G-0C9MFWP390 Le Carnet de Joe Legloseur

vendredi 23 janvier 2026

Lecture


 

Pendant que Crazy Donald fait le show, les milliardaires de la Tech continuent à œuvrer en toute discrétion dans le but d’accroitre leur emprise sur les cerveaux et d’influencer les conduites des utilisateurs. Ils n’agissent pas, comme ils le prétendent, pour améliorer les conditions de vie de leurs clients mais simplement pour augmenter leur pouvoir et leur profit en utilisant tous les moyens technologiques disponibles. L’écrivain Dave Eggers a imaginé dans un futur proche une énorme entreprise née de la concentration de tous les réseaux sociaux et de la vente en ligne qu'il a intitulée le Tout. L’héroïne du roman est en guerre contre la domestication numérique des individus. Elle n’accepte pas le renoncement massif à la liberté qu'elle observe autour d'elle (en France, on parlerait de servitude volontaire). Pour mener sa mission de sabotage, Delaney, c’est son nom, se fait embaucher avec l'intention de détruire le système de l’intérieur. J’en suis au début. Elle vient de franchir le premier barrage de l’entretien d’embauche mais la partie de jeu du chat et de la souris ne fait que commencer.

jeudi 22 janvier 2026

Loin des nuées blanches


 Ce que je retiens des poètes chinois

désœuvrement, solitude, chansons

"Ne cherchez pas en vain de tous côtés ! " (Han-chan)

le message est reçu

Pas de montagne froide à l'horizon

il faudra s'en passer

nul besoin d'un torrent au fond d'un ravin

ni du vent dans les pins

cela peut certes aider

à s'abandonner 

détaché de l'agitation 

sans but

sans intention

autre que de ne servir à rien

mercredi 21 janvier 2026

Sauver les apparences

Robert Crumb

 Je mets ma tête sous l'eau froide. Vous croyez que c'est drôle vous d'avoir dans la tête les morceaux d'un kaléidoscope qui s'agitent ?

 Une bagarre ? Non, des frictions sentimentales. On appuie le front, les lèvres contre une vitre et on finit brisé comme un épileptique.

 J'hésite à donner plus détails. Tout a commencé sur la presqu'île de Sorrente. La mer colportait les rêves des mauvais garçons.

 J'ai vu un soufi miséricordieusement nu. Au-dessus de lui un avion décrivait une courbe vers l'ouest...

 Comment imaginer que cela puisse finir ? Et pourquoi retouner le fer dans la plaie ?

 Pourquoi, une fois de plus, vouloir sauver les apparences ?


Michel Bulteau,  La vie des autres

mardi 20 janvier 2026

Montagne froide


 Qui cherche un endroit pour se reposer

Dans la Montagne froide longtemps pourra rester

Dans les pins silencieux souffle une douce brise

Dont, plus on se rapproche, embellit la chanson


Il ya sous un arbre un homme aux cheveux gris

Qui lit en marmonnant Houang-ti et Lao-tseu

Cela fait dix ans qu'il n'est pas rentré chez lui

Il a oublié par où il était venu

Han-chan

lundi 19 janvier 2026

Sérénité absente



Bill Térébenthine

 

Je voudrais bien

rester concentré

ne pas me laisser distraire

par le cirque permanent

mais c'est difficile


l’objectif des maîtres du monde

serait-il de nous empêcher

de suivre la voie des vieux sages ?

 

partout des écrans

qui aspirent les cerveaux

pas de montagne où se retirer

pour échapper

aux dernières nouvelles des tyrans

 

 

 

samedi 17 janvier 2026

Appel


Laissez les ultrariches tranquilles. Les pauvres ont déjà assez de soucis, inutile de les persécuter dans leur retraite où ils tentent de se faire oublier, au motif mesquin que certains d'entre eux ne paieraient aucun impôt. Pourquoi le devraient-ils ? Ils sont déjà « créateurs de richesse ». Je l’ai lu dans le Figaro.


vendredi 16 janvier 2026

Anachorètes chinois


 "Dispositif d'émerveillement et tremplin de méditation, le poème témoigne ici d'une approche frémissante. Réveil devant l'évidence, il révèle sans discourir, rencontre notre exacte intimité, suggère la nature illusoire du monde phénoménal tout en célébrant paradoxalement sa beauté bouleversante. Au détour des cimes comme au cœur des cités, ces anachorètes chinois, ivres de toutes les ivresses, modulent à l'infini sur notre impermanence."
Poésie chinoise de l'éveil, Présentation de Zéno Bianu

jeudi 15 janvier 2026

Maintien dans la voie


 Il m’arrive de découvrir des poètes au moment de l'annonce leur décès. C’est le cas pour Zéno Bianu. En lisant la nécro, j'ai immédiatement capté les signaux qui clignotaient dans la nuit noire : signataire du Manifeste électrique de 1971 ; Rimbaud, Coltrane, Artaud, le Grand Jeu ; et puis un livre sur Dylan et un autre sur Chet Baker. Enfin, il y a cette Poésie chinoise de l’éveil, une anthologie qu’il a présentée en compagnie d’un sinologue. Le fichier est sur mon téléphone. Parenthèse : cet objet qui peut vous transformer en zombie peut également servir à lire de la poésie. De la poésie ? Mais pour quoi faire ? 
La réponse de Zéno Bianu :

« La poésie c’est

Un réflexe de survie

Une effraction

Continue

La persistance du souffle

Le vrai cœur de la

Planète

Le contraire de

L’inhumanité

Croissante »



mercredi 14 janvier 2026

Un court moment de délicieuse solitude

 


C’est quand même formidable

d’être seul

de ne pas être dans l’obligation

de voir des gens

seul

dans son abri

à l’écart

tranquille

avec soi-même

attentif à ce qui se passe

à l’écoute

sans subir de perturbations

extérieures

rien ne vaut ces moments de retrouvailles