G-0C9MFWP390 Le Carnet de Joe Legloseur

mardi 15 juillet 2025

Feu d'artfice


 

Le soir du 13 juillet, j’ai commencé la lecture du deuxième tome des Essais. J’avais du mal à entrer dans la prose de Montaigne à cause du va-et-vient entre le texte, les notes en bas de page indiquant les équivalents de termes anciens et celles en fin du volume pour donner l’origine des citations. On s’y fait, je le sais ; je suis venu à bout du Livre I, souvent avec plaisir. Mais il faut le mériter. Le son assourdi des explosions m’a déconcentré. J’ai entendu M. qui me demandait si je voulais voir le feu d’artifice. Je l’ai rejointe à l’étage, pas mécontent de m’évader. De là, on pouvait voir les lumières exploser par-dessus les toits. Le rythme était lent, les feux pas très impressionnants. J’ai foncé reprendre ma lecture.

lundi 14 juillet 2025

Yoga


 

Pour l’instant (j’en suis au premier tiers environ), le livre d’Emmanuel Carrière a pour sujet la méditation à travers le récit d’un stage intensif d’une semaine. D’autres péripéties sont annoncées. Premier bilan : Carrère est un excellent raconteur et un bon écrivain. On ne s’ennuie pas et on sourit souvent. La méditation est un sujet qui m’intéresse depuis longtemps. Je n’ai jamais réussi à me plier complètement à la posture règlementaire. Comme je ne voulais pas non plus renoncer aux bienfaits de cette pratique ancestrale, j’ai mis au point mon yoga à moi. L’important est d’être assis sur le sol. Peu importe ce qu’on fait de ses jambes mais une fois installé, il faut essayer de bouger le moins possible. Je trouve que la musique est un excellent support. Le choix influe sur la qualité de la séance. En ce moment, je passe les enregistrements des sessions d’enregistrement des Stones vers 77-78 à Paris. Les morceaux qui s’étirent ressemblent aux ragas indiens dont Carrère dit qu’ils « vous immergent dans une immobilité qui rayonne en tous sens, en sorte qu’on ne sait jamais où on en est et qu’on est en même temps toujours au centre. »

samedi 12 juillet 2025

Monologue

 


Je lis une recension de La Somnolence, premier roman de Jean-Pierre Martinet qui ressort ces jours-ci. Le livre suit la logorrhée d’une femme de 76 ans qui vocifère en ne s’adressant à personne précisément. Cela m’a fait penser au dingo qu’on entend souvent parler tout seul en déclamant lorsque nous passons devant son pavillon avec le chien. Il se déclenche sans se montrer sur son perron, juste après notre passage, ce qui fait qu’on ne distingue pas clairement ses propos. Une fois, il était question des déjections des chiens qui répandent des bactéries. Difficile de ne pas se sentir visé avec notre toutou en laisse. La dernière fois, j’ai saisi la fin d’une tirade où il était question des « personnes sournoises qui arrivent par derrière sans prévenir, ça suffit ! » Pour ce que j’en entends, cela ressemble des discours revendicatifs relativement articulés. Ils sont déclamés sur un ton assez retenu (pas de cris ou d’insultes) avec des effets oratoires, des haussements de ton indiquant l’indignation.


vendredi 11 juillet 2025

Dialogue

 

— J’ai l’impression que nous sommes partis pour un été « citations ». Je recopie celle-ci, tirée de Yoga d’Emmanuel Carrère, qui confie l’avoir lui-même recopiée dans de nombreux carnets (j’espère qu’elle n’a pas été modifiée en cours de route). Elle est de Glenn Gould. « La visée de l’art n’est pas la décharge momentanée d’une sécrétion d’adrénaline mais la construction patiente, sur la durée d’une vie entière, d’un état de quiétude et d’émerveillement. »

— Joli. Et le livre de Carrère ?

— On en parlera plus tard.

 


jeudi 10 juillet 2025

Sur les courtisans

 

Chamfort : « Quelle vie que celle de la plupart des gens de cour ! Ils se laissent ennuyer, excéder, avilir, asservir, tourmenter pour des intérêts misérables. Ils attendent, pour vivre, pour être heureux, la mort de leurs ennemis, de leurs rivaux d’ambition, de ceux mêmes qu’ils appellent leurs amis ; et pendant que leurs vœux appellent cette mort, ils sèchent, ils dépérissent, meurent eux-mêmes, en demandant des nouvelles de la santé de M. tel, de Mme telle, qui s’obstinent à ne pas mourir. »


mercredi 9 juillet 2025

La France qui bat des records

 

Halte à l’auto-flagellation et à la morosité. Notre pays est capable de se surpasser. Quelques exemples de performances éclatantes sont apportés par une étude annuelle de l’Institut national de la Statistique et des Etudes économiques (Insee) sur la pauvreté, parue ce lundi 7 juillet. Record battu en 2023 pour le taux de pauvreté avec 15,4 %  soit le taux le plus élevé depuis trente ans. Comme la hausse du niveau de vie des plus « aisés » a été « dynamique » dans le même temps grâce « au rendement des produits financiers », un autre record historique est battu : celui des inégalités. Comment améliorer  encore notre score ? Continuer à ne rien faire et attendre les effets bienfaisants du ruissellement.

 


mardi 8 juillet 2025

1975 (suite)

 

J’ai envie de revenir à l’année 1975, plus précisément à l’été de cette année-là. La bande adolescente que nous formions était constituée de quatre garçons et un peu moins de filles. Tout le monde devait se retrouver dans une maison du vieux Hyères appartenant à la famille des filles. Avec un copain, nous avons rejoint le sud en stop. Une grande partie du trajet s’est déroulée comme dans un film américain des années 70, cheveux au vent à l’arrière d’une voiture de sport décapotable conduite par un couple de jeunes gens beaux et friqués qui incarnaient la douceur de vivre. Les paysages ensoleillés défilèrent comme dans un rêve éveillé. Après une année d’internat dans la grisaille et l’ennui d’une petite ville l’Aisne, c’était comme se transporter dans un autre monde où tout était soudainement beau, sexy et totalement cool.


lundi 7 juillet 2025

Ouf !

 

Le blog a retrouvé son petit trafic habituel d’habitués. Début juillet, il y a eu une arrivée soudaine si massive qu’elle a formé un pic montagneux sur la ligne ordinairement régulière et paisible des statistiques. Ce pic s’est produit en pleine nuit, l’essentiel provenait des Etats-Unis. Le lendemain, encore plus étrange, c’est d’Autriche qu’on débarqué en masse pour voir le Carnet. Je n’ai aucune explication et n’en cherche pas ; l’essentiel est que le phénomène s’est interrompu. Ce petit évènement m’a rappelé que je goûte avant tout la discrétion. Protégez-moi des foules. Je suis un anti-influenceur. On dit que le web est mort, tué par les bots qui aspirent les données pour nourrir les IA. Dans un avenir proche, plus personne ou presque ne consultera les sites (ne parlons pas de ceux qui suivent des blogs). C’est une excellente nouvelle ! Le retour de la singularité est à notre portée, tenons-nous à l’écart du rouleau compresseur mainstream. Vive l’underground et la diffusion réservée aux happy few. Keep on bloging !