G-0C9MFWP390 Le Carnet de Joe Legloseur: citation
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samedi 10 janvier 2026

Les machines et les humains

Moebius

 

"Pour un individu vivant, mémoriser ne consiste pas à réduire l'écart entre des résultats et des objectifs préalablement déterminés en adaptant son comportement à l'environnement. Mémoriser et apprendre supposent au contraire d'interpréter les données reçues, de leur donner un sens singulier en fonction des expériences et du contexte vécus et de les exprimer en les transformant, sous forme de nouvelles pratiques et de nouvelles significations, à la fois imprévisibles et improvisées. C'est pourquoi l'apprentissage humain se distingue d'un conditionnement pavlovien.
Anne Alombert, Schizophrénie numérique 

mercredi 31 décembre 2025

Dur constat


 les rares qui sont différents

sont assez vite éliminés

par la police, leur mère, leurs

frères ou d'autres ; par

eux mêmes

ce que vous voyez est tout 

ce qui reste

Charles Bukowski

lundi 29 décembre 2025

Un terrain de jeu


 "Certains êtres reconnaissent instinctivement, d'emblée, que l'existence est un terrain de jeu aussi merveilleux que dangereux, un champ de "forces spirituelles" où rien n'est futile ni anodin. Mes rencontres, les gens, les conversations, les livres, que vous favorisez ou dénigrez, votre climat mental, l'horizon de vos désirs, l'amour ou le désamour qui vous cernent, la puissance ou l'impuissance qui en résultent : tout est décisif."

Cécile Guilbert, Feux sacrés

jeudi 18 décembre 2025

Guston


Philip Guston, As It Goes 


Guston : "Quand les années 1960 sont arrivées, je me suis senti divisé, schizophrène. La guerre, ce qui arrivait à l'Amérique, la brutalité du monde. Quel genre d'homme étais-je, assis à la maison, lisant des magazines, entrant dans une fureur frustrée à propos de tout, puis allant dans mon atelier pour ajuster un rouge à un bleu ? J'en ai eu assez de toute cette pureté ! Introduire le crime, la guerre et le sexe, la distorsion et la vulgarité dans l'image a été une façon d'ôter au tableau toute dimension décorative - littéralement de le faire sortir de la salle à manger parce que personne ne voudrait boire un jus d'orange dans la même pièce."

Marc Weitzmann, La Part sauvage



 

mardi 9 décembre 2025

Sur la religion

 


"La religion était une imposture qu'il avait démasquée très tôt dans sa vie ; elles lui déplaisaient toutes ; il jugeait leur folklore superstitieux, absurde, infantile : il avait horreur de l'immaturité crasse qui les caractérisait, avec leur vocabulaire infantilisant, leur suffisance morale, et leurs ouailles, ces croyants avides." 

Philip Roth, Un homme


samedi 8 novembre 2025

L'autre côté

Philip Guston, Drawing, 1960

 "Je crois que l'unique question impérative en peinture est : quand est-ce achevé ? Pour ma part, c'est lorsque je sais que je suis "passé de l'autre côté". Cette prise de conscience soudaine et ponctuelle est la seule qui compte à mes yeux. " Philip Guston

vendredi 31 octobre 2025

Lire en écoutant la pluie


 J'ai repris la lecture du roman de Bolaño. Je m'étais lassé de ces changements de personnages et de points de vue. L'action n'avançait pas vraiment et le style, qui m'avait accroché au début, avait perdu son charme. L'interruption a été bénéfique. J'accroche à nouveau. Extrait : "A cette époque, c'est à peine si je peignais et je n'exposais rien. Ceux qui avaient été lieutenants avec moi, maintenant étaient passés capitaines, colonels et il y en avait même un qui était arrivé au grade de général ou de maréchal, mon cher Miguelito. D'autres avaient crevé du sida ou de surdose ou de cirrhose hépatique ou ont été simplement tenus pour disparus. Moi je continuais à être vidangeur. Je sais que cette situation se prête à diverses interprétations, la plupart menant à un territoire où tout est sombre. Et ma situation n'était pas le moins du monde sombre. Je me sentais raisonnablement bien, je faisais des recherches, j'observais, je m'observais observer, je je lisais, je vivais tranquille. Je produisais peu. Ce dernier point est peut-être important."

samedi 25 octobre 2025

Vous avez dit "émancipation" ?


 "L'émancipation [...] commence quand on remet en question l'opposition entre regarder et agir, quand on comprend que les évidences qui structurent ainsi les rapports du dire, du voir et du faire appartiennent elles-mêmes à la structure de la domination et de la sujétion. Elle commence quand on comprend que regarder est aussi une action qui confirme ou transforme cette distribution des positions."

