G-0C9MFWP390 Le Carnet de Joe Legloseur: juillet 2026

vendredi 31 juillet 2026

Cendrier

Depardieu dans Saved

 
Dans le journal de Matthieu Galey, cette anecdote :

"La violence qui est en Depardieu se manifestait sans cesse dans son jeu. Ainsi, aux répétitions, il casse un jour le cendrier qui se trouvait sur la table, du plat de la main, comme ça, pour le plaisir. "Excellent, dit Régy, il faut garder ça !" Le régisseur propose de fabriquer un cendrier en sucre pour le lendemain, mais Depardieu n'a rien voulu entendre : il lui fallait de la vrair faïence ! Pendant deux mois, il a joué Saved en s'ouvrant la paume chaque soir, tout dégoulinant de sang. Cabotin et martyr, jusqu'au stigmates."

jeudi 30 juillet 2026

Eloge du désabusement


 "On peut avancer longtemps dans la vie sans y vieillir. Le progrès, dans l'âge mûr, consiste à revenir sur ses pas, et à voir où l'on fut trompé. Le désabusement, dans la vieillesse, est une grande découverte."

Joseph Joubert

mercredi 29 juillet 2026

Deep Soul


 

La voix de Sam Cooke figure tout en haut de la liste des remèdes qui exercent un effet bénéfique sur mes nerfs fatigués. Je crois que je vais en abuser en cette soirée orageuse sans orage. Une définition possible de l’enfer : un monde où la Soul n’existerait pas. Peter Guralnick raconte le passage du Gospel religieux à une musique profane visant un plus large publique. Sam Cooke a joué un rôle central dans cette révolution douce, tout comme les managers qui ont cru en lui. On apprend plein de choses en lisant Sweet Soul Music (Allia) et surtout, on a envie d'écouter de la Deep Soul en dansant doucement.   

mardi 28 juillet 2026

Entretien au sommet


 

— Bonjour monsieur Lecornu. J’aimerais vous poser quelques questions.

— Pourquoi pas. Mais faites vite, j’ai une réunion interministérielle de crise dans trois minutes.

— Justement. Vous enchainez les réunions de crise (inondations, canicules, incendies) et pourtant, à aucun moment vous n’évoquez le point commun entre ces évènements catastrophiques : le réchauffement climatique.

— ...

— C’est comme si le mot « climat » vous faisait peur. Quant aux mesures à prendre pour contenir et si possible ralentir le réchauffement, on a l’impression que vous en ignorez l’existence. Il doit bien y avoir dans un coin de votre bureau un dossier qui traine avec les préconisations des scientifiques. Par exemple, l’élevage intensif et ses dégagements de méthane est une catastrophe. Vous n’envisagez pas de le réduire ?

— Vous n’y pensez pas. La FNSEA lâcherait sur nous les éleveurs en colère. On se retrouverait avec du fumier et du purin devant l’assemblée. Je ne vous dis pas l’odeur

— Mais cela ne dit pas pourquoi vous faites l’impasse sur la crise climatique qui ne fait que commencer à s’intensifier.

— (A voix basse comme s’il avait peur d’être entendu) Chut. Pouvons-nous éviter le sujet.

— Ne craignez rien, nous sommes entre nous. 

— La vérité c’est que Trump ne supporte pas qu’on évoque le réchauffement climatique en public. C’est l’augmentation des droits de douane assurée en retour le soir-même. Bon, il faut que j’y aille.

— Les réunions de crise n’attendent pas. Bon courage !

lundi 27 juillet 2026

Lecture d'été


 

Traditionnellement, l’été est le moment où on se laisse aller à ses petites habitudes un peu honteuses, tellement agréables lorsqu’on profite du relâchement ambiant. Ici, l’été est associé à la lecture des magazines relatifs à la musique rock. Le circuit de la récompense a tellement carburé à la lecture de cette presse entre 70 et 75 qu'il n’est pas difficile de le réactiver. Je me souviens de vacances en Bretagne. J’avais vu dans une maison de la presse un numéro des Inrockuptibles avec le banane de Warhol en couverture, un numéro consacré en partie au Velvet Underground avec un supplément spécial Factory. Je l’ai retrouvé. Il est daté de juillet/août 1990. Cette année, 36 ans plus tard, c’est un numéro hors-série de Rock & Folk consacré aux Who. J'ai beaucoup aimé ce groupe, presque autant que les Stones, mais cela a duré moins longtemps. Le bilan  que tire papy Pete dans l’édito du magazine est lucide et un peu triste.

