Je ne peux m’empêcher de repenser
à un texte d’André Hardellet dans lequel il évoque un condisciple qu’il a
côtoyé au lycée. Brillant, séduisant, toujours accompagné de jolies filles,
réussissant tout avec une grande désinvolture, totalement détaché vis-à-vis
de ses succès comme s’il cherchait ailleurs quelque chose qui ne soit pas,
selon son expression, « de la chansonnette ». De longues années après l’avoir
perdu de vue, le narrateur rencontre un ancien élève qui lui apprend la mort du
condisciple en question dans un pays étranger. Il travaillait sur un chantier comme
manœuvre et vivait dans des conditions misérables.
vendredi 28 août 2026
Une lecture
mercredi 5 août 2026
Réapparition d’un souvenir
Le déclenchement s’est produit
tandis que j’entendais, sans l’écouter vraiment, la voix de Bernadette Lafont
à la radio. Son physique à ses débuts, sa voix et aussi une forme de gouaille
associée à certains de ses rôles, tous ces éléments ont fait revenir une fille que j’ai côtoyée quand j’avais dix ans. Elle prenait le car qui nous
conduisait au collège situé dans la ville la plus proche. Comme elle montait au
village précédent, elle était déjà installée quand j'entrais dans le car. Elle me
réservait toujours la place à côté d’elle. Elle était plus grande, assez intimidante. Dans mon souvenir,
elle était brune, les cheveux plutôt courts, un beau visage. Le genre
chef de bande parlant fort, interpellant ses copines et riant beaucoup. Elle avait décrété que j’étais
son protégé, un peu comme son petit frère. Un lien avait fini par se créer entre nous, au-delà des mots, car nous parlions peu. Nous nous sommes dit au revoir un peu tristement le dernier jour de l’année scolaire. Nous ne nous sommes jamais revus ; j’ai changé de collège l'année suivante.
mercredi 17 décembre 2025
En pensant à Cézanne
Tiens ! Un tableau de Cézanne sur
mon calendrier. Ceci ramène un lointain souvenir. Après une soutenance de
maîtrise à Paris 8, j’avais rencontré une jeune étudiante venue sur les lieux
pour le même motif. Nous étions rentrés ensemble sur Paris centre et avions
longuement discuté dans un café. Je ne me souviens plus des sujets abordés mais
l’échange avait duré longtemps et l’entente était parfaite. Il faut signaler
qu’elle était belle, élégante ; elle travaillait dans un musée en Grèce,
je crois. Bref, elle avait la grande classe et je n’en revenais pas d’avoir
réussi à la captiver ainsi avec mes propos brillants (rires). Elle commençait à
évoquer la journée du lendemain, qu’elle passerait, comme moi, à Paris. Cela
passait obligatoirement par une exposition. Il s'en tenait une consacrée à la période « couillarde » de Cézanne. Dans un cri du cœur,
j’ai lâché « Je n’aime pas Cézanne ». Elle a sursauté comme si j’avais
dit une énormité. Trop tard : d'un seul coup, le charme était rompu. Un rendez-vous a été
fixé sans conviction ; comme prévu, elle ne ne s’y est pas rendue. Depuis, j’ai changé. J’apprécie
les paysages de la fin et j’aime beaucoup ses aquarelles. Mais il est trop tard pour rattraper
le coup.
mercredi 26 novembre 2025
Quart de rond et souvenir de Françoise M.
L’humidité battait des records
et le vent soufflait fort
(cette rime s’est glissée
indépendamment de ma volonté)
j’étais en train de me concentrer
sur une baguette en quart de rond
que j’avais l’intention de scier
soudain François M. a envahi mon
esprit
surgie du fin fond de la classe
de troisième
avec ses petits seins pointus
qui se dressaient sous sa blouse
j’y pensais en regardant tomber
la pluie sur la terrasse
bref j’étais complètement
déconcentré
le bricolage a fini en
catastrophe
et c’est la faute à Françoise M.
mercredi 12 mars 2025
Expérience extrême
Pour des raisons indépendantes de
ma volonté, je suis resté déconnecté pendant trois jours. Pas d’ordinateur, de
smartphone. Rien que du papier, des stylos, des livres et un piano. Je me suis
retrouvé exactement dans l’état où j’étais lorsque j’étais interne dans un
collège en préfabriqué entouré de champs de betteraves. Qu’est-ce qu’on s’ennuyait.
Le soir surtout. Une fois par semaine, on avait droit à une soirée télé avec Les dossiers de l’écran. Le reste du
temps, il fallait meubler des tunnels interminables d’heures de permanence et
de récré. L’ennui était omniprésent, il imprégnait chaque moment de nos existences.
Pendant cette séquence de sevrage numérique, j’étais à la fois troublé et
plutôt content de le retrouver.




