Je ne peux m’empêcher de repenser
à un texte d’André Hardellet dans lequel il évoque un condisciple qu’il a
côtoyé au lycée. Brillant, séduisant, toujours accompagné de jolies filles,
réussissant tout avec une grande désinvolture, totalement détaché vis-à-vis
de ses succès comme s’il cherchait ailleurs quelque chose qui ne soit pas,
selon son expression, « de la chansonnette ». De longues années après l’avoir
perdu de vue, le narrateur rencontre un ancien élève qui lui apprend la mort du
condisciple en question dans un pays étranger. Il travaillait sur un chantier comme
manœuvre et vivait dans des conditions misérables.
vendredi 28 août 2026
Une lecture
mercredi 26 août 2026
Un épisode de vos vacances (2)
mercredi 12 août 2026
Adieu tristesse
J’ai beau fouiller mon âme
je ne trouve aucune trace
de la tristesse exprimée
avec précision
par Álvaro de Campos
vivre ne semble plus faire
souffrir
« comme une position
malcommode »
pourtant tous les matins
j’aime lire cette poésie triste
elle vient me rappeler
que j’ai été triste autrefois
je l’ai été longtemps
tellement longtemps
que cette tristesse
était devenue
mon état ordinaire
mais la tristesse s’est enfuie
sans que je comprenne pourquoi
je la regrette un peu
j'entretiens sa mémoire
avec la tristesse de Pessoa
mardi 4 août 2026
Changement de ton
— Maintenant, il va falloir
reparler du Journal de Matthieu Galey.
— Et bien vas-y.
— Ma lecture s’étend sur une
longue période. Le bouquin fait 900 pages et j’en lis une ou deux par
jour (aux toilettes). Jusque-là, c’était une lecture agréable et légère,
le ton est toujours vif et c'est bien écrit. Mais depuis quelques temps, le ton
a changé avec l’annonce d’une maladie incurable (Charcot) et la mise en route
simultanée d’un compte à rebours et d’une dégradation physique. Je pourrais
interrompre là, mais je trouverais ça un peu dégueulasse. Je veux l’accompagner.
— C’est quoi, le
problème ? L’exhibitionnisme ou le voyeurisme ?
— Ni l’un ni l’autre. Galey est
d’une dignité impressionnante. Alors qu’il se décrit boitant, presque aphone,
c’est toujours le même humour froid et distancié pratiqué depuis le début du Journal.
Comme dans ce passage. « Ma santé morale m’épate. Tandis que la mécanique
se déglingue chaque jour un peu plus, pas le moindre toussotement
mystique. » Ou encore lorsqu’il constate qu’il a du mal à refaire une promenade
faite le mois précédent : « Dans cette maladie « à
paliers », j’ai dû descendre un étage. »
— L’humour noir, le vrai.
lundi 27 juillet 2026
Lecture d'été
Traditionnellement, l’été est le
moment où on se laisse aller à ses petites habitudes un peu honteuses,
tellement agréables lorsqu’on profite du relâchement ambiant. Ici, l’été est
associé à la lecture des magazines relatifs à la musique rock. Le circuit de la
récompense a tellement carburé à la lecture de cette presse entre 70 et
75 qu'il n’est pas difficile de le réactiver. Je me souviens de vacances en
Bretagne. J’avais vu dans une maison de la presse un numéro des Inrockuptibles
avec le banane de Warhol en couverture, un numéro consacré en partie au Velvet
Underground avec un supplément spécial Factory. Je l’ai retrouvé. Il est daté de juillet/août 1990. Cette année,
36 ans plus tard, c’est un numéro hors-série de Rock & Folk consacré aux Who. J'ai beaucoup aimé ce groupe, presque
autant que les Stones, mais cela a duré moins longtemps. Le bilan que tire papy Pete dans l’édito du magazine est lucide et un peu triste.
« Même si je suis assez bon
membre de gang et un bon soldat sur la route, je suis mauvais en collaboration
créative. J’aurais été un artiste solo et un producteur bien plus efficace,
travaillant comme Brian Eno. Je serais en meilleure forme physique aujourd’hui.
Mes genoux, oreilles, poignet droit et épaule fonctionneraient mieux. Tout ça
me fait mal aujourd’hui à cause à cause des folies faites en frimant sur scène
avec les Who. La voix de Roger a probablement souffert de la même façon, mais
il a moins de regrets, je pense. »
samedi 11 juillet 2026
L'art du conteur
Certains écrivains procurent une
forme de plaisir particulier. Nous apprécions leurs connections neuronales,
leur manière de créer des fictions en jouant sur le trouble concernant la
réalité tout en s’appuyant sur une érudition ludique. Antonio Tabucchi
appartient à cette catégorie. Je suis en train de lire le recueil de nouvelles
intitulé Les Volatiles de Fra Angelico.
J’ai suivi le conseil de Tororo Shiru et je ne le regrette pas.
jeudi 11 juin 2026
Contre la lecture
Cioran : « Lire, c’est laisser un autre peiner pour vous. La forme la plus délicate d’exploitation. » (Copié avec la photo de la page sous les yeux car depuis que j’ai lu ce qu’il pensait de ceux qui citent de mémoire je n’ose plus avoir recours à cette facilité.)
On pense aux éloges accompagnés de larmes qui entourent
la disparition de la lecture. Comment peut-on à ce point idéaliser une pratique
asociale reposant sur la paresse intellectuelle ?
mardi 9 juin 2026
Roman d'évasion
J’appartiens à cette catégorie de
lecteurs qui non seulement lisent encore des livres, mais qui en lisent trop.
