« D’un air ravissant, il
conclut : « Entre nous, la vie,
somme toute, c’est une merde... mais une merde tellement formidable à vivre... »
Ses traits signifièrent une fatigue aimable, une sagesse régionaliste. Il tira
une bouffée de sa pipe en cep de vigne sûrement, vous savez, de ces grosses
pipes qui se les emmanche l’air de tout entériner, de tout comprendre, de tout
admettre – dans le doute -, de tout assimiler – dans la patience – et de tout
aimer ou presque – dans la connaissance. » (Alain Chany, L’Ordre de dispersion) On en a croisé
des comme ça dans les années 70lorsqu’on traversait en faisant du stop des
zones désertiques de la campagne française. Ils étaient les seuls à s’arrêter
dans leur 2CV ou leur 4L. Barbus, rugueux, silencieux au début, ils devenaient
bavards lorsqu’ils allumaient leur pipe au coin du feu pour une petite soirée
philosophico-politique sur le thème inévitable de la fin de notre civilisation
à plus ou moins court terme. Il fallait écouter et relancer. En échange de l’hébergement.
vendredi 25 juillet 2025
Les penseurs ruraux du temps passé
jeudi 24 juillet 2025
Admirable
Je crois que nous tenons notre French Trump. Comme il s’agit d’une
femme, on pourrait parler de French
Trumpette. Je veux parler de la ministre de la culture, une authentique
femme d’affaires dans tous les sens du terme. Comme le modèle américain de
référence, elle a du talent pour faire rentrer l’argent by any means necessary. Et comme lui, elle attaque sans ménagement
ceux, juges ou journalistes, qui osent pointer les éventuels écarts dans la
manière d’accumuler les gains financiers. L’ancienne garde des Sceaux est aussi
une femme de dossiers. Le jeu de l’été consistera à observer qui viendra courageusement
à son secours et affichera son soutien.
mercredi 23 juillet 2025
Le livre de l'été 2025
J’aime la manière dont Alain
Chany a écrit L’Ordre de dispersion.
Cela fait du bien quand on lit cette prose tellement poétique qu’elle en
devient autre chose, une forme inconnue qu’on ne peut qu’entrevoir par moments,
dans une certaine disposition. Il s’agit, à ma connaissance, de l’une des meilleures
descriptions littéraires de ce que fut mai 68 par ceux qui l’ont vécu du bon
côté. J’aime sa façon d’aligner les mots, les phrases, les idées, à la manière
d’un jazzman revenant régulièrement sur son thème après avoir divagué en
liberté en dehors des clichés balisés. Au début du roman, le narrateur qui enseigne
la philosophie doit faire un discours de remise de prix dans l’établissement où
il enseigne. Extrait du discours :
« Nous fuyons la fuite et cela ne va pas tout seul : nous sommes en éveil
permanent, malgré ce qui peut paraître. Nous ne chanterons pas la romance qui
calme, ni le système engourdissant. Nous essaierons de faire des feux de joie,
malgré tout ; nous aurons donc beaucoup d’ennemis. » Le discours continue sur cette lancée. Il suscite un tollé d’indignation chez les parents d’élèves. Le directeur, qui est
un curé, explique au professeur que de tels propos ne peuvent être tolérés dans
un lycée privé très strict sur les valeurs morales. Le professeur de philosophie
et narrateur apprend qu'il est renvoyé.
mardi 22 juillet 2025
Magie
Et voilà. J’ai replongé. Il m’aura
suffi de regarder la vidéo mentionnée précédemment, dans laquelle on peut voir la
jeune Martha Argerich en état de grâce interpréter ce qu’on peut considérer
comme l’un de ses tubes. J’ai enchaîné avec un documentaire où on la voit jouer
chez elle en compagnie de son mari chef d’orchestre. Et c’est la rechute. J’ai
actionné le lecteur multimédia de l’ordinateur, j’ai sélectionné les
enregistrements de la pianiste qui se trouvent sur le disque dur (74 fichiers
affichés) et depuis, je fais tourner. Ravel, Chopin, Bartók, Prokofiev,
Schumann, Bach.... La musique agit comme une drogue ; les
neuroscientifiques doivent être en mesure de confirmer ce fait.
lundi 21 juillet 2025
Martha
Je finis la lecture de Yoga et Carrère continue à m’amuser.
