Je ne me suis pas rendu physiquement dans
le village où j’ai grandi depuis plus de quarante ans, peut-être cinquante. En revanche, il
m’est arrivé d’y retourner virtuellement via les images prises par Google. En cliquant pour avancer par sauts dans les rues, j’ai pu constater
que tout était vieux là où j’avais été jeune (dixit Alvaro de Campos). Je me
sens étranger dans ces lieux, signe d'une évasion réussie. Les décors de mes souvenirs
d’enfance ont été remplacés par de nouvelles façades de magasins, des
ronds-points sont apparus. A la sortie du village, le chemin qui
conduisait dans le bois qui nous servait de terrain de jeu a
été goudronné pour desservir les maisons cubes qui ont poussé là. J’ai bien
fait de ne jamais revenir.
samedi 10 octobre 2026
Sans issue
samedi 3 octobre 2026
Aller retour
J’écoute avec un grand plaisir ma playlist « 1971 ». Parler à ce sujet de nostalgie serait à mon avis une erreur. Le mot « nostalgie » traine un halo suspect de tristesse complaisante et de regrets pleurnichards. En réentendant les chansons découvertes à 13 ans, je ne suis pas triste du tout et je ne regrette rien. Du point de vue neurologique, le circuit de la récompense est suractivé. Mais au-delà de cette réaction de plaisir immédiat, il s’agit aussi d’un voyage dans le temps. Il n’a a pas de souffrance à revenir en arrière vers une époque révolue puisqu’on circule aisément entre passé et présent pendant le temps d'une chanson. La circulation est fluide. Voici ce que notait Cioran dans ses Cahiers après avoir entendu, probablement à la radio, une chanson de sa jeunesse. « Je viens d’entendre Ramona, la rengaine à la mode vers 1929, date à laquelle je quittai Sibiu pour aller à Bucarest, à l’université. Le commentateur la trouve ridicule ; elle l’est peut-être, mais, pour moi, elle m’évoque une période de ma vie beaucoup mieux que ne feraient les plus grands efforts de ma mémoire ou un retour sur les lieux de ma jeunesse. »
samedi 25 juillet 2026
Venu du passé
Vu pendant la promenade du chien.
Devant un bâtiment moderne (bureaux), un homme, la quarantaine, vêtu d’un
costume bleu foncé et d’une chemise blanche ouverte, sans cravate. Il se tient
debout, l’air détendu, une main dans la poche de son pantalon, tenant de
l’autre une cigarette sur laquelle il tire de temps en temps un bouffée qu’il
semble savourer. Tout dans cette scène semblait surgir du passé, d’un lointain
vingtième siècle : la tenue vestimentaire tranchant avec les casquettes américaines, les t-shirts, les pantacourts mettant en valeur les mollets tatoués et surtout l’absence criante de téléphone consulté de manière compulsive.
lundi 8 septembre 2025
Ce qui n’est plus là
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| Bill Térébenthine |
Toutes ces choses
que nous avons aimées
souvent excessivement
maintenant qu’elles ont passé
nous ne comprenons pas bien
ce qui suscitait des engouements
aussi passionnés
il reste quelques traces
une fumée qui se dissipe
comme diminue la tension
que généraient nos joies
intenses et éphémères