Il s’agit d’une sorte d’addiction souvent concoctée dans la jeunesse lors de
périodes d’isolement et de solitude (l’internat dans mon cas). Cette manie me
conduit à lire un peu de tout. En ce moment, un roman de César Aira qui en a
écrit beaucoup. Celui-là s’appelle Le
testament du magicien ténor. Je me suis un peu ennuyé au début et arrivé
vers la moitié, j’ai commencé à entrer dedans. Beaucoup d’imagination, de
fantaisie, une grande liberté aussi, qui me fait penser aux récits de Vian que
je dévorais quand j’étais au lycée. Et en même temps, un sens de la narration assez
solide pour donner envie de connaitre la suite. Bon, je n’irai pas jusqu’à en
lire d’autres mais ce n’est pas désagréable quand on veut se changer les idées.
vendredi 29 mai 2026
songe-creux
Le « déploiement
phénoménal » : exemple d’expression qui déclenche chez moi un
état spécial. Modification de la perception, simple illusion ou rêverie d’un
songe-creux ? Difficile à dire. Cette petite secousse de l’esprit ne
s’apparente certainement en rien à ce que Dōgen désigne par le terme
« Eveil » mais, à défaut de grandes illuminations, nous nous
contenterons de ces petites manifestions obtenues par inadvertance.
lundi 25 mai 2026
Inspiration
mardi 19 mai 2026
Sentimental
jeudi 14 mai 2026
Initiatique
"Pour ceux qui le vécurent, l'apprentissage du rock constitua la plus belle des aventures. En effet, l'achat de disques était un geste sacré, une expérience grisante. Avec l'amour du rock chevillé au corps, on touchait à la transgression et à la condamnation des parents sans s'exposer au vrai danger. On voyageait de Londres à San Francisco sans bouger de chez soi. On vibrait, extatiques, au son d'un musique qui était en train de tout bousculer sur son passage sans avoir à manifester dans la rue."
Cedric Bru
mardi 12 mai 2026
Loin de l'actualité
J’ai décroché de la lecture de la
presse. Je préfère revenir à des intérêts plus futiles et lire, par exemple, Le Mystère Yves Adrien de Cedric Bru.
Yves Adrien, ce nom ne dira probablement rien à un très grand nombre de
personnes. En revanche, il réveillera peut-être de lointains souvenirs chez d’anciens
collégiens du début des années 70 qui lisaient avec passion les articles du
magazine Rock & Folk. Ceux-là
pourront comprendre une fixation assez difficile à justifier de manière
rationnelle.
vendredi 8 mai 2026
Fictions
Cioran, Ecartèlement
lundi 20 avril 2026
Encore une découverte
Il n'y a pas que la guerre dans la vie : il y a aussi la poésie. J’ai découvert Louise Glück très récemment après la lecture d’un article dans le Monde des livres et j’ai eu envie de la lire (ne me demandez pas pourquoi). J'en saurai peut-être un peu plus après l’avoir lue.
PS : j’ai une excuse pour la découverte tardive de cette
poète américaine, prix Nobel de littérature (comme Dylan) : lorsqu’elle
a reçu son prix en 2020 aucun de ses livres n’était encore traduit par ici.
mercredi 8 avril 2026
Perdu et retrouvé
"Lorsque enfin, cessant de raisonner, l'on immobilise son esprit, il y a quelque chose de plus. On éprouve une étrange nostalgie, presque un souvenir de quelque chose que l'on savait jadis, et que l'on a depuis longtemps oublié. Et l'on se demande, en connaissant trop bien la réponse, ce que l'on possède à la place de ce qui est perdu. Vanité, illusion, néant.
vendredi 27 février 2026
L'art du portrait
lundi 9 février 2026
Entretenir soigneusement sa paranoïa
samedi 31 janvier 2026
Une forme de folie
On ne va pas faire les difficiles. Le Tout de Dave Eggers ne peut pas à la fois proposer une critique dévastatrice de l’emprise opérée sur les cerveaux par les géants de la TECH (devenus trumpistes entre temps) et être en plus un grand écrivain. Il y a des longueurs, et pas du tout de style. Le roman se lit quand même agréablement, un peu comme on regarde une bonne série. Les meilleurs passages sont ceux qui ne relèvent presque pas de la science-fiction mais décrivent ce qui est déjà là, comme dans cette lettre qu'une prof de l'université adresse à l'héroïne pour la supplier de quitter cet emploi. Extrait :
"Une étudiante m'a raconte récemment qu'elle avait écrit mille deux cent six messages au cours des dernières vingt-quatre heures. Elle communique quotidiennement avec au moins quarante-neuf personnes. C'est manifestement une forme de folie, de monomanie. Pourtant, ce niveau de contact et de disponibilité est considéré comme une condition préalable pour prendre part à la société."
samedi 24 janvier 2026
Lecture (suite)
Extrait :
"En prévision d'intégrer le Tout, Delaney utilisait AideMoi depuis quelques années. C'était une application relativement basique qui centralisait tous vos pense-bêtes, calendriers, anniversaires, rendez-vous et même vos objectifs alimentaires. Les annonceurs adoraient. Un utilisateur programmait son désir de manger une salade protéinée une fois par jour et ce désir était vendu aux vendeurs de salades protéinées. L'application était d'une simplicité désarmante, elle fonctionnait avec tout le monde et rapportait des milliards au Tout."
Dave Eggers, Le Tout



















