G-0C9MFWP390 Le Carnet de Joe Legloseur

mercredi 3 septembre 2025

Version originale


 

J’ai retrouvé le passage dans La Presqu’île. C’est beaucoup mieux par Julien Gracq.

« La fin de journée va être belle », pensa Simon. Il se mit à siffloter, puis alluma une cigarette. Il abaissa la glacede la portière : un vent vif et battant, hilare, sauta dans la voiture et sembla la délester. Aussi brusquement qu’on ressent la faim, l’envie d’être déjà à Kergrit bondit en lui ; jamais fin de journée tardivement visitée par le soleil qui n’eût ét pour lui comme une promesse mystérieuse. « Ce sera l’heure du bain, pensa-t-il : la marée monte », et des images exultantes et claires se pressèrent dans son esprit en foule.

 

mardi 2 septembre 2025

Hommage à France Musique


 

France Musique est de loin la meilleure station de radio pour glander, méditer en regardant par la baie vitrée le soir qui descend lentement sur le jardin en cette fin d’été/début d’automne - ce passage fragile et plein de charme qui a longtemps été assombri par la rentrée scolaire et dont je peux enfin profiter pleinement. Je rêve parfois d’un monde où une grande majorité d’auditeurs resteraient branchés sur France Musique et où le son de la musique agirait de manière bienfaisante sur les consciences.

lundi 1 septembre 2025

Souvenirs de lectures


 

Que reste-il dans la mémoire de nos lectures passées au-delà d’un certain temps ? Dans mon cas, peu de choses : une impression d’ensemble, le souvenir de moments plus ou moins agréables (les meilleures expériences de lecture s’oublient rarement). Mais, s’agissant des romans et des nouvelles, il me revient relativement peu de scènes précises, de détails de descriptions ou de portraits. D’où l’intérêt de relire les livres qui ont compté, de s'y replonger. J’y pensais au sujet d’un texte de Julien Gracq intitulé La Presqu’île. Il est indiqué tout à la fin « achevé d’imprimer en février 1991 ». C’est probablement l’été de cette année-là ou peu de temps après que j’ai acquis le livre lors de vacances sur les lieux où se déroule le récit, en Bretagne. Le souvenir que j’ai conservé de cette lecture plus de 30 ans plus tard est comme une scène tirée d’un film. Un homme seul roule en voiture en direction de la côte. Il devine à certains détails du paysage (végétation, lumière, sensations diffuses) qu’il s'approche du rivage. La mer apparait soudain au détour d’un virage. L’homme gare son véhicule puis baisse la vitre pour laisser entrer l’air du large dans l’habitacle. Il allume une cigarette et se plonge alors dans la contemplation des vagues.

 

samedi 30 août 2025

Jésus et Lao-Tseu

 


Tandis que Hanta s'active sur sa presse mécanique, il découvre que Jésus et Lao-Tseu l'observe depuis un coin de sa cour envahie par les livre. "J'aperçus la réalité sanglante des symboles et des chiffres de Jésus, tandis que Lao-Tseu, enveloppé d'un suaire, montrait du doigt une poutre mal équarrie ; Jésus, je le vis en play-boy, Lao-Tseu en vieux garçon lâché par ses glandes, Jésus, d'une main impérieuse et d'un geste puissant, maudissait ses ennemis, Lao-Tseu  avait baissé les bras avec résignation, je vis Jésus en romantique, Lao-Tseu en classique, Jésus était le flux, Lao-Tseu le reflux, Jésus le printemps, Lao-Tseu l'hiver, Jésus l'amour efficace du prochain, Lao-Tseu le summum du vide, Jésus comme progressus ad futurum, Lao-Tseu regressus ad originem..."