Jacques Rancière, Le spectateur émancipé

mercredi 22 octobre 2025


 "Nul besoin (...) de considérer longtemps les allées et venues des passants pour constater que leurs mouvements, apparemment indifférents à l'espace où ils s'inscrivent, relèvent du plus rudimentaire langage du corps. Mais que pourraient-ils dire, ces corps qu'on semble avoir convaincus d'être libres à la condition de se ressembler, en disparaissant sous l'ampleur de blousons et survêtements qui les réduisent à une masse indifférenciée tout juste bonne à véhiculer ce qui est écrit dessus ?" 
Annie Le Brun, Du trop de réalité

samedi 20 septembre 2025

Au-delà des slogans galvaudés


 "Et à quoi reconnaît-on, au fond, la bonne conformation ? Au plaisir que nous procure l’individu bien conformé : à ce qu’il est taillé d’un bois à la fois dur, tendre et parfumé. Il n’aime que ce qui lui fait du bien ; son plaisir et son envie cessent dès qu’il dépasse la limite de ce qu’il lui faut. Si quelque chose lui nuit, il devine le remède ; il fait tourner la mauvaise fortune à à son profit ; tout ce qui ne le tue pas le rend plus fort. Il fait instinctivement son miel de tout ce qu’il voit, entend et vit ; il est un principe de sélection, il laisse tomber bien des choses. »

Nietzsche, Ecce Homo

mercredi 3 septembre 2025

Version originale


 

J’ai retrouvé le passage dans La Presqu’île. C’est beaucoup mieux par Julien Gracq.

« La fin de journée va être belle », pensa Simon. Il se mit à siffloter, puis alluma une cigarette. Il abaissa la glacede la portière : un vent vif et battant, hilare, sauta dans la voiture et sembla la délester. Aussi brusquement qu’on ressent la faim, l’envie d’être déjà à Kergrit bondit en lui ; jamais fin de journée tardivement visitée par le soleil qui n’eût ét pour lui comme une promesse mystérieuse. « Ce sera l’heure du bain, pensa-t-il : la marée monte », et des images exultantes et claires se pressèrent dans son esprit en foule.

 

samedi 30 août 2025

Jésus et Lao-Tseu

 


Tandis que Hanta s'active sur sa presse mécanique, il découvre que Jésus et Lao-Tseu l'observe depuis un coin de sa cour envahie par les livre. "J'aperçus la réalité sanglante des symboles et des chiffres de Jésus, tandis que Lao-Tseu, enveloppé d'un suaire, montrait du doigt une poutre mal équarrie ; Jésus, je le vis en play-boy, Lao-Tseu en vieux garçon lâché par ses glandes, Jésus, d'une main impérieuse et d'un geste puissant, maudissait ses ennemis, Lao-Tseu  avait baissé les bras avec résignation, je vis Jésus en romantique, Lao-Tseu en classique, Jésus était le flux, Lao-Tseu le reflux, Jésus le printemps, Lao-Tseu l'hiver, Jésus l'amour efficace du prochain, Lao-Tseu le summum du vide, Jésus comme progressus ad futurum, Lao-Tseu regressus ad originem..."

Bohumil Hrabal, Une trop bruyante solitude

jeudi 14 août 2025

Enigmatique


 

J’ai retrouvé ça : "Pour cet instant, tout au moins, ils semblaient avoir renoncé à tout plan extérieur, à toute théorie, à tout code, même à l'inévitable et romantique curiosité l'un de l'autre ; et se contentaient d'être jeunes en toute simplicité et en toute pureté, de partager cette conscience de la douleur universelle, ce chagrin refluant devant le spectacle de notre condition humaine qu'on a tendance, à cet âge-là, à considérer comme une récompense ou une prime pour avoir survécu à l'adolescence." 

Thomas Pynchon, V.

Pourquoi ai-je recopié cette phrase il y a un vingtaine d’années ? Je n’en ai aucune idée.

vendredi 25 juillet 2025

Les penseurs ruraux du temps passé


 

«  D’un air ravissant, il conclut : « Entre nous, la vie, somme toute, c’est une merde... mais une merde tellement formidable à vivre... » Ses traits signifièrent une fatigue aimable, une sagesse régionaliste. Il tira une bouffée de sa pipe en cep de vigne sûrement, vous savez, de ces grosses pipes qui se les emmanche l’air de tout entériner, de tout comprendre, de tout admettre – dans le doute -, de tout assimiler – dans la patience – et de tout aimer ou presque – dans la connaissance. » (Alain Chany, L’Ordre de dispersion) On en a croisé des comme ça dans les années 70lorsqu’on traversait en faisant du stop des zones désertiques de la campagne française. Ils étaient les seuls à s’arrêter dans leur 2CV ou leur 4L. Barbus, rugueux, silencieux au début, ils devenaient bavards lorsqu’ils allumaient leur pipe au coin du feu pour une petite soirée philosophico-politique sur le thème inévitable de la fin de notre civilisation à plus ou moins court terme. Il fallait écouter et relancer. En échange de l’hébergement.  

