G-0C9MFWP390 Le Carnet de Joe Legloseur: lecture
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vendredi 29 mai 2026

songe-creux


 

Le « déploiement phénoménal » : exemple d’expression qui déclenche chez moi un état spécial. Modification de la perception, simple illusion ou rêverie d’un songe-creux ? Difficile à dire. Cette petite secousse de l’esprit ne s’apparente certainement en rien à ce que Dōgen désigne par le terme « Eveil » mais, à défaut de grandes illuminations, nous nous contenterons de ces petites manifestions obtenues par inadvertance.

lundi 25 mai 2026

Inspiration


 Assis dans un fauteuil avec des livres sur la table basse et de la musique soigneusement choisie, j'attends l'inspiration ou simplement une envie d'écrire. J'ouvre Cioran, son dernier recueil (Aveux et anathèmes) et mes yeux se posent sur un texte où il est question d'une "aridité grandiose". Je referme le livre et commence à écrire ces lignes. Cette panne langagière se sera avérée doublement productive. 
A noter : alors que j'hésitais à me replonger dans la prose cioranesque, je découvre une proximité nouvelle avec l'écrivain. Chez lui, je ne vois plus aucune pose.  

mardi 19 mai 2026

Sentimental


 Ainsi se trouvèrent-ils accordés tacitement pour ne rien prononcer d'essentiel ; mais rien non plu n'était indifférent. Et de là leur plaisir. Irène, c'était ce monde où tout avait une valeur. Cette valeur, cette couleur qui s'attachaient aux moindres propos, aux signes, aux gestes, aux silences, ce plaisir qu'ils y prenaient, c'était, jadis, ce qui la distinguait de toutes les autres. Il ne ressentait rien de ce qu'il s'était attendu à ressentir ; au lieu de ce choc un peu douloureux mais approfondissant qu'il craignait, il sentait s'épanouir en lui une âme adolescente, et il se demandait jusqu'où une pareille disposition risquait de l'entraîner.
Paul Gadenne, La plage de Scheveningen 


jeudi 14 mai 2026

Initiatique

 


"Pour ceux qui le vécurent, l'apprentissage du rock constitua la plus belle des aventures. En effet, l'achat de disques était un geste sacré, une expérience grisante. Avec l'amour du rock chevillé au corps, on touchait à la transgression et à la condamnation des parents sans s'exposer au vrai danger. On voyageait de Londres à San Francisco sans bouger de chez soi. On vibrait, extatiques, au son d'un musique qui était en train de tout bousculer sur son passage sans avoir à manifester dans la rue."

Cedric Bru

mardi 12 mai 2026

Loin de l'actualité


 

J’ai décroché de la lecture de la presse. Je préfère revenir à des intérêts plus futiles et lire, par exemple, Le Mystère Yves Adrien de Cedric Bru. Yves Adrien, ce nom ne dira probablement rien à un très grand nombre de personnes. En revanche, il réveillera peut-être de lointains souvenirs chez d’anciens collégiens du début des années 70 qui lisaient avec passion les articles du magazine Rock & Folk. Ceux-là pourront comprendre une fixation assez difficile à justifier de manière rationnelle.

vendredi 8 mai 2026

Fictions




"Tout le monde se trompe, tout le monde vit dans l'illusion. On peut admettre au mieux une échelle des fictions, une hiérarchie des irréalités, donner la préférence à telle plutôt qu'à telle autre, mais opter, non, décidément non." 

Cioran, Ecartèlement

lundi 20 avril 2026

Encore une découverte


 

Il n'y a pas que la guerre dans la vie : il y a aussi la poésie. J’ai découvert Louise Glück très récemment après la lecture d’un article dans le Monde des livres et j’ai eu envie de la lire (ne me demandez pas pourquoi). J'en saurai peut-être un peu plus après l’avoir lue. 

PS : j’ai une excuse pour la découverte tardive de cette poète américaine, prix Nobel de littérature (comme Dylan) : lorsqu’elle a reçu son prix en 2020 aucun de ses livres n’était encore traduit par ici.

mercredi 8 avril 2026

Perdu et retrouvé


 "Lorsque enfin, cessant de raisonner, l'on immobilise son esprit, il y a quelque chose de plus. On éprouve une étrange nostalgie, presque un souvenir de quelque chose que l'on savait jadis, et que l'on a depuis longtemps oublié. Et l'on se demande, en connaissant trop bien la réponse, ce que l'on possède à la place de ce qui est perdu. Vanité, illusion, néant.