« Même si je suis assez bon membre de gang et un bon soldat sur la route, je suis mauvais en collaboration créative. J’aurais été un artiste solo et un producteur bien plus efficace, travaillant comme Brian Eno. Je serais en meilleure forme physique aujourd’hui. Mes genoux, oreilles, poignet droit et épaule fonctionneraient mieux. Tout ça me fait mal aujourd’hui à cause à cause des folies faites en frimant sur scène avec les Who. La voix de Roger a probablement souffert de la même façon, mais il a moins de regrets, je pense. »

 

samedi 25 juillet 2026

Venu du passé


 

Vu pendant la promenade du chien. Devant un bâtiment moderne (bureaux), un homme, la quarantaine, vêtu d’un costume bleu foncé et d’une chemise blanche ouverte, sans cravate. Il se tient debout, l’air détendu, une main dans la poche de son pantalon, tenant de l’autre une cigarette sur laquelle il tire de temps en temps un bouffée qu’il semble savourer. Tout dans cette scène semblait surgir du passé, d’un lointain vingtième siècle : la tenue vestimentaire tranchant avec les casquettes américaines, les t-shirts, les pantacourts mettant en valeur les mollets tatoués et surtout l’absence criante de téléphone consulté de manière compulsive.

vendredi 24 juillet 2026

Revenir


Je veux partir et me trouver,

Je veux revenir en me connaissant,

Comme qui revient chez lui, comme qui recommence à être sociable,

Comme qui est encore aimé dans son ancien village,

Comme qui frôle son enfance morte à chaque pierre du mur,

Et voit s'étendant devant lui la campagne éternelle de jadis

Et la saudade, telle une chanson de maman berçant l'enfant, flotte

Dans cette tragédie que le passé soit du passé


Extrait de « Le passager des heures, Ode sensationniste », Alvaro de Campos


jeudi 23 juillet 2026

Dystopies

« L’impression d’être coincé dans une dystopie ». C’est ainsi qu’un jeune exprimait les angoisses ressenties lors des diverses canicules récentes. Il est vrai que le silence quasi complet des responsables politiques (à l’exception notable du président se félicitant du "gros travail accompli") n’est pas de nature à rassurer. Rien ou presque n’a été anticipé (puisqu'on considérait que les scientifiques du GIEC exagéraient les conséquences du réchauffement). Pire, nous sommes encore très loin des changements nécessaires pour réduire efficacement les émissions de gaz à effet de serre. Mais, comme si cela ne suffisait pas, il y a une autre menace, moins inéluctable mais tout aussi inquiétante : la possibilité que l’IA accède à une forme de conscience. Là aussi, l’inquiétude provient du manque de préparation et de l’absence de projet pour accompagner ce qui serait, comme l’écrit le Guardian, "l’acte le plus lourd de conséquences que notre espèce ait jamais accompli."



 

mercredi 22 juillet 2026

Tourisme immobile

Bill Térébenthine

 

Je ne sais pas s’il s’agit d’une chance ou d’un handicap (ou peut-être d’un symptôme psychiatrique) mais je n’ai pas besoin de faire du tourisme parce que l’endroit où je me trouve me semble dépaysant, étrange et, certains jours, légèrement irréel. J’ai développé cette compétence à l’époque où j’abusais de produits stupéfiants ; maintenant que je mène une vie d’une rigueur monastique, il m’en est resté cette fonction « exotisante » qui me permet d’économiser sur les voyages (et d’éviter de prendre l’avion).

 

mardi 21 juillet 2026

A la poubelle

 


« Un état où il n’y a ni idée ni absence d’idée ». Cette formulation, lue dans une vie de Bouddha, m’a frappé au point de rester gravée dans mon esprit. C’est probablement parce qu’elle résume avec clarté ce que je cherche obscurément à atteindre à chaque fois que je gribouille des mots sur des bouts de papier que je déchire après les avoir mis au propre. Je comprends aussi pourquoi j’ai toujours l’impression d’avoir raté la cible (qui n’existe pas). 


lundi 20 juillet 2026

Interview


 "En permettant l'homme, la nature a commis beaucoup plus qu'une erreur de calcul : un attentat contre elle-même."

Cioran, De l'inconvénient d'être né



— Monsieur Legloseur...

— Vous pouvez m’appeler Joe.

