les rares qui sont différents
sont assez vite éliminés
par la police, leur mère, leurs
frères ou d'autres ; par
eux mêmes
ce que vous voyez est tout
ce qui reste
Charles Bukowski
G-0C9MFWP390
sont assez vite éliminés
par la police, leur mère, leurs
frères ou d'autres ; par
eux mêmes
ce que vous voyez est tout
ce qui reste
Charles Bukowski
Bien que vécues avec un
tempérament différent, j’ai beaucoup de choses en commun avec Cécile Guilbert :
l’amour de la lecture envisagée comme activité magique indispensable à la
survie de l’esprit ; le goût des stupéfiants et surtout, la compagnie des écrivains
qui ont écrit sur leurs expérimentations (Michaux, De Qincey, Baudelaire,
Burroughs) ; l’Inde comme destination radicale dont on ne se remet pas (un seul voyage pour moi) ;
la curiosité pour les pensées orientales. En revanche, je n'ai pas connu cette proximité avec la mort, qui occupe une place
prépondérante dans ces souvenirs. Et je n'ai pas connu à ce jour l'éveil au pied d'un gourou.
Cécile Guilbert, Feux sacrés
Tu te trouves étrangère même dans ta salle de bains
N’es vraiment nulle part familière autochtone
Souvent te sens bizarre en présence des gens
Où sont-ce eux qui sont strange parce que tu es stranger –
Avec les grenouilles vertes les girafes à trapèzes
Avec les coccinelles et les esperluettes
Les trombones à coulisse les bâtons de bergère
Les clefs à mobylette oubliées dans les ronces
Les tire-bouchons zélés les tapis les balais
Tu peux rester toi-même tu n’as pas de problème
Alien peut-être mais non regardée de travers –
Parce que people are strange when you are a stranger
Et puisqu’on est toujours le martien de quelqu’un
Tu es nantie drôlement avec ta pomme de douche.
Valérie Rouzeau, Sens averses (répétitions)
![]() |
| Philip Guston |
Toutes mes excuses aux cathos
tradis, aux amoureux des rituels collectifs, aux habitués des repas en famille,
aux consommateurs compulsifs : Noël est pour moi un jour comme un autre.
Il faut croire qu’ici, c’est Noël tous les jours – sans les excès obligatoires. En revanche,
je respecte le changement d’année, le moment des bilans, des perspectives, des
projets. Je ne rate jamais la lecture de l’horoscope, le tirage du Yi King, les rétrospectives de l'année écoulée. On a beau savoir que le
découpage en tranches annuelles est une convention sans incidence sur le flux
du temps, il est agréable d’avoir l’impression de commencer un cahier
tout neuf avec un nouveau numéro.
L’année 2025 restera dans les
annales comme une des plus contre-cool à ce stade de l’évolution en cours (mais
je ne doute pas qu’on doit pouvoir faire pire). Il existe un remède efficace à
cette mauvaise ambiance qui accompagne la montée en puissance du camp ultraconservateur.
Il s’agit du film « Une bataille après l’autre » que je viens de
voir après tout le monde. Paul Thomas Anderson a adapté le roman de Pynchon en le situant dans l’Amérique
d’aujourd’hui mais il est resté fidèle à l’esprit : un regard désabusé sur
les engagements et les combats perdus de sa génération sans reniement ni concession
envers l’ordre social. C’est un film totalement réussi et qui a le mérite de
rendre heureux.
Ces journées d’hiver, les dernières de l’année 2025, j'y repenserai peut-être un jour avec une forme de nostalgie légère. Des journées grises, faiblement éclairées par un
soleil invisible ; beaucoup d’eau, d’humidité ; de tous côtés, des
informations désolantes. Et pourtant, journées précieuses, « belles journées » de lecture, de songerie et de promenades nocturnes dans la ville illuminée où l'on n'entend pas de bruits de guerre. Je mesure notre chance.
il vient de paraitre
aux éditions du GFIV
une sorte de best of
sélection réalisée par Bill T.
mêlant dessins et peintures
aquarelles et gouaches
dessins au crayon, à la plume
lavis et crayons de couleur
intérieurs, paysages
beaucoup de scènes de rue
et pour y accéder
rien de plus simple
il suffit de cliquer
sur ce lien :
http://bill.terebenthine.free.fr/BOOKS/peintures202425.pdf
![]() |
| Philip Guston, As It Goes |
Guston : "Quand les années 1960 sont arrivées, je me suis senti divisé, schizophrène. La guerre, ce qui arrivait à l'Amérique, la brutalité du monde. Quel genre d'homme étais-je, assis à la maison, lisant des magazines, entrant dans une fureur frustrée à propos de tout, puis allant dans mon atelier pour ajuster un rouge à un bleu ? J'en ai eu assez de toute cette pureté ! Introduire le crime, la guerre et le sexe, la distorsion et la vulgarité dans l'image a été une façon d'ôter au tableau toute dimension décorative - littéralement de le faire sortir de la salle à manger parce que personne ne voudrait boire un jus d'orange dans la même pièce."
