Nicolas Rainaud, Not Dark Yet
lundi 12 octobre 2026
Les mots et les sons
jeudi 8 octobre 2026
Annotations
Je ne sais pas d’où vient cette édition
de poche du Livre second des Essais. Il porte au dos une étiquette « Gibert
jeune occasion ». Le livre est solide bien que très usagé. En revanche, un
lecteur a annoté certains passages de l’apologie de Raymond Sebond, ce qui n'en facilite pas la lecture. Il a entrepris de restructurer les textes en
numérotant des sous-paragraphes et en ajoutant des commentaires dans les
marges. Ceux-ci étant illisibles, ils n’apportent rien d’autre que de la
confusion visuelle. Mais ce n’est qu’un mauvais moment à passer. La
fin du livre semble intacte.
jeudi 10 septembre 2026
En exclusivité
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| Illustration : Bill Térébenthine |
« Un imposteur, un fumiste,
conscient de l’être, donc spectateur de soi-même, est nécessairement plus
avancé dans la connaissance qu’un esprit posé, plein de mérites, et tout d’un
pièce. » Cioran, L’Inconvénient
d’être né
Avec Cioran, on pèse chaque mot.
Condensation maximum, telle est sa devise (qu’il jugeait paralysante mais il ne
savait pas faire autrement). Il faut donc déplier un peu et tirer quelques
développements. Peut-être de quoi occuper un livre entier : ce livre,
précisément. Je me demande si l’auteur de cette réflexion a bien mesuré tout ce
qu’elle entrainait comme renversement
radical des valeurs en vigueur. Pour lui, ce n’était qu’un bâton de dynamite
parmi d’autres. Mais pour ceux qui subissent le dédoublement de l’imposteur en étant
conscients de ce qui se passe en eux, c’est un énorme soulagement. Ce
qu’ils ont vécu toute leur vie comme un handicap, une incapacité, une absence de "compétences sociales" s’avère, aux yeux d’un des penseurs du vingtième siècle, un signe d’excellence dans la connaissance. Il est peut-être temps de tout reconsidérer.
Vous êtes un fumiste (extrait)
samedi 29 août 2026
Résolution nocturne
Cela me revient : cette
nuit, pendant la séquence insomnie, j’ai pensé qu’il fallait écrire un
livre, un vrai, et pas me contenter des notes décousues du Carnet. Très bien, me suis-je dis comme si je répondais à une sorte
d’autorité supérieure. Mais il y a un petit problème à régler. Pour écrire un
livre il faut un sujet, même vague ; or, je n’en ai aucun. Cela a toujours
été ma limite : je n’ai aucun message à délivrer. Ecrire pour faire advenir
quelque chose qui ne peut apparaitre autrement que dans le processus
d’écriture ? Là oui, il y a peut-être une piste. Reste à mettre en place
un rituel, des horaires réguliers, le tout suivi avec assiduité. Bref, le plus
dur reste à faire.
samedi 18 juillet 2026
Un peu de fraicheur
samedi 11 juillet 2026
L'art du conteur
Certains écrivains procurent une
forme de plaisir particulier. Nous apprécions leurs connections neuronales,
leur manière de créer des fictions en jouant sur le trouble concernant la
réalité tout en s’appuyant sur une érudition ludique. Antonio Tabucchi
appartient à cette catégorie. Je suis en train de lire le recueil de nouvelles
intitulé Les Volatiles de Fra Angelico.
J’ai suivi le conseil de Tororo Shiru et je ne le regrette pas.
vendredi 3 juillet 2026
Jeu d'été
mercredi 1 juillet 2026
Décoloré
J’ai retrouvé les poèmes
d’Alvaro de Campos
ils n’étaient pas loin
dans la bibliothèque
la couverture est en partie
décolorée par le soleil
je me souviens nettement
avoir longtemps tourné autour
je le prenais et le feuilletais
à chaque fois que je passais
dans la librairie la Hune
j'hésitais à cause du prix
vingt cinq ans plus tard
je suis bien content
d'avoir fait cette folie
et de l’avoir avec moi
vendredi 26 juin 2026
En passant
jeudi 25 juin 2026
Vol
Je revois passer un instant
Le papillon blanc
Qui met du mouvement
Dans le jardin immobile
vendredi 29 mai 2026
songe-creux
Le « déploiement
phénoménal » : exemple d’expression qui déclenche chez moi un
état spécial. Modification de la perception, simple illusion ou rêverie d’un
songe-creux ? Difficile à dire. Cette petite secousse de l’esprit ne
s’apparente certainement en rien à ce que Dōgen désigne par le terme
« Eveil » mais, à défaut de grandes illuminations, nous nous
contenterons de ces petites manifestions obtenues par inadvertance.
mercredi 20 mai 2026
Ecriture rock
— J’ai relu quelques pages d’Yves
Adrien.