— Joe, que pensez-vous de ceux qui sont prêts à voter pour des hommes ou des femmes politiques qui, après avoir minimisé les dangers du réchauffement climatique, ne proposent rien d’autre qu’un cauchemar climatisé sans aucun projet de DIMINUTION MASSIVE DES EMISSIONS DE CO2 (principal gaz à effet de serre d'origine anthropique sur notre planète) tout en sachant qu’une telle politique implique nécessairement un changement d’orientation global incluant tous les aspects de la vie quotidienne (alimentation, transports, consommation, habitations, etc.) ?

— Qu’ils crèvent de chaleur.

— Merci Joe d’avoir répondu et bonne journée.


samedi 18 juillet 2026

Un peu de fraicheur


La magie, la sensualité et les mystères de l'enfance sont les sujets des nouvelles qui composent le livre de Maurice Pons. Il s'agit de textes de jeunesse, ce qui explique peut-être la précision avec laquele il évoque ces souvenirs - réels ou reconstruits, peu importe. L'ensemble nous replonge dans cet univers parrallèle bien lointain pour nous. Il le fait avec élégance, humour et, c'est appréciable, sans aucune trace de niaiserie. 

Extrait de l'introduction de mon récit préféré où il est question d'une bande à vélo dirigée par une fille qui exerçe un étrange ascendant sur les garçons de son gang. 

"Quand vint le printemps de cette année-là, on s'aperçut qu'il s'était formé une nouvelle bande qui allaiy exciter la curiosité de toutes les autres. Elle n'était composée que de jeunes garçons, ayant à leur tête une seule petite jeune fille. La bande ne circulait qu'à biciclette, en des formations très étudiées, qui lui donnaient un aspect de cohésion et de force incomparable. Il semblait régner sur elle une sorte de mystère intouchable qu'enfermaient les rangées fugitives de vélos, et la jeune fille étrange, chaussée de hautes bottes, cheveux au vent, emmenait à vive allure ses jeunes amis, dévorés d'on ne savait quelle fièvre. Ils gardaient sur leur secret de silence des grands initiés ; à toutes questions ils ne répondaient que par le sourire de la soumission parfaite."

vendredi 17 juillet 2026

John pour toujours


 

Dans la cour de récré, j’étais 100 % Stones. Je n'écoutais pas les disques des Beatles ; ils n'ont débarqué chez moi que dans les années 80, amenés par ma compagne qui les avait tous dans ses bagages. Quand je me penchais sur leurs enregistrements, je préférais souvent les titres les plus lennoniens. En revanche, les albums solos de l’ex-Beatles à lunettes ont plutôt mal vieilli, entre engagement politique simpliste et niaiseries peace and love. Plus grave : aucun n'est audibles intégralement. Il existe cependant une exception, un chef-d’œuvre intégral d'une incroyable force (comme par hasard, il est sous représenté dans les compilations supervisées par la veuve). Je veux parler de l’album de reprises sorti en 1975 fort justement intitulé Rock n’ Roll.  Celui-là, je ne m’en lasserai jamais. 


jeudi 16 juillet 2026

Nos amis les cloportes


 

Les cloportes n’ont pas très bonne réputation. Ce sont pourtant des petites bêtes assez sympathiques, presqu’attachantes. D’habitude, on ne les remarque pas beaucoup. Elles se tiennent discrètement cachées dans les anfractuosités des murs ou sous les pierres. Mais depuis que nous vivons au rythme des canicules, on voit rappliquer ces pauvres cloportes à la recherche d’un peu de fraicheur dans des recoins à l’ombre. J’en déloge lorsque je balaie le pas de la porte ou le carport. Lorsqu’ils se sentent menacés, les cloportes se roulent sur eux-mêmes pour former une petite boule hermétique protégée par leur carapace. C’est assez efficace. Je les transporte ainsi dans une bordure. Lorsqu’ils se déplient, ils se retrouvent souvent sur le dos et agitent leurs pattes. Mais ils arrivent à se redresser sans notre aide.   

mercredi 15 juillet 2026

Consignes


J’aurai passé une partie de ma vie à forcer ma nature ou plutôt, à essayer de la forcer, sans jamais parvenir à faire illusion. La retraite a sonné comme une libération. Enfin un statut social qui me correspondait parfaitement. Activité : inactif. Maintenant, les consignes gouvernementales « spécial canicules » viennent me conforter : restez chez vous ; pas de sport ; ne bougez pas de votre fauteuil. Privilégiez les activités « douces ». Cela tombe bien : lire, écrire et écouter de la musique rentrent bien dans cette catégorie. Quel plaisir d’être enfin raccord avec les normes sociales.


