La voix de Sam Cooke figure tout
en haut de la liste des remèdes qui exercent un effet bénéfique sur mes nerfs
fatigués. Je crois que je vais en abuser en cette soirée orageuse sans orage.
Une définition possible de l’enfer : un monde où la Soul n’existerait pas.
Peter Guralnick raconte le passage du Gospel religieux à une musique profane
visant un plus large publique. Sam Cooke a joué un rôle central dans cette révolution
douce, tout comme les managers qui ont cru en lui. On apprend plein de choses
en lisant Sweet Soul Music (Allia) et surtout, on a envie d'écouter de la Deep Soul en dansant doucement.
mercredi 29 juillet 2026
Deep Soul
mardi 28 juillet 2026
Entretien au sommet
— Bonjour monsieur Lecornu.
J’aimerais vous poser quelques questions.
— Pourquoi pas. Mais faites vite,
j’ai une réunion interministérielle de crise dans trois minutes.
— Justement. Vous enchainez les
réunions de crise (inondations, canicules, incendies) et pourtant, à aucun
moment vous n’évoquez le point commun entre ces évènements
catastrophiques : le réchauffement climatique.
— ...
— C’est comme si le mot
« climat » vous faisait peur. Quant aux mesures à prendre pour
contenir et si possible ralentir le réchauffement, on a l’impression que vous
en ignorez l’existence. Il doit bien y avoir dans un coin de votre bureau un
dossier qui traine avec les préconisations des scientifiques. Par exemple,
l’élevage intensif et ses dégagements de méthane est une catastrophe. Vous
n’envisagez pas de le réduire ?
— Vous n’y pensez pas. La FNSEA lâcherait
sur nous les éleveurs en colère. On se retrouverait avec du fumier et du purin
devant l’assemblée. Je ne vous dis pas l’odeur
— Mais cela ne dit pas pourquoi
vous faites l’impasse sur la crise climatique qui ne fait que commencer à s’intensifier.
— (A voix basse comme s’il avait peur
d’être entendu) Chut. Pouvons-nous éviter le sujet.
— Ne craignez rien, nous sommes
entre nous.
— La vérité c’est que Trump ne supporte
pas qu’on évoque le réchauffement climatique en public. C’est l’augmentation
des droits de douane assurée en retour le soir-même. Bon, il faut que j’y
aille.
— Les réunions de crise n’attendent
pas. Bon courage !
lundi 27 juillet 2026
Lecture d'été
Traditionnellement, l’été est le
moment où on se laisse aller à ses petites habitudes un peu honteuses,
tellement agréables lorsqu’on profite du relâchement ambiant. Ici, l’été est
associé à la lecture des magazines relatifs à la musique rock. Le circuit de la
récompense a tellement carburé à la lecture de cette presse entre 70 et
75 qu'il n’est pas difficile de le réactiver. Je me souviens de vacances en
Bretagne. J’avais vu dans une maison de la presse un numéro des Inrockuptibles
avec le banane de Warhol en couverture, un numéro consacré en partie au Velvet
Underground avec un supplément spécial Factory. Je l’ai retrouvé. Il est daté de juillet/août 1990. Cette année,
36 ans plus tard, c’est un numéro hors-série de Rock & Folk consacré aux Who. J'ai beaucoup aimé ce groupe, presque
autant que les Stones, mais cela a duré moins longtemps. Le bilan que tire papy Pete dans l’édito du magazine est lucide et un peu triste.
« Même si je suis assez bon
membre de gang et un bon soldat sur la route, je suis mauvais en collaboration
créative. J’aurais été un artiste solo et un producteur bien plus efficace,
travaillant comme Brian Eno. Je serais en meilleure forme physique aujourd’hui.
Mes genoux, oreilles, poignet droit et épaule fonctionneraient mieux. Tout ça
me fait mal aujourd’hui à cause à cause des folies faites en frimant sur scène
avec les Who. La voix de Roger a probablement souffert de la même façon, mais
il a moins de regrets, je pense. »
dimanche 26 juillet 2026
samedi 25 juillet 2026
Venu du passé
Vu pendant la promenade du chien.
