G-0C9MFWP390 Le Carnet de Joe Legloseur: citation
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samedi 22 août 2026

Ce qui nous déplait


 "Ce n'est jamais l'opinion des autres qui nous déplaît, mais la volonté qu'ils ont quelquefois de nous y soumettre, lorsque nous ne le voulons pas."

Joseph Joubert

jeudi 30 juillet 2026

Eloge du désabusement


 "On peut avancer longtemps dans la vie sans y vieillir. Le progrès, dans l'âge mûr, consiste à revenir sur ses pas, et à voir où l'on fut trompé. Le désabusement, dans la vieillesse, est une grande découverte."

Joseph Joubert

vendredi 24 juillet 2026

Revenir


Je veux partir et me trouver,

Je veux revenir en me connaissant,

Comme qui revient chez lui, comme qui recommence à être sociable,

Comme qui est encore aimé dans son ancien village,

Comme qui frôle son enfance morte à chaque pierre du mur,

Et voit s'étendant devant lui la campagne éternelle de jadis

Et la saudade, telle une chanson de maman berçant l'enfant, flotte

Dans cette tragédie que le passé soit du passé


Extrait de « Le passager des heures, Ode sensationniste », Alvaro de Campos


lundi 20 juillet 2026

Interview


 "En permettant l'homme, la nature a commis beaucoup plus qu'une erreur de calcul : un attentat contre elle-même."

Cioran, De l'inconvénient d'être né



— Monsieur Legloseur...

— Vous pouvez m’appeler Joe.

— Joe, que pensez-vous de ceux qui sont prêts à voter pour des hommes ou des femmes politiques qui, après avoir minimisé les dangers du réchauffement climatique, ne proposent rien d’autre qu’un cauchemar climatisé sans aucun projet de DIMINUTION MASSIVE DES EMISSIONS DE CO2 (principal gaz à effet de serre d'origine anthropique sur notre planète) tout en sachant qu’une telle politique implique nécessairement un changement d’orientation global incluant tous les aspects de la vie quotidienne (alimentation, transports, consommation, habitations, etc.) ?

— Qu’ils crèvent de chaleur.

— Merci Joe d’avoir répondu et bonne journée.


samedi 18 juillet 2026

Un peu de fraicheur


La magie, la sensualité et les mystères de l'enfance sont les sujets des nouvelles qui composent le livre de Maurice Pons. Il s'agit de textes de jeunesse, ce qui explique peut-être la précision avec laquele il évoque ces souvenirs - réels ou reconstruits, peu importe. L'ensemble nous replonge dans cet univers parrallèle bien lointain pour nous. Il le fait avec élégance, humour et, c'est appréciable, sans aucune trace de niaiserie. 

Extrait de l'introduction de mon récit préféré où il est question d'une bande à vélo dirigée par une fille qui exerçe un étrange ascendant sur les garçons de son gang. 

"Quand vint le printemps de cette année-là, on s'aperçut qu'il s'était formé une nouvelle bande qui allaiy exciter la curiosité de toutes les autres. Elle n'était composée que de jeunes garçons, ayant à leur tête une seule petite jeune fille. La bande ne circulait qu'à biciclette, en des formations très étudiées, qui lui donnaient un aspect de cohésion et de force incomparable. Il semblait régner sur elle une sorte de mystère intouchable qu'enfermaient les rangées fugitives de vélos, et la jeune fille étrange, chaussée de hautes bottes, cheveux au vent, emmenait à vive allure ses jeunes amis, dévorés d'on ne savait quelle fièvre. Ils gardaient sur leur secret de silence des grands initiés ; à toutes questions ils ne répondaient que par le sourire de la soumission parfaite."

jeudi 9 juillet 2026

Eblouissements


"A quelques rues de la maison vers l'est, au Five Spots, Ornette Coleman éviscérait le jazz à l'aide d'un saxo braillard en plastique. Le grand Charlie Mingus était là lui aussi, jouant une musique saccadée, complexe et puissante qui faisait salle comble tous les soirs. Quand l'art et le vie se rejoignaient de manière pertinente, les gens se dépassaient - transcendaient le moi ; notre fringant président, John F. Kennedy, baisait des actrices de cinéma. Tout était éblouissant."
Leonard Michaels, Sylvia 

samedi 4 juillet 2026

Rectificatif


Pour être franc, il y a un texte de Perros qui m'a bien amusé et avec lequel je suis d'accord. Le voici :

"Saint-Exupéry était un homme très bien, je n'en doute pas. Quelques-unes de ses pages respirent profondément. Pourquoi les gens qui en font leur idole sont-ils, la plupart du temps, des imbéciles ?"

