lundi 9 février 2026
Entretenir soigneusement sa paranoïa
samedi 31 janvier 2026
Une forme de folie
On ne va pas faire les difficiles. Le Tout de Dave Eggers ne peut pas à la fois proposer une critique dévastatrice de l’emprise opérée sur les cerveaux par les géants de la TECH (devenus trumpistes entre temps) et être en plus un grand écrivain. Il y a des longueurs, et pas du tout de style. Le roman se lit quand même agréablement, un peu comme on regarde une bonne série. Les meilleurs passages sont ceux qui ne relèvent presque pas de la science-fiction mais décrivent ce qui est déjà là, comme dans cette lettre qu'une prof de l'université adresse à l'héroïne pour la supplier de quitter cet emploi. Extrait :
"Une étudiante m'a raconte récemment qu'elle avait écrit mille deux cent six messages au cours des dernières vingt-quatre heures. Elle communique quotidiennement avec au moins quarante-neuf personnes. C'est manifestement une forme de folie, de monomanie. Pourtant, ce niveau de contact et de disponibilité est considéré comme une condition préalable pour prendre part à la société."
samedi 24 janvier 2026
Lecture (suite)
Extrait :
"En prévision d'intégrer le Tout, Delaney utilisait AideMoi depuis quelques années. C'était une application relativement basique qui centralisait tous vos pense-bêtes, calendriers, anniversaires, rendez-vous et même vos objectifs alimentaires. Les annonceurs adoraient. Un utilisateur programmait son désir de manger une salade protéinée une fois par jour et ce désir était vendu aux vendeurs de salades protéinées. L'application était d'une simplicité désarmante, elle fonctionnait avec tout le monde et rapportait des milliards au Tout."
Dave Eggers, Le Tout
vendredi 23 janvier 2026
Lecture
Pendant que Crazy Donald fait
le show, les milliardaires de la Tech continuent à œuvrer en toute
discrétion dans le but d’accroitre leur emprise sur les cerveaux et d’influencer
les conduites des utilisateurs. Ils n’agissent pas, comme ils le prétendent, pour améliorer les
conditions de vie de leurs clients mais simplement pour augmenter
leur pouvoir et leur profit en utilisant tous les moyens technologiques disponibles. L’écrivain Dave Eggers a imaginé dans un futur
proche une énorme entreprise née de la concentration de tous les réseaux sociaux et de
la vente en ligne qu'il a intitulée le Tout. L’héroïne du roman est en guerre
contre la domestication numérique des individus. Elle n’accepte pas le renoncement massif à la
liberté qu'elle observe autour d'elle (en France, on parlerait de servitude volontaire). Pour mener sa
mission de sabotage, Delaney, c’est son nom, se fait embaucher avec l'intention de détruire le système de l’intérieur.
J’en suis au début. Elle vient de franchir le premier barrage de l’entretien d’embauche
mais la partie de jeu du chat et de la souris ne fait que commencer.
lundi 12 janvier 2026
Lire Modiano
Au moment de reprendre la lecture d'un roman de Modiano, j'ai comme un coup de mou. La motivation est faible. Mais comme je n'aime pas abandonner un livre en cours, je l'ouvre et à chaque fois, je suis pris sans comprendre comment. Il ne se passe pas grand chose, l'action est limitée ; les dialogues se limitent à des banalités, pas de grandes tirades philosophiques. Le style est plat, transparent, inexistant. Et pourtant, dans cette fadeur apparente, cette neutralité monotone, se cache un écrivain qui maîtrise parfaitement ses effets à la manière d'un hypnotiseur faisant disparaitre les frontières entre veille, sommeil, rêves et souvenirs.