Devant un bâtiment moderne (bureaux), un homme, la quarantaine, vêtu d’un
costume bleu foncé et d’une chemise blanche ouverte, sans cravate. Il se tient
debout, l’air détendu, une main dans la poche de son pantalon, tenant de
l’autre une cigarette sur laquelle il tire de temps en temps un bouffée qu’il
semble savourer. Tout dans cette scène semblait surgir du passé, d’un lointain
vingtième siècle : la tenue vestimentaire tranchant avec les casquettes américaines, les t-shirts, les pantacourts mettant en valeur les mollets tatoués et surtout l’absence criante de téléphone consulté de manière compulsive.
vendredi 24 juillet 2026
Revenir
Je veux partir et me trouver,
Je veux revenir en me connaissant,
Comme qui revient chez lui, comme qui recommence à être sociable,
Comme qui est encore aimé dans son ancien village,
Comme qui frôle son enfance morte à chaque pierre du mur,
Et voit s'étendant devant lui la campagne éternelle de jadis
Et la saudade, telle une chanson de maman berçant l'enfant, flotte
Dans cette tragédie que le passé soit du passé
Extrait de « Le passager des
heures, Ode sensationniste », Alvaro de Campos
jeudi 23 juillet 2026
Dystopies
« L’impression d’être coincé
dans une dystopie ». C’est ainsi qu’un jeune exprimait les angoisses
ressenties lors des diverses canicules récentes. Il est vrai que le silence
quasi complet des responsables politiques (à l’exception notable du président
se félicitant du "gros travail accompli") n’est pas de nature à rassurer. Rien ou
presque n’a été anticipé (puisqu'on considérait que les scientifiques du
GIEC exagéraient les conséquences du réchauffement). Pire, nous
sommes encore très loin des changements nécessaires pour réduire
efficacement les émissions de gaz à effet de serre. Mais, comme si cela ne
suffisait pas, il y a une autre menace, moins inéluctable mais tout aussi
inquiétante : la possibilité que l’IA accède à une forme de conscience. Là
aussi, l’inquiétude provient du manque de préparation et de l’absence de projet
pour accompagner ce qui serait, comme l’écrit le Guardian, "l’acte le plus lourd de conséquences que notre
espèce ait jamais accompli."
mercredi 22 juillet 2026
Tourisme immobile
![]() |
| Bill Térébenthine |
Je ne sais pas s’il s’agit d’une
chance ou d’un handicap (ou peut-être d’un symptôme psychiatrique) mais je n’ai
pas besoin de faire du tourisme parce que l’endroit où je me trouve me semble
dépaysant, étrange et, certains jours, légèrement irréel. J’ai développé cette compétence à l’époque où j’abusais de
produits stupéfiants ; maintenant que je mène une vie d’une rigueur
monastique, il m’en est resté cette fonction « exotisante » qui me permet
d’économiser sur les voyages (et d’éviter de prendre l’avion).
mardi 21 juillet 2026
A la poubelle
« Un état où il n’y a ni
idée ni absence d’idée ». Cette formulation, lue dans une vie de Bouddha,
m’a frappé au point de rester gravée dans mon esprit. C’est probablement parce
qu’elle résume avec clarté ce que je cherche obscurément à atteindre à chaque
fois que je gribouille des mots sur des bouts de papier que je déchire
après les avoir mis au propre. Je comprends aussi pourquoi j’ai toujours l’impression
d’avoir raté la cible (qui n’existe pas).
lundi 20 juillet 2026
Interview
"En permettant l'homme, la nature a commis beaucoup plus qu'une erreur de calcul : un attentat contre elle-même."
Cioran, De l'inconvénient d'être né
— Monsieur Legloseur...
— Vous pouvez m’appeler Joe.
— Joe, que pensez-vous de ceux qui sont prêts à voter pour des hommes ou des femmes politiques qui, après avoir minimisé les dangers du réchauffement climatique, ne proposent rien d’autre qu’un cauchemar climatisé sans aucun projet de DIMINUTION MASSIVE DES EMISSIONS DE CO2 (principal gaz à effet de serre d'origine anthropique sur notre planète) tout en sachant qu’une telle politique implique nécessairement un changement d’orientation global incluant tous les aspects de la vie quotidienne (alimentation, transports, consommation, habitations, etc.) ?
— Qu’ils crèvent de chaleur.
— Merci Joe d’avoir répondu et bonne
journée.