Georges Perros, Papiers collés

mercredi 24 juin 2026

Un peu de poésie


 "Les locaux de l'agence France -Presse sont attenant à ceux du Nepakokukiveuh, le grand journal du soir de Tokyo.

Je suis accueilli par une ravissante blonde qui a un regard aussi fripon qu'une édition non expurgée de Gamiani. Je lui demande si elle est française, ce qui est parfaitement superflu, car cette souris ne se fringue pas au Prisunic du coin.

Elle porte (allégrement, divinement, merveilleusement) un petit deux-pièces avec alcôves dont on aimerait découvrir les agrafes."

San Antonio, Fleur de nave vinaigrette

mercredi 17 juin 2026

Piano




« Je joue du piano… pour rien. Parce que j’en ai envie. C’est une grande partie de ma vie […]. Je me demande même si je n’aime pas le piano davantage que la musique. Le piano, c’est un plaisir complet, qui va jusqu’au bout des doigts : il y a un plaisir particulier à enfoncer les touches. »

Vladimir Jankélévitch, L’Enchantement misical


lundi 15 juin 2026

Relecture


Il y avait peu de livres à la maison. Ils tenaient tous sur une petite étagère dans un placard. Je me souviens avoir trouvé et lu deux ou trois SAS, Douze chinetoques et une souris de James Hadley Chase et aussi un San Antonio, Fleur de nave vinaigrette, que j’avais apprécié à l’époque pour le côté ludique. Je viens de commencer la relecture. J’ai eu un peu de mal avec l'argot daté, les jeux de mots, les phrases tarabiscotées. En revanche, l’avertissement en préambule est drôle, le ton distancié n’a pas vieilli. Extrait :

« Sachant que la plupart de mes contemporains sont d’un tempérament bilieux, je prends soin, chaque fois que je publie un nouveau chef-d’œuvre, d’informer le lecteur que mes personnages sont imaginaires, fictifs et tout. Cette fois, la précaution me paraît superflue : qui donc, quel crâne plat, quel cerveau ramolli, irait supposer que les héros de ce livre sont réels ? »

jeudi 11 juin 2026

Contre la lecture


 

Cioran : « Lire, c’est laisser un autre peiner pour vous. La forme la plus délicate d’exploitation. » (Copié avec la photo de la page sous les yeux car depuis que j’ai lu ce qu’il pensait de ceux qui citent de mémoire je n’ose plus avoir recours à cette facilité.) 

On pense aux éloges accompagnés de larmes qui entourent la disparition de la lecture. Comment peut-on à ce point idéaliser une pratique asociale reposant sur la paresse intellectuelle ?

mercredi 10 juin 2026

Le plaisir de la répétition


 

J’ai mis la main sur un coffret énorme, au sens propre, avec énormément de musique et une quantité toute aussi énorme d’interprètes. Il s’agit de l’intégrale de tous les concerts donnés à Woodstock lors du fameux festival de 69. Le triple album ne contenait qu’une infime partie de cette avalanche de musique parfois ennuyeuse, souvent très bonne et avec des moments magiques qui valent largement les célèbres extraits - comme le F.U.C.K. de Country Joe ou l’hymne américain revisité par Hendrix. Je réalise au passage que ma génération aura plus été marquée par l’influence de Woodstock que par celle de mai 68, même si les échos des deux évènements flottaient dans l’air au moment où nous commencions à découvrir le monde environnant. Comme j’écoute également un pirate du groupe Ten Years After, je me demande une seconde si je ne suis pas bloqué dans le passé et la répétition. Lorsque le doute me frôle, je ressors l’aphorisme de Goethe : « La musique au meilleur sens du terme ne requiert pas tant l’innovation ; au contraire, plus elle est ancienne, plus on y est habitué et plus elle agit. »

mardi 2 juin 2026

Un peu de féminisme


 "Si je préfère les femmes aux hommes, c'est parce qu'elles ont sur eux l'avantage d'être plus déséquilibrées, donc plus compliquées, plus perspicaces et plus cyniques, sans compter cette supériorité mystérieuse que confère un esclavage millénaire"

Cioran, Aveux et anathèmes

jeudi 28 mai 2026

Cioran sur Fitzgerald

 


Cioran s'intéresse à The Crackup (La Fêlure), seul livre de l'écrivain américain susceptible de retenir son attention. 