samedi 10 janvier 2026
Les machines et les humains
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| Moebius |
jeudi 8 janvier 2026
Lu
Le dernier livre de notre Philippe Sollers. Je dis « notre » parce qu'il représente l’incarnation de l’esprit français, quelle que soit la définition qu’on veuille lui donner. J’avoue l’avoir peu lu et presque toujours en tant que critique. Publication posthume, La deuxième vie se présente comme un curieux objet littéraire. Julia Kristeva encadre le texte, assez court, d'une préface et d’une explication de texte détaillée. Pourquoi pas. Elle a tout lu et a pris des notes. Que représentait pour l'écrivain cette deuxième vie ? Ce n’est pas clair. La métaphore semble évoquer ce qui se passe après la mort. Le texte fonce à toute allure, encore plus vite que d'habitude ; tout est effleuré, à peine évoqué, en passant. Le cinéma est dénigré. Il doit laisser la place à la télévision qui reçoit un hommage appuyé. On trouve des piques amusantes envers des confrères célèbres et vivants, une célébration du Picasso de 88 ans qui a peint L’étreinte. Au passage, la peinture américaine, autrefois défendue par la revue Tel Quel, est déclarée nulle (« ils ne savent pas dessiner »). La bonne surprise espérée ne s’est pas présentée. Ce n’est pas grave.
mardi 30 décembre 2025
Proximité
Bien que vécues avec un
tempérament différent, j’ai beaucoup de choses en commun avec Cécile Guilbert :
l’amour de la lecture envisagée comme activité magique indispensable à la
survie de l’esprit ; le goût des stupéfiants et surtout, la compagnie des écrivains
qui ont écrit sur leurs expérimentations (Michaux, De Qincey, Baudelaire,
Burroughs) ; l’Inde comme destination radicale dont on ne se remet pas (un seul voyage pour moi) ;
la curiosité pour les pensées orientales. En revanche, je n'ai pas connu cette proximité avec la mort, qui occupe une place
prépondérante dans ces souvenirs. Et je n'ai pas connu à ce jour l'éveil au pied d'un gourou.
samedi 27 décembre 2025
Théorie de l'esprit
samedi 20 décembre 2025
Futurs souvenirs
Ces journées d’hiver, les dernières de l’année 2025, j'y repenserai peut-être un jour avec une forme de nostalgie légère. Des journées grises, faiblement éclairées par un
soleil invisible ; beaucoup d’eau, d’humidité ; de tous côtés, des
informations désolantes. Et pourtant, journées précieuses, « belles journées » de lecture, de songerie et de promenades nocturnes dans la ville illuminée où l'on n'entend pas de bruits de guerre. Je mesure notre chance.
mardi 9 décembre 2025
Sur la religion
"La religion était une imposture qu'il avait démasquée très tôt dans sa vie ; elles lui déplaisaient toutes ; il jugeait leur folklore superstitieux, absurde, infantile : il avait horreur de l'immaturité crasse qui les caractérisait, avec leur vocabulaire infantilisant, leur suffisance morale, et leurs ouailles, ces croyants avides."
Philip Roth, Un homme
samedi 29 novembre 2025
Ici
la journée s’est écoulée
sans évènement marquant
courses au supermarché
un peu de lecture
promenade
des travaux dans la rue
m’obligent à prendre un trajet
qui longe le cimetière
particulièrement désolé
avec les tilleuls dénudés
et le mur humide
une bonne manière
d’apprécier sa chance
même si un vent mauvais
vous fait grelotter
vendredi 31 octobre 2025
Lire en écoutant la pluie
mardi 28 octobre 2025
Montaigne et moi
J’étais un peu
impressionné ; je restais à l’extérieur, comme derrière une vitrine. Je me
demandais si je comprenais. Après vérification, je conclue que je peux me fier
à mes intuitions. Il en ressort un penseur très libre et largement en avance
sur son temps où on s’étripait pour des convictions religieuses (ce qui
explique qu’il avance ses idées avec prudence). Le texte intitulé
« Apologie de Raymond Sebond » est un bon exemple. Il s’agit en fait
de ce qu’on appellerait une déconstruction des arguments de cet auteur qui
essaie de prouver l’existence de Dieu en décrivant la parfaite réussite qu’est
l’homme, supérieure aux animaux et au reste de la création. Montaigne
développe, en s’appuyant sur des citations d’auteurs de l’Antiquité, l’idée que
les animaux n’ont rien à nous envier. Ils disposent du langage, même si celui-ci
nous échappe ; ils ont des sentiments nobles, sont capables d’actes
héroïques, de compassion, etc. Pour Montaigne, le sentiment de supériorité de l’homme
sur l’animal n’est pas seulement une erreur. C’est une faute morale causée par
une fierté mal placée et injustifiée. Cinq siècles plus tard, la situation n’a
pas évolué (cf. le massacre des animaux destinés à la boucherie).