mardi 14 juillet 2026

PLUIE


 

Pluie que nous ne supportions plus

Pluie qui tombait tous les matins

Pluie dont nous guettions les interruptions

 

Pluie que je n’aurais jamais cru attendre

Pluie qui apporte fraicheur et soulagement

Pluie j’aime le son de tes gouttes sur la terrasse

Pluie comme tu joues bien des percussions sur le toit

 

Pluie reste encore un peu

Pluie éloigne le soleil accablant

Pluie continue à abreuver la végétation

Pluie les arbres ont encore soif

Pluie ! Ne t’en va pas !

lundi 13 juillet 2026

Rassurant


 

Nous allons finir par les aimer

Nos politiciens veules et fuyants

Qui louchent à force de regarder

Ailleurs en restant impassibles

 

Nous ne pourrons plus nous en passer

Ils font partie de notre décor familier

Comme les grossières escroqueries

Sur nos téléphones et sur nos ordinateurs

Qui ciblent les faibles d’esprit

 

Il faut croire que

Nous avons besoin d'eux

Ils nous rassurent

Comme une vieille habitude

On s'est habitués à eux

Comme la pollution de l'air à l’ozone 

Pendant les canicules

Ou les polluants éternels répandus

Un peu partout dans la nature


samedi 11 juillet 2026

L'art du conteur


 

Certains écrivains procurent une forme de plaisir particulier. Nous apprécions leurs connections neuronales, leur manière de créer des fictions en jouant sur le trouble concernant la réalité tout en s’appuyant sur une érudition ludique. Antonio Tabucchi appartient à cette catégorie. Je suis en train de lire le recueil de nouvelles intitulé Les Volatiles de Fra Angelico. J’ai suivi le conseil de Tororo Shiru et je ne le regrette pas.

vendredi 10 juillet 2026

Un peu de respect s'il vous plait

 

Je suis dans le bureau à l’étage, sous le toit. Je coule, je dégouline. Mais je ne me plains pas de la chaleur car j'ai la chance de vivre dans un pays où « un gros travail a été fait » par un président exceptionnel entouré d'une équipe remarquablement efficace. Je ne comprends d’ailleurs pas du tout cette information irrespectueuse pour nos élites. Selon le Haut Conseil au Climat, qui a rendu son rapport annuel jeudi, les politiques climatiques actuelles seraient "insuffisantes pour atteindre pour atteindre la neutralité carbone en 2050". Le HCC, instance indépendante, appelle même le gouvernement à « un changement d’échelle » dans la réduction dans l’émission de gaz à effet de serre et dans l’adaptation au réchauffement. Faut-il envisager des sanctions pour insolence et contestation de la parole présidentielle ?


jeudi 9 juillet 2026

Eblouissements


"A quelques rues de la maison vers l'est, au Five Spots, Ornette Coleman éviscérait le jazz à l'aide d'un saxo braillard en plastique. Le grand Charlie Mingus était là lui aussi, jouant une musique saccadée, complexe et puissante qui faisait salle comble tous les soirs. Quand l'art et le vie se rejoignaient de manière pertinente, les gens se dépassaient - transcendaient le moi ; notre fringant président, John F. Kennedy, baisait des actrices de cinéma. Tout était éblouissant."
Leonard Michaels, Sylvia 

mercredi 8 juillet 2026

Lecture d'été


 

Hier soir, j’ai fini la lecture d’un roman que j’ai bien aimé. Je voulais le signaler comme lecture d’été. Et là, j’ai réalisé que j’avais supprimé le fichier sur mon téléphone et qu’il n’y avait aucune trace non plus sur l’ordinateur. Je croyais que le titre était Sarah et les recherches n’ont évidemment rien donné. Il s’agissait en fait de Sylvia et ça, c’est l’IA de Mistral qui l’a trouvé à partir des indications que je lui ai donné : Un roman autobiographique. Trente ans après, l’auteur se souvient de sa première femme. Nous sommes à la fin des années 50, ils vont voir Lenny Bruce sur scène, croisent Kerouac, des musiciens de Jazz, et ils se disputent sans arrêt. Sylvia est très perturbée et ça fini mal (mais c’est beau). Cela pourrait donner lieu à un chouette film sur des marginaux comme on en faisait à l’époque du Nouvel Hollywood. Bref, c’est romantique et c’est très bien. Leonard Michaels, Sylvia

 

