation, le poème témoigne ici d'une approche frémissante. Réveil devant l'évidence, il révèle sans discourir, rencontre notre exacte intimité, suggère la nature illusoire du monde phénoménal tout en célébrant paradoxalement sa beauté bouleversante. Au détour des cimes comme au cœur des cités, ces anachorètes chinois, ivres de toutes les ivresses, modulent à l'infini sur notre impermanence."
Poésie chinoise de l'éveil, Présentation de Zéno Bianu

jeudi 15 janvier 2026

Maintien dans la voie


 Il m’arrive de découvrir des poètes au moment de l'annonce leur décès. C’est le cas pour Zéno Bianu. En lisant la nécro, j'ai immédiatement capté les signaux qui clignotaient dans la nuit noire : signataire du Manifeste électrique de 1971 ; Rimbaud, Coltrane, Artaud, le Grand Jeu ; et puis un livre sur Dylan et un autre sur Chet Baker. Enfin, il y a cette Poésie chinoise de l’éveil, une anthologie qu’il a présentée en compagnie d’un sinologue. Le fichier est sur mon téléphone. Parenthèse : cet objet qui peut vous transformer en zombie peut également servir à lire de la poésie. De la poésie ? Mais pour quoi faire ? 
La réponse de Zéno Bianu :

« La poésie c’est

Un réflexe de survie

Une effraction

Continue

La persistance du souffle

Le vrai cœur de la

Planète

Le contraire de

L’inhumanité

Croissante »



jeudi 25 décembre 2025

Etranges


 

Tu te trouves étrangère même dans ta salle de bains


N’es vraiment nulle part familière autochtone


Souvent te sens bizarre en présence des gens


Où sont-ce eux qui sont strange parce que tu es stranger –


Avec les grenouilles vertes les girafes à trapèzes


Avec les coccinelles et les esperluettes


Les trombones à coulisse les bâtons de bergère


Les clefs à mobylette oubliées dans les ronces


Les tire-bouchons zélés les tapis les balais


Tu peux rester toi-même tu n’as pas de problème


Alien peut-être mais non regardée de travers –


Parce que people are strange when you are a stranger


Et puisqu’on est toujours le martien de quelqu’un


Tu es nantie drôlement avec ta pomme de douche.


Valérie Rouzeau, Sens averses (répétitions)

samedi 6 décembre 2025

Académisme cool


 

Lorsque je lis de la poésie contemporaine, je pense souvent à Brautigan. Je me dis que le poète du sucre de pastèque et des retombées de sombrero aurait été très étonné s’il avait su qu’il aurait une grande influence sur de nombreux poètes français de le fin du vingtième et du début du vingt-et-unième siècle. Il n’en avait pas la possibilité et il s’est tiré une balle à cause (entre autre) du manque de reconnaissance que subissait sa poésie dans son pays. Je me dis qu’avant Brautigan, il n’y avait rien de semblable dans la littérature américaine (ce ton ironique et doucement mélancolique, cette fantaisie sans limite, son attention aux détails, etc.). Force est de constater qu’il a donné naissance, ici en France, à un style sympacool convenu et sans surprise, un académisme bien éloigné de l’explosion de créativité qui imprégnait les livres de Brautigan.

 

mardi 18 novembre 2025

Danser et chanter sur la montagne

 


"Souvent, épuisé, avant la fin du concert, il s'enfuira, quittera la scène, le théâtre et la ville, s'enfoncera dans la nuit, disparaîtra avant l'aube à bord d'une limousine silencieuse glissant sous la pluie, à bord d'un camion blanc, dans une barque. Il quittera l'aquarium pour aller respirer l'air frais du fleuve, pour courir sur les collines, pour danser et chanter sur la montagne. Il quittera la ville, empruntant les artères désertes et sombres, les rues en pente, les boulevards aux arbres noirs. Il glissera jusqu'au fleuve, il roulera dans les boues du printemps ou dans la neige épaisse. La lune éclairera ses poignets mouillés, son blouson de cuir ruisselant. Il ira n'importe où et reviendra fatigué, boueux, maussade."

 Eugène Savitzkaya, Un jeune homme trop gros

samedi 23 août 2025

Lire aux toilettes


 de la glace pour les aigles


Je me rappelle sans cesse les chevaux

sous la lune

je me rappelle lorsque je donnais du sucre

comme de la glace,

et ils avaient des têtes comme

des têtes

chauves d'aigles qui auraient pu mordre mais

n'en faisaient rien


Les chevaux étaient plus réels que

mon père

plus réels que Dieu

et ils auraient pu m'écraser les

pieds mais ils n'en ont rien fait

ils auraient pu faire toutes sortes d'horreurs

mais ils n'en ont rien fait.


J'avais presque 5 ans

mais je n'ai pas oublié ;

Ô mon dieu ils étaient forts et bons

Leurs grands coups de langue rouge

et baveuse venus de l'âme.


Charles Bukowski, Les jours s'en vont comme des chevaux sauvages dans les collines


mercredi 23 juillet 2025

Le livre de l'été 2025

 

J’aime la manière dont Alain Chany a écrit L’Ordre de dispersion. Cela fait du bien quand on lit cette prose tellement poétique qu’elle en devient autre chose, une forme inconnue qu’on ne peut qu’entrevoir par moments, dans une certaine disposition. Il s’agit, à ma connaissance, de l’une des meilleures descriptions littéraires de ce que fut mai 68 par ceux qui l’ont vécu du bon côté. J’aime sa façon d’aligner les mots, les phrases, les idées, à la manière d’un jazzman revenant régulièrement sur son thème après avoir divagué en liberté en dehors des clichés balisés. Au début du roman, le narrateur qui enseigne la philosophie doit faire un discours de remise de prix dans l’établissement où il enseigne. Extrait  du discours : « Nous fuyons la fuite et cela ne va pas tout seul : nous sommes en éveil permanent, malgré ce qui peut paraître. Nous ne chanterons pas la romance qui calme, ni le système engourdissant. Nous essaierons de faire des feux de joie, malgré tout ; nous aurons donc beaucoup d’ennemis. » Le discours continue sur cette lancée. Il suscite un tollé d’indignation chez les parents d’élèves. Le directeur, qui est un curé, explique au professeur que de tels propos ne peuvent être tolérés dans un lycée privé très strict sur les valeurs morales. Le professeur de philosophie et narrateur apprend qu'il est renvoyé.


mercredi 28 mai 2025

Un peu de poésie



 The Laughing Heart

 

your life is your life

don’t let it be clubbed into dank submission.

be on the watch.

there are ways out.

there is a light somewhere.

it may not be much light but

it beats the darkness.

be on the watch.

the gods will offer you chances.

know them.

take them.

you can’t beat death but

you can beat death in life, sometimes.

and the more often you learn to do it,

the more light there will be.

your life is your life.

know it while you have it.

you are marvelous

the gods wait to delight

in you.

 

Charles Bukowski