mardi 7 octobre 2025
Pas le temps de m'occuper du gouvernement
lundi 29 septembre 2025
Journal de Matthieu Galey (suite)
Journal de Matthieu Galey (suite). Toujours bien écrit, vif,
rarement ennuyeux. Les scènes décrites et les portraits nous transportent dans
un monde dépaysant et politiquement agité au tournant des années 60. Les échos
de la guerre d’Algérie se font entendre. Un soir, au cours d’un dîner
littéraire, les débats virent à l’affrontement
entre invités de gauche et de droite. Conclusion : « Les opinions politiques
des littérateurs sont toujours déraisonnables, plus esthétiques ou morales que
fondées. Pour quel motif logique un écrivain gagne-petit se ferait-il le
champion des possédants ? Poésie pure... »
jeudi 4 septembre 2025
RENTREE GRADUELLE
Je somnolais sur mon fauteuil
favori
toujours aussi fatigué
épuisé est le terme exact
j’ai beaucoup maigri
ça me va bien
mon IMC est à un poil
de basculer dans le sous-poids
mais le score affice « normal »
il y a des stylos un peu partout
dans la maison
mais tous sont HS
j’ai fini par en trouver un
en état de marche
c’est bon signe
j’ai commencé Les Détectives
sauvages
j’en attendais un peu trop
je m’ennuie un peu
mais je vais continuer
cela ne demande aucun effort
exactement ce qu’il me faut
mercredi 3 septembre 2025
Version originale
J’ai retrouvé le passage dans La Presqu’île. C’est beaucoup mieux par
Julien Gracq.
« La fin de journée va être belle », pensa Simon. Il se mit à
siffloter, puis alluma une cigarette. Il abaissa la glacede la portière :
un vent vif et battant, hilare, sauta dans la voiture et sembla la délester.
Aussi brusquement qu’on ressent la faim, l’envie d’être déjà à Kergrit bondit
en lui ; jamais fin de journée tardivement visitée par le soleil qui n’eût
ét pour lui comme une promesse mystérieuse. « Ce sera l’heure du bain,
pensa-t-il : la marée monte », et des images exultantes et claires se
pressèrent dans son esprit en foule.
vendredi 29 août 2025
Comme un torrent
Je viens de terminer la lecture du roman de Bohumil Hrabal Une trop bruyante solitude qui m’a laissé un peu sonné. On peut dire que c’est une lecture d’homme, du corsé qui vous arrache à votre confort habituel de lecteur pour vous entrainer sans une seule pause dans un puissant torrent verbal, un monologue exalté, plus ou moins halluciné, qui se poursuit sans faiblir jusqu'au point final. La prose de Bohumil Hrabal brasse très large, des égouts souterrains au ciel étoilé de Kant. On n’oubliera pas rapidement Hanta et sa presse mécanique, les tonnes de livres au milieu desquels il vit et travaille, les ouvrages qu’il sauve du pilon, les deux petites tziganes emmenées par les nazis et le reste. Quand j'écris, j’interromps rapidement. En plus, j’efface beaucoup. C’est pourquoi, probablement, j’ai aimé plonger et me laisser prendre par ce courant qui ne connait jamais de baisse de régime.
samedi 23 août 2025
Lire aux toilettes
de la glace pour les aigles
Je me rappelle sans cesse les chevaux
sous la lune
je me rappelle lorsque je donnais du sucre
comme de la glace,
et ils avaient des têtes comme
des têtes
chauves d'aigles qui auraient pu mordre mais
n'en faisaient rien
Les chevaux étaient plus réels que
mon père
plus réels que Dieu
et ils auraient pu m'écraser les
pieds mais ils n'en ont rien fait
ils auraient pu faire toutes sortes d'horreurs
mais ils n'en ont rien fait.
J'avais presque 5 ans
mais je n'ai pas oublié ;
Ô mon dieu ils étaient forts et bons
Leurs grands coups de langue rouge
et baveuse venus de l'âme.
Charles Bukowski, Les jours s'en vont comme des chevaux sauvages dans les collines



