 

mardi 7 juillet 2026

Dans la salle de bain


 

je tends la main vers la brosse à dents

je constate qu’elle était en charge cette nuit

je la récupère j’enroule soigneusement le fil électrique

là je réalise qu’il y a un peu de sang

sur le manche de la brosse à dents

la petite coupure au doigt que je m’étais faite hier

en nettoyant la boite à pain métallique

s’est rouverte

je vais chercher le désinfectant

j’envoie une giclée de spray

j’en mets une partie à côté

je passe une éponge sur le sol

en me demandant si je ne suis pas

dans un rêve à la con

puis j’utilise un mouchoir en papier comme compresse

je reprends

comme dans un mauvais film comique

je réalise que le tube de dentifrice

est en bout de course

je replonge dans l’armoire pour extraire un tube neuf

je l’ouvre et je remets mes lunettes

pour enlever soigneusement la protection qui obstrue l’orifice

j’appuie

rien ne sort

je vérifie

il y a encore une couche transparente à l’entrée

Comme je ne peux pas l’enlever avec l'ongle

j’enfonce la pointe d’une paire de ciseaux

opération réussie

il n’y a plus qu’à nettoyer les ciseaux

et je peux enfin actionner la brosse à dents

et sortir par la même occasion

du rêve ou du film

je m’accorde au passage

quelques compliments

je suis resté calme tout le long

aucune irritation

pas un juron

bravo

 

lundi 6 juillet 2026

Vieux singes


 

Quelle horreur. En voyant les Glimmer Twins semblables à deux vieux singes grimaçants sur la couverture de Match, j’ai ressenti avec une terrible acuité la destruction finale de tous mes rêves d’adolescent. Quel gâchis. Quand on pense à ce qu’ils représentaient pour nous (et qui n’a rien à voir avec ce qu’ils pouvaient être par ailleurs). Keith particulièrement, qui concentrait à mes yeux tout ce que la vie pouvait présenter de désirable : de la bonne musique, de la drogue à volonté et une compagne dans le style d’Anita. On ne peut même pas leur en vouloir. Il faut bien payer l’entretien des propriétés et les frais de la famille. Comme on dit, c’est la vie. 


samedi 4 juillet 2026

Rectificatif


Pour être franc, il y a un texte de Perros qui m'a bien amusé et avec lequel je suis d'accord. Le voici :

"Saint-Exupéry était un homme très bien, je n'en doute pas. Quelques-unes de ses pages respirent profondément. Pourquoi les gens qui en font leur idole sont-ils, la plupart du temps, des imbéciles ?"

Georges Perros, Papiers collés

vendredi 3 juillet 2026

Jeu d'été



 Il y a une émission sur France-Culture où, après avoir parlé du livre qui a tout changé pour eux, les invités évoquent rapidement un livre qui leur résiste ou qui leur déplait. Je ne sais pas qui je choisirais dans le premier cas (il y en a plusieurs qui se bousculent) mais pour le second je pourrais répondre sans hésiter Papiers collés de Georges Perros. Le plus souvent, je ne comprends pas ce qui est écrit et lorsque cela arrive, très rarement, je ne vois pas l’intérêt d’énoncer de telles platitudes. Tout est embrumé, voilé, un peu comme des propos d’ivrogne dépressif au moment de la fermeture du bar. Il a, semble-t-il, un problème avec les femmes (comme en ont les piliers de comptoir) mais il tourne autour du sujet sans cracher le morceau un bon coup. J’ai honnêtement  essayé de lui donner sa chance mais il est trop déprimant. Adieu Perros.

jeudi 2 juillet 2026

Coup de chance


 

Cioran regrettait d’avoir eu des parents respectables qu’il n’avait pas pu haïr. J’ai eu cette chance. J’ai longtemps détesté la famille où le hasard m’avait fait atterrir. Puis, ayant mis la plus grande distance possible entre eux et moi, la colère s’est un peu apaisée pour laisser place à un vague mépris. Maintenant qu’ils ont cessé d’exister, je commence à avoir pitié d’eux et de leur allergie viscérale envers toute forme d’élévation.

mercredi 1 juillet 2026

Décoloré


 

J’ai retrouvé les poèmes

d’Alvaro de Campos

ils n’étaient pas loin

dans la bibliothèque

la couverture est en partie

décolorée par le soleil


je me souviens nettement

avoir longtemps tourné autour

je le prenais et le feuilletais

à chaque fois que je passais

dans la librairie la Hune

j'hésitais à cause du prix


vingt cinq ans plus tard

je suis bien content

d'avoir fait cette folie

et de l’avoir avec moi