vendredi 27 février 2026

L'art du portrait


 "On a du mal à imaginer ce que cela suppose, être maire de Lyon pendant tant d'années. On a du mal à imaginer ce que cela suppose de malice municipale, de poignée de main municipale, de doigté, de finauderie, de matoiserie, d'adversaire poignardé, oui, on a du mal à imaginer le nombre de cadavres qu'un type comme Edouard Herriot abandonne dans son sillage, combien il faut de charognes, de confrères exécutés, de carrières étranglées, pour qu'un seul gros bonhomme puisse grimper les marches de la mairie de Lyon et s'installer un demi-siècle sur le trône." 
Eric Vuillard, Une sortie honorable


lundi 9 février 2026

Entretenir soigneusement sa paranoïa


 J'écrivais récemment que les motifs de paranoïa ne manquaient pas en cette période incertaine (mais ne le sont-elles pas toutes ?). Parmi les inquiétudes nouvelles liées au développement de l'IA et des robots, certaines amènent un délicieux parfum se science-fiction. Voici le scénario :

"Cela adviendra presque naturellement, par une propagation spontanée, prolifique et irrépressible des machines qui s'auto-engendreront, croîtront et multiplieront sans crier gare, avant de nous engloutir. Ca commencera de façon imperceptible. Au début, nous ne sentirons rien. Tout se passera sans heurt, si ce n'est que nous ne pourrons plus revenir en arrière. Nous ne nous en rendrons pas compte tout de suite. Progressivement, les choses iront s'accélérant. Après, tout s'emballera ; le monde changera ; l'homme aussi ; plus rien ne sera comme avant, ni la nature, ni la vie, ni la conscience, ni même le temps. Cet évènement inéluctable a déjà un nom : la Singularité technologique."
Jean-Gabriel GanasciaLe mythe de la Singularité - Faut-il craindre l'intelligence artificielle ?

samedi 31 janvier 2026

Une forme de folie


 

On ne va pas faire les difficiles. Le Tout de Dave Eggers ne peut pas à la fois proposer une critique dévastatrice de l’emprise opérée sur les cerveaux par les géants de la TECH (devenus trumpistes entre temps) et être en plus un grand écrivain. Il y a des longueurs, et pas du tout de style. Le roman se lit quand même agréablement, un peu comme on regarde une bonne série. Les meilleurs passages sont ceux qui ne relèvent presque pas de la science-fiction mais décrivent ce qui est déjà là, comme dans cette lettre qu'une prof de l'université adresse à l'héroïne pour la supplier de quitter cet emploi. Extrait :

"Une étudiante m'a raconte récemment qu'elle avait écrit mille deux cent six messages au cours des dernières vingt-quatre heures. Elle communique quotidiennement avec au moins quarante-neuf personnes. C'est manifestement une forme de folie, de monomanie. Pourtant, ce niveau de contact et de disponibilité est considéré comme une condition préalable pour prendre part à la société."  

samedi 24 janvier 2026

Lecture (suite)


 Extrait :

"En prévision d'intégrer le Tout, Delaney utilisait AideMoi depuis quelques années. C'était une application relativement basique qui centralisait tous vos pense-bêtes, calendriers, anniversaires, rendez-vous et même vos objectifs alimentaires. Les annonceurs adoraient. Un utilisateur programmait son désir de manger une salade protéinée une fois par jour et ce désir était vendu aux vendeurs de salades protéinées. L'application était d'une simplicité désarmante, elle fonctionnait avec tout le monde et rapportait des milliards au Tout."

Dave Eggers, Le Tout

vendredi 23 janvier 2026

Lecture


 

Pendant que Crazy Donald fait le show, les milliardaires de la Tech continuent à œuvrer en toute discrétion dans le but d’accroitre leur emprise sur les cerveaux et d’influencer les conduites des utilisateurs. Ils n’agissent pas, comme ils le prétendent, pour améliorer les conditions de vie de leurs clients mais simplement pour augmenter leur pouvoir et leur profit en utilisant tous les moyens technologiques disponibles. L’écrivain Dave Eggers a imaginé dans un futur proche une énorme entreprise née de la concentration de tous les réseaux sociaux et de la vente en ligne qu'il a intitulée le Tout. L’héroïne du roman est en guerre contre la domestication numérique des individus. Elle n’accepte pas le renoncement massif à la liberté qu'elle observe autour d'elle (en France, on parlerait de servitude volontaire). Pour mener sa mission de sabotage, Delaney, c’est son nom, se fait embaucher avec l'intention de détruire le système de l’intérieur. J’en suis au début. Elle vient de franchir le premier barrage de l’entretien d’embauche mais la partie de jeu du chat et de la souris ne fait que commencer.