vendredi 11 juillet 2025

Dialogue

 

— J’ai l’impression que nous sommes partis pour un été « citations ». Je recopie celle-ci, tirée de Yoga d’Emmanuel Carrère, qui confie l’avoir lui-même recopiée dans de nombreux carnets (j’espère qu’elle n’a pas été modifiée en cours de route). Elle est de Glenn Gould. « La visée de l’art n’est pas la décharge momentanée d’une sécrétion d’adrénaline mais la construction patiente, sur la durée d’une vie entière, d’un état de quiétude et d’émerveillement. »

— Joli. Et le livre de Carrère ?

— On en parlera plus tard.

 


jeudi 10 juillet 2025

Sur les courtisans

 

Chamfort : « Quelle vie que celle de la plupart des gens de cour ! Ils se laissent ennuyer, excéder, avilir, asservir, tourmenter pour des intérêts misérables. Ils attendent, pour vivre, pour être heureux, la mort de leurs ennemis, de leurs rivaux d’ambition, de ceux mêmes qu’ils appellent leurs amis ; et pendant que leurs vœux appellent cette mort, ils sèchent, ils dépérissent, meurent eux-mêmes, en demandant des nouvelles de la santé de M. tel, de Mme telle, qui s’obstinent à ne pas mourir. »


mercredi 21 mai 2025

Décalé

Il y a d’abord eu un moment de sidération. Un tel virage négocié aussi brutalement, personne n’aurait cru cela possible. Puis, très vite, on a pensé aux dieux. Pas ceux des monothéismes qui déclenchent les guerres en cours ; ceux de la mythologie grecque, les dieux d’Homère et des tableaux de la Renaissance. Ils sont là, nous dit Michon. « Les dieux habitent un monde tout proche, mais un peu décalé. » Si c’est le cas, ils ne s’occupent que rarement des affaires humaines. S’en seraient-ils lassés ? A moins qu'une chose continue à les irriter au point d’intervenir pour remettre certains humains à leur place. Cela s’appelle l’hubris, « ce qui, dans la conduite de l'homme, est considéré par les dieux comme démesure, orgueil, et devant appeler leur vengeance. » (Larousse)

 


mercredi 14 mai 2025

Slogan


 « J’écris, c’est cela l’important. Non pas ce que j’ai écrit, mais le fait d’écrire en soi. » Je voulais développer un peu sur le thème de l’écriture à partir de cette citation d’Henry Miller et puis j’ai dérivé en ironisant sur les incitations à la lecture. Je reprends le fil. Cette phrase correspond à ce qui m’anime ici. J’ai d’ailleurs déjà dû formuler cette idée plusieurs fois dans les carnets. J’ai songé à la placer en exergue dans un coin du blog mais j’ai la flemme, et puis j’ai trouvé que ce serait prétentieux et ridicule. Pas de déclarations, des actes. Comme Dolly Parton qui, je l’ai appris en regardant un documentaire (sur Arte), a créé une fondation pour distribuer des livres aux enfants. C’est plus efficace que les discours sur les bienfaits de la lecture.



vendredi 2 mai 2025

Les pires tyrans et les bons rois

 

« Contrairement au Confucius historique, le Confucius de Tchouang-Tseu embrasse dans une même réprobation les pires tyrans et les « bons rois » les plus universellement révérés. Ces derniers n’ont pas mieux valu que les premiers, affirme-t-il tranquillement, faits historiques à l’appui. Les uns ont été plus avides de prestige, les autres plus avides de possessions, voilà tout. Et ces deux formes d’avidité sont, chez les puissants de ce monde, des forces que nul ne peut arrêter. » Jean François Billeter, Etudes sur Tchouang-Tseu (Allia)

mardi 22 avril 2025

Ligne éditoriale


 « Je n’étudie que ce qui me plaît ; je n’occupe mon esprit que des idées qui m’intéressent. Elles seront utiles ou inutiles, soit à moi, soit aux autres. Le temps amènera ou n’amènera pas les circonstances qui me feront faire de mes acquisitions un emploi profitable. Dans tous les cas, j’aurai eu l’avantage inestimable de ne pas me contrarier, et d’avoir obéi à ma pensée et à mon caractère. » 

Chamfort