Bohumil Hrabal, Une trop bruyante solitude

vendredi 29 août 2025

Comme un torrent


 Je viens de terminer la lecture du roman de Bohumil Hrabal Une trop bruyante solitude qui m’a laissé un peu sonné. On peut dire que c’est une lecture d’homme, du corsé qui vous arrache à votre confort habituel de lecteur pour vous entrainer sans une seule pause dans un puissant torrent verbal, un monologue exalté, plus ou moins halluciné, qui se poursuit sans faiblir jusqu'au point final. La prose de Bohumil Hrabal brasse très large, des égouts souterrains au ciel étoilé de Kant. On n’oubliera pas rapidement Hanta et sa presse mécanique, les tonnes de livres au milieu desquels il vit et travaille, les ouvrages qu’il sauve du pilon, les deux petites tziganes emmenées par les nazis et le reste. Quand j'écris, j’interromps rapidement. En plus, j’efface beaucoup. C’est pourquoi, probablement, j’ai aimé plonger et me laisser prendre par ce courant qui ne connait jamais de baisse de régime.


jeudi 28 août 2025

Vieux livres


 En prenant un livre un peu jauni, je me suis demandé ce que deviendraient les livres de la bibliothèque. Certains finiront–ils dans les caisses ou sur l’étalage d’un bouquiniste (si cela existe encore) ? Il y en a un qui a sa boutique un peu plus loin dans la rue. Lorsque je passe devant, j’aime bien regarder sa vitrine. Il n’est pas rare d’y voir des livres qui se trouvent dans ma bibliothèque. L’homme a bon goût, ce qui veut dire à peu près les miens. Le plaisir que je prends à regarder les couvertures est parfois refroidi lorsque je songe à leur provenance. Leur propriétaire fait-il du vide chez lui ? Ou bien une veuve, un fils, se débarrassent ils de ces vieux papiers encombrants ? Je reprends souvent mon chemin un peu troublé et songeur.

mercredi 27 août 2025

Personnage secondaire


 On croise beaucoup de monde dans le Journal de Matthieu Galey. Un soir de 1957, à Vézelay, lors d'un spectacle son et lumière, un personnage encore peu connu... "Parmi nous, le ministre Mitterrand, qui est député du coin. Un beau brun, avec une lèvre lourde, sensuelle. Sa jeunesse d'allure tranche sur le officiels ventripotents qu'on rencontre d'ordinaire à ce genre de cérémonie." 

mardi 26 août 2025

Trouble de l'attention

Blind Willie McTell

 

Depuis que je suis diagnostiqué, je me documente un peu sur le TDAH chez les adultes. L’une des manifestations de ce fonctionnement particulier du cerveau est l’hyperfocalisation. Cela consiste à se passionner pour deux ou trois sujets au détriment du reste (organisation de la vie pratique, assurer de bonnes relations avec sa hiérarchie, planifier des voyages touristiques, s’intéresser à la vie politique). On pourra trouver dans le Carnet des traces de ces engouements excessifs qui vont de Dada au blues en passant par Dylan et les écrivains qui m’ont accompagné dans ce voyage hasardeux qui ne manquait pas de bonnes surprises. 


lundi 25 août 2025

Dans la cuisine


 

En traversant la cuisine où la radio était restée allumée, j’ai entendu un petit bout d’une émission où l’on parlait d’Adorno. Il était question de situations extraites de la vie ordinaire (fermer une fenêtre, claquer la porte d’un réfrigérateur…) qui illustraient, pour le philosophe, la manière dont l’environnement quotidien participe au développement de la vie mutilée. L’idée me plait bien : chercher les sources de l’aliénation dans des détails concrets, des agencements qui contraignent l’action dans une direction. On pourrait imaginer une réflexion actualisée en partant de l’idée que rien dans l’architecture, l’urbanisme, le design n’est conçu gratuitement, sans être relié à un projet de manipulation des individus pris dans des dispositifs de contrôle. On pourrait parler d’une forme de « complotisme éclairé », peut-être d'une théorie critique dans l’esprit de l’Ecole de Francfort dans une version actualisée.