La guitare de Robertson, limpide, répond d'entrée de jeu au chant épuré de Dylan. Bientôt le piano et l'orgue prendront le relais dans ce gospel lent, mâtiné de country, et qui fait sans aucun doute partie des deux ou trois chansons les plus ambitieuses de toutes les Basement Tapes. "And ifs that old sign on the cross/That worries me" A la première écoute, il n'est pas impossible que le chant sonne maniéré, le rythme poussif et le morceau en lui-même un peu trop sérieux. Mais dès que l'on se laisse prendre par ce tempo traînant, "Sign On The Cross" revient en tête comme un fantôme. La voix désinvolte ajoute une touche d'ambiguîté à cet équilibre musical fragile et beau. De façon plus orchestrale et systématique, les Rolling Stones parviendront à capter l'essence de cette musique sur Exile On Main Street... cinq ans plus tard.
Nicolas Rainaud, Not Dark Yet