Dans la cour de récré, j’étais
100 % Stones. Je n'écoutais pas les disques des Beatles ; ils n'ont débarqué chez moi que dans les
années 80, amenés par ma compagne qui les avait tous dans ses bagages. Quand je me penchais sur leurs enregistrements, je préférais souvent les titres les plus lennoniens. En
revanche, les albums solos de l’ex-Beatles à lunettes ont plutôt mal vieilli, entre engagement politique simpliste et niaiseries peace and love. Plus grave : aucun n'est audibles intégralement. Il existe
cependant une exception, un chef-d’œuvre intégral d'une incroyable force (comme par hasard, il est sous représenté dans les compilations supervisées par la veuve). Je veux parler de l’album de reprises sorti en 1975
fort justement intitulé Rock n’ Roll. Celui-là, je ne m’en lasserai jamais.
vendredi 17 juillet 2026
John pour toujours
mercredi 15 octobre 2025
Pause
— Comment ça va ? Je me
traine un peu. Ce n’est pas la grande forme mais je suis certain d’avoir connu
pire.
— J’avais remarqué que ça
n’allait pas fort ces derniers temps.
— Ah oui ? Et à quoi tu vois
ça ?
— Quand tu ressors tes disques du
collège, ça ne trompe pas.
— Le pire c’est que j’en suis
conscient au moment où je le fais. C’est de la régression pure et dure mais qu’est-ce que ça fait du bien.
— Je crois que chaque génération a son
remontant musical gravé dans le cerveau au moment de l'adolescence. L’essentiel c’est que cela fasse son effet.
— Oui, mais je n’ai pas trop envie
de rester bloqué là. D’ailleurs, je ne suis pas du tout nostalgique de cette époque. La province française au
début des années 70, c’était bien lourd.
— Tu crois que c’est
différent maintenant ?
— Je ne sais pas. J’ai fuis
l’endroit où j’ai grandi et je n’y suis jamais retourné. Je pense que ça n’a
pas beaucoup changé. D'après ce qu'on peut voir sur Street View, c'est encore plus laid et franchement sinistre.
— Dans les rues, le décor ne
change pas beaucoup, en effet. Mais les jeunes n’y sont pas. Ils sont sur les réseaux sociaux.
— Et oui, les choses ont changé comme dit l'autre.
vendredi 15 août 2025
Pour l'éternité
Comment oses-tu parler du rock
toi hein
Toi qui n’as pas connu la sortie
de Sticky Fingers
De Led Zeppelin IV et de Who’s
Next
D’Exile On Main Street, de Never
A Dull Moment
D’Electric Warrior et de Ziggy
Stardust
De Transformer, de Blood On
The Tracks
D’Alladin Sane et de Horses
De Marquee Moon et de Cabretta
jeudi 7 août 2025
Such A Night
Il est 22 :32, comme dit
l’horloge de l’ordinateur. Pas de grandes réflexions sur le cours des choses
pour aujourd’hui. J’ai un projet de chanson avec des rimes en « ic »
comme ironique, flic, y’a un hic, il a un tic, de mystique, fanatique,
climato-sceptique. J’écoute un bootleg de Dr Johns enregistré dans un petit
club en 1978. La musique, la voix de Dr John, le son du groupe :
tout est raccord avec cette soirée un peu moite.
mardi 24 juin 2025
PARLER AVEC LES ARBRES
J’écoute le dernier Neil Young
c’est un bon disque
un de plus
peu importe qu’il ne nous
surprenne plus
depuis longtemps
ce que Dylan parvient à faire à
sa façon
l’important, c’est qu’il soit là
presque intact
comme Joan, Bruce
et quelques autres survivants
tant qu’ils seront là
nous aurons moins l’impression
qu’un film se déroule en arrière
et en vitesse accélérée
effaçant tout ce qui a précédé
pour restaurer ce qu’il y a eu de
pire
le vieux Neil est là
il tient bon
lundi 26 mai 2025
Questionnaire
(J’ai recopié des questions posées par le Point à Antoine De Caunes.)