lundi 12 janvier 2026

Lire Modiano


 Au moment de reprendre la lecture d'un roman de Modiano, j'ai comme un coup de mou. La motivation est faible. Mais comme je n'aime pas abandonner un livre en cours, je l'ouvre et à chaque fois, je suis pris sans comprendre comment. Il ne se passe pas grand chose, l'action est limitée ; les dialogues se limitent à des banalités, pas de grandes tirades philosophiques. Le style est plat, transparent, inexistant. Et pourtant, dans cette fadeur apparente, cette neutralité monotone, se cache un écrivain qui maîtrise parfaitement ses effets à la manière d'un hypnotiseur faisant disparaitre les frontières entre veille, sommeil, rêves et souvenirs.  

samedi 10 janvier 2026

Les machines et les humains

Moebius

 

"Pour un individu vivant, mémoriser ne consiste pas à réduire l'écart entre des résultats et des objectifs préalablement déterminés en adaptant son comportement à l'environnement. Mémoriser et apprendre supposent au contraire d'interpréter les données reçues, de leur donner un sens singulier en fonction des expériences et du contexte vécus et de les exprimer en les transformant, sous forme de nouvelles pratiques et de nouvelles significations, à la fois imprévisibles et improvisées. C'est pourquoi l'apprentissage humain se distingue d'un conditionnement pavlovien.
Anne Alombert, Schizophrénie numérique 

jeudi 8 janvier 2026

Lu


 

Le dernier livre de notre Philippe Sollers. Je dis « notre » parce qu'il représente l’incarnation de l’esprit français, quelle que soit la définition qu’on veuille lui donner. J’avoue l’avoir peu lu et presque toujours en tant que critique. Publication posthume, La deuxième vie se présente comme un curieux objet littéraire. Julia Kristeva encadre le texte, assez court, d'une préface et d’une explication de texte détaillée. Pourquoi pas. Elle a tout lu et a pris des notes. Que représentait pour l'écrivain cette deuxième vie ? Ce n’est pas clair. La métaphore semble évoquer ce qui se passe après la mort. Le texte fonce à toute allure, encore plus vite que d'habitude ; tout est effleuré, à peine évoqué, en passant. Le cinéma est dénigré. Il doit laisser la place à la télévision qui reçoit un hommage appuyé. On trouve des piques amusantes envers des confrères célèbres et vivants, une célébration du Picasso de 88 ans qui a peint L’étreinte. Au passage, la peinture américaine, autrefois défendue par la revue Tel Quel, est déclarée nulle (« ils ne savent pas dessiner »). La bonne surprise espérée ne s’est pas présentée. Ce n’est pas grave.

mardi 30 décembre 2025

Proximité

 

Bien que vécues avec un tempérament différent, j’ai beaucoup de choses en commun avec Cécile Guilbert : l’amour de la lecture envisagée comme activité magique indispensable à la survie de l’esprit ; le goût des stupéfiants et surtout, la compagnie des écrivains qui ont écrit sur leurs expérimentations (Michaux, De Qincey, Baudelaire, Burroughs) ; l’Inde comme destination radicale dont on ne se remet pas (un seul voyage pour moi) ; la curiosité pour les pensées orientales. En revanche, je n'ai pas connu cette proximité avec la mort, qui occupe une place prépondérante dans ces souvenirs. Et je n'ai pas connu à ce jour l'éveil au pied d'un gourou. 


samedi 27 décembre 2025

Théorie de l'esprit

 

La théorie selon laquelle l'esprit circule entre les cerveaux par l'intermédiaire de signes déposés dans des dispositifs technosymboliques peut sembler un peu abstraite à prmière vue. Pour prendre un exemple, je suis en train de communiquer intimement avec l'esprit de Cécile Guilbert par l'intermédiaire d'un fichier epub que je lis sur la plateforme android de mon téléphone. Et je constate que je me sens très proche de l'esprit de cette femme charmante et brillante. Tellement que je me dis que si j'avais l'occasion de la connaitre dans les années 80, je serais probablement tombé amoureux. En fait je le suis maintenant lorsque je lis certains passages qui m'évoque les tourments et les joies que mon esprit a pu expérimenter.

samedi 20 décembre 2025

Futurs souvenirs


 

Ces journées d’hiver, les dernières de l’année 2025, j'y repenserai peut-être un jour avec une forme de nostalgie légère. Des journées grises, faiblement éclairées par un soleil invisible ; beaucoup d’eau, d’humidité ; de tous côtés, des informations désolantes. Et pourtant, journées précieuses, « belles journées » de lecture, de songerie et de promenades nocturnes dans la ville illuminée où l'on n'entend pas de bruits de guerre. Je mesure notre chance.

mardi 9 décembre 2025

Sur la religion

 


"La religion était une imposture qu'il avait démasquée très tôt dans sa vie ; elles lui déplaisaient toutes ; il jugeait leur folklore superstitieux, absurde, infantile : il avait horreur de l'immaturité crasse qui les caractérisait, avec leur vocabulaire infantilisant, leur suffisance morale, et leurs ouailles, ces croyants avides." 

Philip Roth, Un homme