Exemple, vers la fin du livre, le narrateur est dans une île grecque, seul,
dépressif. Il touche le fond. Même dans cet état, il trouve encore moyen se
vanter. Susanna, une jeune femme qu’il a essayé de draguer, est partie. Elle
lui avait expliqué qu’elle suivait un cours de creative writing avec Alessandro Baricco. Extrait :
« J’ai failli demander à Suzanna de saluer pour moi Baricco, que je
connais un peu, mais me suis abstenu de ce name-dropping
qu’il est à mon honneur de n’avoir pas utilisé dans ma vaine tentative de
séduction. » C’est un tour de force : réussir dans la même phrase à
glisser qu’on connait un célèbre écrivain italien et qu’on a eu l’élégance de
ne pas le mentionner alors que cela aurait pu s’avérer un outil efficace pour
parvenir à ses fins pour finalement réclamer une petite dose d’admiration de la
part du lecteur en raison de ce remarquable effort de modestie. Soyons
juste : il y a quelques bonnes pages sur la Polonaise Héroïque et une
excellente description qui m’a donné envie de revoir la vidéo Martha Argerich
la magnifique.
dimanche 20 juillet 2025
Trop détendu
C’est plus facile, pour moi,
d’écrire lorsque je suis un peu énervé. Heureusement, je le suis assez souvent.
Mais là, rien. J’ai passé une très bonne nuit, sans insomnie. Sommeil
réparateur. Réveil en pleine forme. Je relève des nouvelles plutôt positives
dans les actualités, comme le succès de la pétition contre la loi Duplomb. J’écoute
un enregistrement de la tournée de 74 de Bob Dylan and the Band. La température
de l’air qui entre par la fenêtre est idéale (19°). Je ne vais quand même pas
me forcer à être de mauvaise humeur pour trouver l’inspiration.
samedi 19 juillet 2025
Leader mondial
Journée efficace dans le jardin,
moins sur internet. J’ai déjà dit que le blog n’était pas référencé par Google
(un comble lorsqu’on sait que Blogger appartient à Google). J’avais signalé la
situation sur le site qui gère ce genre de problème et qui s’appelle
« Google Search Console Team » On se dit qu’avec un nom comme ça, ils
doivent assurer en mode leader mondial de l’indexation. Le 11 juillet, j’ai
reçu un message d’information : « Google a commencé à valider votre
correctif concernant "Indexation des pages" sur votre site. »
« La validation peut prendre quelques jours. Nous vous enverrons un
message lorsque le processus sera terminé. » Il n’y avait plus qu’à
attendre. J’étais serein. Jusqu’au 17 juillet où la super team Google m’a envoyé un message intitulé « Échec de certaines corrections
pour Indexation des pages problèmes du site https://joelegloseur.blogspot.com/ ».
Bon. Tout le monde peut faire des erreurs. J’ai tapé sur un bouton proposant
une « nouvelle validation ». A suivre
vendredi 18 juillet 2025
Lectures d'été
Lectures d’été. Je termine Yoga, même si l’auteur m’irrite toujours avec ses vantardises (savez-vous qu’il est capable d’identifier dès les premières notes les morceaux diffusés sur France Musique ?). Je viens de commencer le Journal de Matthieu Galey. Premier contact, très agréable. Je sais déjà que je le lirai régulièrement avec plaisir sur la durée. Et puis, le soir venu, avant de m’endormir, il y a Montaigne. Je ne dirai pas que c’est un excellent somnifère mais ça détend. Il y a quelque chose d’apaisant dans ces propos mesurés, ce relativisme soft. On comprend pourquoi tout le monde l’apprécie. Cette unanimité me l’a longtemps fait paraitre suspect. J’avais tort.
jeudi 17 juillet 2025
Autosatisfaction
Si Emmanuel Carrère m’avait
confié la lecture de son manuscrit je lui aurais expliqué que son texte avait
beaucoup de qualités, dont celle de passer systématiquement en revue les motifs
d’irritation que sa prose peut susciter chez le lecteur. Mais ce n’est pas une
raison pour tout garder. J’aurais
probablement coché des passages à élaguer ou à supprimer. Le portrait de M.
Ribotton, pauvre petit prof pitoyable, est une réussite. En revanche, les
souvenir complaisants de l’ancien élève du lycée Janson auraient gagné à
disparaître. Ils présentent un intérêt uniquement pour ceux qui ont grandi
dans seizième. Je crois que ce qui rend certains passages pénibles, c’est l’énorme
autosatisfaction qui s’en dégage. Même lorsqu’il évoque son discours pour l’enterrement de son ami Bernard Maris,
il ne peut pas s’empêcher de préciser qu’il pense avoir été bon.
mercredi 16 juillet 2025
Mort d'un héros du spectacle
Le spectacle rend un hommage unanime à l’un de ses membres qui incarnait parfaitement la duplicité, ce fondement premier de la société du spectacle. La télévision déclinante des boomers se soude une dernière fois autour de ce qui ressemble à son dernier enterrement. La duplicité est intacte ; elle continue sous d’autres formes (politique, réseaux sociaux, économie, etc.) En voici quelques synonymes. Saurez-vous les identifier ? Artifice, Comédie, Dissimulation, Escroquerie, Fausseté, Hypocrisie, Leurre, Mascarade, Mensonge, Simagrée, Simulation, Tromperie.