Quel est le premier livre qui vous a marqué ?
On achève bien les chevaux d’Horace McCoy. Je l'ai toujours. Le livre trainait dans
la chambre de ma grande sœur. Je me suis toujours demandé pourquoi vu qu’elle
ne lisait pratiquement rien à part Salut
les Copains.
La première séance de cinéma dont vous vous souvenez ?
Bonnie and Clyde au cinéma du village. C’était un évènement. Il y
avait plein de voitures garées le long de la route, la salle était bondée. Une
ambiance inoubliable et un film que je revois souvent.
Votre premier disque vinyle ou cassette ?
Format 45 tours : Love Like A Man de Ten Years After
acheté à un grand du collège qui revendait ses disques.
Format 33 tours : Sticky Fingers. Un choc (et pas
seulement à cause de la pochette de Warhol)
Votre série télé d'enfance ?
Belle et Sébastien
Aviez-vous des posters dans votre chambre ?
Plein, pour dissimuler le papier
peint à fleurs. Mais je ne me souviens que d’un : l’affiche des Who
« Maximum rythm & blues » qui était offerte dans la pochette de l’album
Live At Leeds.
Vous vous occupiez comment, ado ?
Ecouter des disques, lire la
presse musicale, rêvasser.
Vous écoutiez quoi ?
Les Who et les Stones, beaucoup.
Et pas du tout les Beatles.
Un roman récent qui vous a marqué ?
Tiens ! C’est le même que De Caunes. J'écris l'Iliade, de Pierre Michon
jeudi 24 avril 2025
1975 (suite)
Blood On The Tracks est unanimement considéré comme son meilleur album de la décennie. Il m’impressionnait beaucoup quand je l’écoutais dans ma chambre de lycéen. J’appréciais la musique, le chant habité, mais les thèmes abordés me passaient largement au-dessus. C’est quoi cette histoire de souffrance amoureuse ? Les vaines tentatives pour retenir celle qui s’éloigne en vous laissant « with a pain that stops and starts» (You’re A Big Girl Now), cela ne m’évoquait de précis. Maintenant, lorsque j’écoute ces chansons, je me laisse vaguement aller avec complaisance à revivre des ruptures passées, des déchirements sublimés par l’art du songwriter.
jeudi 13 mars 2025
50 ans après
J’aimerais écrire sur l’année 1975. L’idée de le faire un demi-siècle plus tard me plait bien mais c’est loin. Au moment de m’y mettre, je réalise que les images sont floues. Jusqu’à l’été, il ne s’est rien passé de marquant. J’allais au lycée et j’écoutais religieusement mes disques. De mémoire, Blood on the Tracks, Tonight’s the Night, Y’a une route. Je parle de ceux qui venaient de sortir, dont j’avais lu une critique suffisamment excitante pour donner envie de l'acheter. Il y en a plein que j’ai ratés par manque d’argent de poche et que j’ai découverts beaucoup plus tard comme Coney Island Baby ou Young Americans. A part la musique, la lecture de Charlie Hebdo, il me semble qu’il ne se passait pas grand-chose de marquant.
samedi 11 janvier 2025
Dans la liste des disques qui
rendent heureux, ne pas omettre THE KINK KONTROVERSY que je viens de réécouter sur
un CD acheté au début des années 90. C’était avant les versions remastérisées,
le son est pourri et cela convient parfaitement à ces titres qui alternent rock
primitif et ballades ébréchées. Le premier titre représente l’idéal de ce que
je rêvais d’atteindre lorsque je songeais monter un groupe de blues garage.
Toutes les chansons suivantes sont parfaites (mélodies qui donnent envie de
fredonner, textes plein de sensibilité grinçante). On partage le sentiment
d’euphorie de Ray Davies réalisant qu’il est en mesure d’écrire des bijoux
comme When I see that girl of mine ou
I’m on an Island. La mélancolie qui
se glisse dans des titres comme Where
have all the good times gone laisse entrevoir le filon que le grand Ray
explorera dans le futur. Bref, tout est bon, pas une seconde à jeter.