— Et alors ?
— Alors presque rien. Le lecteur
doit faire appel à toutes ses connaissances pour combler les vides, les
sous-entendus. C'est souvent brillant mais fatiguant. On assiste au défilé de tous les héros de notre jeunesse. Une
vague excitation se rallume à l’évocation de Dylan, de Mick et
Keith période Marianne et Anita, ce genre de choses. Tous ces rêves entretenus par des rock critics plus ou moins inspirés.
Yves Adrien était l'un des meilleurs, c'est une évidence. Mais les rêves ont vieilli, comme nous
et comme nos héros qui sont morts, ont fait fortune ou ont pris leur retraite.
— Oui, mais il y a le personnage légendaire, ses doubles, ses disparitions mystérieuses.
— C'est vrai. Cedric Bru raconte très bien tout ça. Et je me suis toujours intéressé à ceux qui ont choisi la disparition volontaire à un moment ou à un autre de leur trajectoire. Mais pour ce qui est de réveiller l’énergie juvénile, je préfère encore écouter Buddy Holly ou les Ronettes. C’est plus efficace
mardi 19 mai 2026
Sentimental
mardi 28 avril 2026
Le grésillement du blues
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| Robert Crumb |
vendredi 27 février 2026
L'art du portrait
lundi 9 février 2026
Entretenir soigneusement sa paranoïa
lundi 12 janvier 2026
Lire Modiano
Au moment de reprendre la lecture d'un roman de Modiano, j'ai comme un coup de mou. La motivation est faible. Mais comme je n'aime pas abandonner un livre en cours, je l'ouvre et à chaque fois, je suis pris sans comprendre comment. Il ne se passe pas grand chose, l'action est limitée ; les dialogues se limitent à des banalités, pas de grandes tirades philosophiques. Le style est plat, transparent, inexistant. Et pourtant, dans cette fadeur apparente, cette neutralité monotone, se cache un écrivain qui maîtrise parfaitement ses effets à la manière d'un hypnotiseur faisant disparaitre les frontières entre veille, sommeil, rêves et souvenirs.
jeudi 8 janvier 2026
Lu
Le dernier livre de notre Philippe Sollers. Je dis « notre » parce qu'il représente l’incarnation de l’esprit français, quelle que soit la définition qu’on veuille lui donner. J’avoue l’avoir peu lu et presque toujours en tant que critique. Publication posthume, La deuxième vie se présente comme un curieux objet littéraire. Julia Kristeva encadre le texte, assez court, d'une préface et d’une explication de texte détaillée. Pourquoi pas. Elle a tout lu et a pris des notes. Que représentait pour l'écrivain cette deuxième vie ? Ce n’est pas clair. La métaphore semble évoquer ce qui se passe après la mort. Le texte fonce à toute allure, encore plus vite que d'habitude ; tout est effleuré, à peine évoqué, en passant. Le cinéma est dénigré. Il doit laisser la place à la télévision qui reçoit un hommage appuyé. On trouve des piques amusantes envers des confrères célèbres et vivants, une célébration du Picasso de 88 ans qui a peint L’étreinte. Au passage, la peinture américaine, autrefois défendue par la revue Tel Quel, est déclarée nulle (« ils ne savent pas dessiner »). La bonne surprise espérée ne s’est pas présentée. Ce n’est pas grave.
lundi 29 décembre 2025
Un terrain de jeu
"Certains êtres reconnaissent instinctivement, d'emblée, que l'existence est un terrain de jeu aussi merveilleux que dangereux, un champ de "forces spirituelles" où rien n'est futile ni anodin. Mes rencontres, les gens, les conversations, les livres, que vous favorisez ou dénigrez, votre climat mental, l'horizon de vos désirs, l'amour ou le désamour qui vous cernent, la puissance ou l'impuissance qui en résultent : tout est décisif."
Cécile Guilbert, Feux sacrés
samedi 27 décembre 2025
Théorie de l'esprit


















