G-0C9MFWP390 Le Carnet de Joe Legloseur: Cioran
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jeudi 2 juillet 2026

Coup de chance


 

Cioran regrettait d’avoir eu des parents respectables qu’il n’avait pas pu haïr. J’ai eu cette chance. J’ai longtemps détesté la famille où le hasard m’avait fait atterrir. Puis, ayant mis la plus grande distance possible entre eux et moi, la colère s’est un peu apaisée pour laisser place à un vague mépris. Maintenant qu’ils ont cessé d’exister, je commence à avoir pitié d’eux et de leur allergie viscérale envers toute forme d’élévation.

jeudi 11 juin 2026

Contre la lecture


 

Cioran : « Lire, c’est laisser un autre peiner pour vous. La forme la plus délicate d’exploitation. » (Copié avec la photo de la page sous les yeux car depuis que j’ai lu ce qu’il pensait de ceux qui citent de mémoire je n’ose plus avoir recours à cette facilité.) 

On pense aux éloges accompagnés de larmes qui entourent la disparition de la lecture. Comment peut-on à ce point idéaliser une pratique asociale reposant sur la paresse intellectuelle ?

mardi 2 juin 2026

Un peu de féminisme


 "Si je préfère les femmes aux hommes, c'est parce qu'elles ont sur eux l'avantage d'être plus déséquilibrées, donc plus compliquées, plus perspicaces et plus cyniques, sans compter cette supériorité mystérieuse que confère un esclavage millénaire"

Cioran, Aveux et anathèmes

jeudi 28 mai 2026

Cioran sur Fitzgerald

 


Cioran s'intéresse à The Crackup (La Fêlure), seul livre de l'écrivain américain susceptible de retenir son attention. 

"Son style désinvolte nous laisse entrevoir ce qu'on pourrait appeler le charme de la vie brisée. J'ajouterais même que l'on est "moderne" dans la mesure où l'on est sensible à ce charme. Réaction de désabusés, sans doute, d'individus qui, incapables de recourir à un arrière-plan métaphysique ou à une forme de transcendance de salut, s'attachent à leurs maux avec complaisance, comme à des défaites acceptées. Le désabusement est l'équilibre du vaincu. Et c'est en vaincu que Fitzgerald, après avoir conçu les vérités impitoyables du Crack-up, se rend à Hollywood pour y chercher le succès, - toujours le succès, auquel, d'ailleurs, il ne pouvait plus croire. Au bout d'une expérience pascalienne, écrire des scénarios"

lundi 25 mai 2026

Inspiration


 Assis dans un fauteuil avec des livres sur la table basse et de la musique soigneusement choisie, j'attends l'inspiration ou simplement une envie d'écrire. J'ouvre Cioran, son dernier recueil (Aveux et anathèmes) et mes yeux se posent sur un texte où il est question d'une "aridité grandiose". Je referme le livre et commence à écrire ces lignes. Cette panne langagière se sera avérée doublement productive. 
A noter : alors que j'hésitais à me replonger dans la prose cioranesque, je découvre une proximité nouvelle avec l'écrivain. Chez lui, je ne vois plus aucune pose.  

vendredi 8 mai 2026

Fictions




"Tout le monde se trompe, tout le monde vit dans l'illusion. On peut admettre au mieux une échelle des fictions, une hiérarchie des irréalités, donner la préférence à telle plutôt qu'à telle autre, mais opter, non, décidément non." 

Cioran, Ecartèlement

lundi 27 avril 2026

Irréalité

Bill Térébenthine

"La plénitude comme extrémité du bonheur n'est possible que dans les instants où l'on prend conscience en profondeur de l'irréalité et de la vie et de la mort. Ces instants sont rares en tant qu'expériences, bien qu'ils puissent être fréquents dans l'ordre de la réflexion. En ce domaine, n'existe que ce qu'on sent. Or, l'irréalité sentie et cependant transcendée à l'intérieur d'un même acte, est une performance qui rivalise avec l'extase et parfois l'éclipse."

Cioran, Ebauches de vertige

mercredi 15 avril 2026

Surprise


 Suivre, même de loin, une fin de vie, vous fait pleinement ressentir le poids de néant que représente une existence humaine. « Tout ça pour ça ? », ne peut-on s’empêcher de penser. Pris d’un vertige métaphysique auquel je ne suis pas accoutumé, j’ai tendu machinalement la main vers un rayon de la bibliothèque en direction d’un livre de Cioran, pensant y trouver quelques aphorismes mettant en forme ce vide qui s’abattait soudain sur moi. Or, je n’ai rien trouvé de semblable. A la place du sceptique prônant le doute radical, je suis tombé sur une autre facette, celle du « mystique contrarié » qui écrit : « Plotin n’a connu que quatre extases ; Ramana Maharshi une seule. Qu’importe le nombre ! S’il faut plaindre quelqu’un, c’est celui qui n’en a jamais pressenti aucune, et qui en parle par ouï-dire. » Etonnant, non ?