G-0C9MFWP390 Le Carnet de Joe Legloseur

lundi 26 octobre 2026

Chez les seniors


 Les différentes crises en cours ont eu tendance à éclipser un petit évènement musical : Les Stones viennent de sortir un single plutôt bien envoyé dans une indifférence presque générale. Et oui, c'est dommage car ce titre est tout à fait honorable (et pas seulement compte tenu de l'âge des participants). Bon, la musique à base de riffs de guitare et le chant de Jagger ne surprendront personne mais on peut noter l'apport d'un saxophone qui vient agréablement enrichir le son. Le texte est une autre bonne surprise. On peut y voir une actualisation de la nervous breakdown des sixties - il n'y a pas de mal à se plagier soi-même. L'important ici, c'est le fait qu'ils continuent à faire de la musique et y prennent, semble-t-il, du plaisir. On ne peut ignorer l'aspect financier mais, dans leur cas, on peut difficilement le mettre en avant. Tout cela me fait penser à un commentaire lu je ne sais plus où et qui répondait à ceux qui trouvaient que Keith avait mal vieilli en disant que c'était le fait qu'il vieillisse qui était remarquable.

samedi 24 octobre 2026

Electricité

 

Dans le noir ce matin

Coupure d’électricité

La tempête Austen grondait

Derrière les volets baissés

Café préparé à la lumière

Des téléphones

Infos sur la radio à piles

Manifestations fermeté

Bla bla bla


Au moment de préparer le repas

Le volet de la cuisine s’est relevé

Comme par magie

Lentement

Le miracle fut salué 

Par des Youhou !

Et par les aboiements du chien

Tout finit bien

vendredi 23 octobre 2026

Par-dessous la jambe

 

Lorsqu’on dit d’une action qu’elle a été menée « par-dessous la jambe », on ne cherche pas à valoriser la manière dont elle a été exécutée. On veut indiquer au contraire que cette action a été faite négligemment, en faisant le moindre effort, à la va-vite. Pourtant, à l’origine (qui remonte à la Renaissance), l’expression ne comportait pas cette connotation négative associée à un certain je-m’en-foutisme. Au jeu de paume, le joueur qui tentait un coup en passant le bras par-dessous la jambe tentait ainsi de déstabiliser l’autre joueur en le prenant par surprise. Le coup semblait joué avec une apparente facilité, sans effort et au figuré, l’expression désigna dans un premier temps des actions menée avec aisance. Le dictionnaire de l’Académie française en conserve une trace dans l’expression « jouer quelqu’un par-dessous la jambe » : « obtenir avec facilité un avantage sur lui, l’amener avec adresse à faire exactement ce qu’on veut de lui. »

jeudi 22 octobre 2026

Playlist


 

J’écoute au casque ma playlist « chanson française » tout en écrivant ces lignes. Je n’arrive pas à lire en écoutant de la musique mais écrire ne pose pas de problème. Quand je vois les titres, la date à laquelle ils ont été enregistrés, je réalise à quel point c’est une playlist de vieux. On y trouve beaucoup de chansons que j’écoutais étant gosse, des tubes de Polnareff (comme Dans la maison vide), des chansons qui passaient dans le jukebox du bar des vacances où nous allions jouer au babyfoot (C’est extra). J’ai essayé de tendre l’oreille à des choses actuelles mais rien ne m’a fait rêver. Je ne suis jamais allé plus loin que Baschung et Murat. C’est comme ça.

Playlist (extrait)

mercredi 21 octobre 2026

Interviews


 

Un tic journalistique et radiophonique énervant, celui qui consiste à demander à propos de tout et n’importe quoi, « ce que ça nous dit ». En général, la question tourne autour de « ce que ça dit de l'état de notre société ». C'est l'occasion pour le spécialiste ou le penseur interrogé de pointer l’un des nombreux disfonctionnements observables sur le ton du prophète délivrant son diagnostic visionnaire. Et ça marche à tous les coups. J’attends toujours l’interviewé qui répondrait que cela nous dit rien du tout. En développant un peu (nous sommes à la radio), le commentateur pourrait ajouter que des faits bruts ou des données statistiques ne nous « disent » rien. Ils peuvent tout juste faire l’objet d’interprétations qui divergent selon les points de vue, de projections plus ou moins faussées par le biais de confirmation, mais en aucun elles ne nous « disent » quelque chose de clair et d’univoque.

mardi 20 octobre 2026

Dimension symbolique

 


A propos d'évènements récents, je me demande ce qu'on peut en dire au-delà des descriptions effrayantes. En l'absence de recul et de plus amples informations, la prudence voudrait que chaque affirmation soit précédée d'une formule dubitative (comme "si ça se trouve") afin d’indiquer que nous en sommes encore au stade des suppositions. Je m'étonne de voir qu'on ne prête pas d’avantage attention à la place centrale symbolique occupée par la marchandise dans les vols et les destructions. Il manque peut-être un Baudrillard ou un Debord* pour commenter sous cet angle les images de sols jonchés de produits de consommation et les devantures de magasins éventrées.

*Je pense à son texte de 1966 consacré à l'interprétation des émeutes de Watts.

lundi 19 octobre 2026

De la trahison

Caravage, 1602

 

Ces jours-ci, mon esprit a été un peu occupé par l’idée de trahison. J’ai ainsi vu défiler mes petits Judas à moi ; j’imagine que chacun a les siens. Heureux ceux qui n’en ont connu aucun. Il leur manquera peut-être quelques connaissances sur la nature humaine mais on peut aisément s’en passer. Qui, du traitre ou du trahi, est le plus endommagé ? Il suffit d’observer des trahisons effectuées aux yeux de tous pour obtenir un début de réponse à la question. 

samedi 17 octobre 2026

Zoo


 "Pour moi, Paris, lors de ce premier séjour de deux ans, fut un lieu où j'étais exclusivement vendeur de drogue et, pendant une courte période de trois mois qui passa comme un éclair, je fus un consommateur habituel d'acide lysergique, de LSD, ce qui me fit comprendre que ce que nous appelons "réalité" n'st pas une science exacte mais plutôt un pacte entre un grand nombre de gens, entre un grand nombre de conjurés qui, un jour, dans votre ville natale par exemple, décident que l'avenue Diagonal est une promenade avec des arbres alors qu'en réalité, si vous prenez votre acide, vous pouvez voir un zoo bourré de bêtes féroces et de pies qui ont leur propre vie, toutes en liberté, certaines juchées au faîtes des arbres."

Enrique Vila-Matas, Montevideo