G-0C9MFWP390 Le Carnet de Joe Legloseur

mardi 23 septembre 2025

La ballade de la mort choisie


 

s’il était possible

de choisir

je préfèrerais

mourir

à la manière

de Godard

au moment 

le plus judicieux

avant qu’il ne soit

trop tard

avant de finir

entre les mains

des médecins

 

je chante cette chanson

parce qu’en ce pays

la législation

est archaïque

je ne sais

pourquoi je songe

à la mort

en cette journée pluvieuse

de septembre

lundi 22 septembre 2025

Revue de presse


 Parcouru Le Point, comme ça, pour le dépaysement, mesurer l’écart dans la façon d’aborder les choses. Il parait que c’est bon pour le cerveau. Lorsqu'il m’arrive de feuilleter cette revue de droite plutôt mesurée, je commence souvent par le billet de Patrick Besson que je trouve assez amusant dans le genre cynique. Là, c’est raté. Sa revue de presse ironique consacrée à une gazette municipale de province tombe à plat pour moi. Je vis depuis un an maintenant dans une petite ville et je connais par cœur les passages obligés de ce type de publication où sont passées en revue les réussites du maire et de son équipe d’élus. FOG est en pleine forme. Le titre de son édito est tout en nuance : « La conjuration des imbéciles pour plomber ou chasser les entreprises ». Fidèle à son style éruptif, Franz-Olivier n'a pas de mots assez durs pour qualifier ceux qui soutiennent l’idée incongrue de taxer les ultra riches. Un peu plus loin, un jeune économiste inconnu au bataillon répond « point par point » aux argument du désormais célèbre Zucman. Beaucoup plus intéressant, dans les pages culture : la sortie de Une bataille après l’autre, film très attendu de Paul Thomas Anderson d’après le roman (génial) de Pynchon, Vineland.

samedi 20 septembre 2025

Au-delà des slogans galvaudés


 "Et à quoi reconnaît-on, au fond, la bonne conformation ? Au plaisir que nous procure l’individu bien conformé : à ce qu’il est taillé d’un bois à la fois dur, tendre et parfumé. Il n’aime que ce qui lui fait du bien ; son plaisir et son envie cessent dès qu’il dépasse la limite de ce qu’il lui faut. Si quelque chose lui nuit, il devine le remède ; il fait tourner la mauvaise fortune à à son profit ; tout ce qui ne le tue pas le rend plus fort. Il fait instinctivement son miel de tout ce qu’il voit, entend et vit ; il est un principe de sélection, il laisse tomber bien des choses. »

Nietzsche, Ecce Homo

vendredi 19 septembre 2025

Carbonisé


Le ministre de l’intérieur est en train de se griller. Trop rigide, incapable d’innover, de se renouveler. Lors des journées de grève et de manifestation, comme jeudi, il ressort à chaque fois le même plan prévisible et risible. 1. Les jours qui précèdent, il annonce voir venir l’apocalypse des casseurs, le déferlement des hordes de l’ultragauche ultraviolente. 2. Le matin de la journée de mobilisation, c’est la douche froide. Les incidents sont rares, tout est calme. Tellement qu’on se demande si les membres du maintien de l’ordre réunis en masse ne risquent pas de s’ennuyer. 3. Le soir, au lieu de féliciter les manifestants pour leurs défilés pacifiques, l’ambitieux ministre divise par deux le chiffre de participation des syndicats et se félicite d’avoir contenu des débordements virtuels.


mercredi 17 septembre 2025

Le secret

 

pour les vieux boomers

ce n’est pas réjouissant

n’écoutez pas ceux qui disent

le contraire

 

tout ce qu’il y a de pire

croît et prospère

il faudrait faire un énorme effort

d’aveuglement

pour se dire que la situation

s’améliorera peut-être un jour

 

notre secret pour tenir ?

une capacité d’évasion

sans limite

grâce à une imagination

entretenue et développée

de longue date


mardi 16 septembre 2025

Rions un peu


 

Ecce Homo, dont l’une des parties s’intitule « Pourquoi j’écris de si bon livres », est d’une irrésistible drôlerie. C’est un grand livre comique, un chef-d’œuvre dans ce genre qui en compte peu. Tout est tellement tonitruant, excessif, comme cette auto-admiration mégalomaniaque qui pourrait paraitre ridicule si elle n'était pas portée par un style flamboyant qui n'a pas pris une ride. Ce style, dont le philosophe annonce pouvoir changer en fonction des projets, culmine ici à la pointe de la tension qui nait de l’indécision entre l’extrême lucidité qui génère un sens de la dérision radicale et le délire de celui qui a basculé dans la folie. Le trouble est bien sûr accentué lorsqu’on sait qu’il s'agit de son dernier livre avant la crise finale mais pourtant, rien dans ces lignes pleines de santé arrogante et d’éclats de rire ne laisse présager l'effondrement de Turin.

lundi 15 septembre 2025

Effrayante mutation

Photographie : Jane Sweet

 

Mes proches savent que pendant mes promenades ils ne doivent pas m’appeler sur mon portable sauf cas d’extrême urgence (une attaque de drones russes au-dessus de la ville pourrait éventuellement justifier de me forcer à interrompre ma rêverie solitaire). Le plaisir que je prends à être seul et injoignable ne semble pas partagé par une grande partie de la population. Je pense à ces piétons qui parlent tout seul. Je les avais d’abord pris pour des dingues avant de comprendre qu’ils communiquaient avec leurs semblables grâce à leurs oreillettes. Je trouve ce spectacle ce spectacle bien plus dérangeant que celui du bon vieux fou à l’ancienne qui déclamait ses diatribes dans le vide. La difficulté à être seul avec soi-même constitue peut-être l’une des plus inquiétantes mutations contemporaines en cours (il y en a plusieurs).