"Son style désinvolte nous laisse entrevoir ce qu'on pourrait appeler le charme de la vie brisée. J'ajouterais même que l'on est "moderne" dans la mesure où l'on est sensible à ce charme. Réaction de désabusés, sans doute, d'individus qui, incapables de recourir à un arrière-plan métaphysique ou à une forme de transcendance de salut, s'attachent à leurs maux avec complaisance, comme à des défaites acceptées. Le désabusement est l'équilibre du vaincu. Et c'est en vaincu que Fitzgerald, après avoir conçu les vérités impitoyables du Crack-up, se rend à Hollywood pour y chercher le succès, - toujours le succès, auquel, d'ailleurs, il ne pouvait plus croire. Au bout d'une expérience pascalienne, écrire des scénarios"

vendredi 22 mai 2026

Joubert par Blanchot

 

Joubert eut ce don. Il n'écrivit jamais un livre. Il se prépara seulement à en écrire un, cherchant avec résolution les conditions justes qui lui permettraient de l'écrire. Puis il oublia même ce dessein. Plus précisément, ce qu'il cherchait, cette source de l'écriture, cet espace où écrire, cette lumière à circonscrire dans l'espace, exigea de lui, affirma en lui des dispositions qui le rendirent impropre à tout travail littéraire ordinaire ou le firent s'en détourner."

jeudi 14 mai 2026

Initiatique

 


"Pour ceux qui le vécurent, l'apprentissage du rock constitua la plus belle des aventures. En effet, l'achat de disques était un geste sacré, une expérience grisante. Avec l'amour du rock chevillé au corps, on touchait à la transgression et à la condamnation des parents sans s'exposer au vrai danger. On voyageait de Londres à San Francisco sans bouger de chez soi. On vibrait, extatiques, au son d'un musique qui était en train de tout bousculer sur son passage sans avoir à manifester dans la rue."

Cedric Bru

vendredi 8 mai 2026

Fictions




"Tout le monde se trompe, tout le monde vit dans l'illusion. On peut admettre au mieux une échelle des fictions, une hiérarchie des irréalités, donner la préférence à telle plutôt qu'à telle autre, mais opter, non, décidément non." 

Cioran, Ecartèlement

lundi 27 avril 2026

Irréalité

Bill Térébenthine

"La plénitude comme extrémité du bonheur n'est possible que dans les instants où l'on prend conscience en profondeur de l'irréalité et de la vie et de la mort. Ces instants sont rares en tant qu'expériences, bien qu'ils puissent être fréquents dans l'ordre de la réflexion. En ce domaine, n'existe que ce qu'on sent. Or, l'irréalité sentie et cependant transcendée à l'intérieur d'un même acte, est une performance qui rivalise avec l'extase et parfois l'éclipse."

Cioran, Ebauches de vertige

mardi 21 avril 2026

THEORIE DE LA MEMOIRE


 "Il y a bien, bien longtemps, avant que je sois une artiste tourmentée, hantée par le désir et pourtant incapable de former des liens durables, bien avant cela, j'étais une souveraine glorieuse qui unifiait toutes les parties d'un pays divisé - voilà ce que me disait la liseuse de bonne aventure qui examinait ma paume. De grandes choses, dit-elle, sont au-devant de vous, ou peut-être derrière vous ; il est difficile d'en être sûre. Et pourtant, ajouta-t-elle, quelle est la différence ? A cet instant vous êtes une enfant qui donne sa main à une diseuse de bonne aventure. Tout le reste n'est qu'hypothèse et rêve."

Luise Glück, Nuit de foi et de vertu

Un texte comme celui-ci, d'une apparente simplicité, gagne à être relu, ou mieux, recopié mot à mot. On entraperçoit alors pourquoi il a touché quelque chose en vous. Et rien n'est dû au hasard.

mercredi 15 avril 2026

Surprise


 Suivre, même de loin, une fin de vie, vous fait pleinement ressentir le poids de néant que représente une existence humaine. « Tout ça pour ça ? », ne peut-on s’empêcher de penser. Pris d’un vertige métaphysique auquel je ne suis pas accoutumé, j’ai tendu machinalement la main vers un rayon de la bibliothèque en direction d’un livre de Cioran, pensant y trouver quelques aphorismes mettant en forme ce vide qui s’abattait soudain sur moi. Or, je n’ai rien trouvé de semblable. A la place du sceptique prônant le doute radical, je suis tombé sur une autre facette, celle du « mystique contrarié » qui écrit : « Plotin n’a connu que quatre extases ; Ramana Maharshi une seule. Qu’importe le nombre ! S’il faut plaindre quelqu’un, c’est celui qui n’en a jamais pressenti aucune, et qui en parle par ouï-dire. » Etonnant, non ?