Marc Weitzmann, La Part sauvage
Tiens ! Un tableau de Cézanne sur
mon calendrier. Ceci ramène un lointain souvenir. Après une soutenance de
maîtrise à Paris 8, j’avais rencontré une jeune étudiante venue sur les lieux
pour le même motif. Nous étions rentrés ensemble sur Paris centre et avions
longuement discuté dans un café. Je ne me souviens plus des sujets abordés mais
l’échange avait duré longtemps et l’entente était parfaite. Il faut signaler
qu’elle était belle, élégante ; elle travaillait dans un musée en Grèce,
je crois. Bref, elle avait la grande classe et je n’en revenais pas d’avoir
réussi à la captiver ainsi avec mes propos brillants (rires). Elle commençait à
évoquer la journée du lendemain, qu’elle passerait, comme moi, à Paris. Cela
passait obligatoirement par une exposition. Il s'en tenait une consacrée à la période « couillarde » de Cézanne. Dans un cri du cœur,
j’ai lâché « Je n’aime pas Cézanne ». Elle a sursauté comme si j’avais
dit une énormité. Trop tard : d'un seul coup, le charme était rompu. Un rendez-vous a été
fixé sans conviction ; comme prévu, elle ne ne s’y est pas rendue. Depuis, j’ai changé. J’apprécie
les paysages de la fin et j’aime beaucoup ses aquarelles. Mais il est trop tard pour rattraper
le coup.
Quand j’étais sur Facebook - que j’ai quitté il y a plus d’un an maintenant -, je lisais les textes d’un type très à droite * qui écrivait avec style à propos de ce qu’il avait baptisé l’esthétique « contre-cool ». J’aimais bien ses descriptions du quartier de Trocadéro (où j’ai brièvement habité dans ma jeunesse), les architectures, les grandes avenues désertes sous la pluie comme dans un plan d’un film de Jean-Pierre Melville. Pourquoi je repense à ça ? Très simplement parce que je cherchais un terme pour qualifier l’ambiance qui règne en ce moment et c’est ce terme qui m’est venu à l’esprit. L’époque est complètement, totalement, absolument, contre cool.
* Il s’agissait de Pierre Robin
Pas de carnet
encore moins de cahier
comme à l’école
des bouts de papier c’est
pratique
pas besoin de bureau
ni de table
on prend un livre
on pose le bout de papier dessus
et c’est parti
cela ne garantit pas
contre les pensées stéréotypées
mais contre elles
il n’y a pas de recette magique
tu peux juste espérer
avoir conservé
un peu de cette chose
qui ne se décide pas
et qui est là ou pas
Ne pas se laisser impressionner
par les menaces ; la guerre a toujours été là. J’y pense en écoutant Leonard
Cohen qui chantait There is a war au
début des années 70. Après la lecture de Un
homme de Philip Roth, qui commence dans un cimetière et se termine dans une
salle d’opération, après la lecture de ce
roman qui m’a laissé KO, je me suis demandé avec quoi j'allais pouvoir enchainer. Tout paraissait
si futile. J’ai laissé tomber un essai sur Noël (brillant, mais si léger) ; j'ai remis à plus tard
le récit de l'initiation spirituelle de Cécile Guilbert ; finalement, je me suis replié sur le livre de Marc Weitzmann consacré
à... Philip Roth.
— Tant pis. Je n’irai pas aux
Etats-Unis. Cela ne sera pas possible.
— C’est quoi le problème ?
—Mon « historique des médias
sociaux ».
— Il contient des mots interdits ?
Tu y parles du changement climatique ? De justice sociale ?
— C’est pire. Cet historique est
totalement vide. J’ai passé du temps dessus à une époque mais je les ai tous
quittés.
— Absent des réseaux
sociaux ? C’est suspect.
— Je sais. Mais il y a pire. Il y
a ce blog, Le Carnet de Joe Legloseur.
Il a été déréférencé par Google.
— C’est leur conception de la
liberté d’expression.
— Il faut croire. Le « free
speech » est à sens unique. Je pourrais leur montrer ma playlist du
moment. A part quelques anglais, il y a surtout des musiciens américains que j’aime
beaucoup. Mais je ne sais pas s’ils appartiennent à la culture MAGA.
— J’en doute...
« Donald Trump a annoncé, lundi 8 décembre, qu’il
allait signer un décret dans la semaine pour empêcher les Etats américains de
réguler l’intelligence artificielle (IA) à leur niveau. » (Le Monde)
Et, le même jour, dans une tribune signe par l’écrivain Abel Quentin où l’on pouvait lire ceci :
« Depuis dix ans, tout a été
écrit sur ce processus d’aliénation « sans équivalent dans l’histoire de
l’humanité », selon les mots du chercheur en neurosciences Michel
Desmurget. Son caractère délibéré a été
admis par certains de ses organisateurs. Ancien président de Facebook, Sean
Parker a reconnu que le réseau social a été conçu autour de « l’exploitation de
la vulnérabilité de l’humain et sa psychologie ». Et d’ajouter : « Dieu sait ce
que ça fait au cerveau de nos enfants (…) Les inventeurs, les créateurs – comme
moi, Mark [Zuckerberg] , Kevin Systrom d’Instagram et tous ces gens – avions
bien compris cela, c’était conscient. Et on l’a fait quand même. » Les experts
s’accordent sur le constat d’un gâchis gigantesque, alors que le temps de
cerveau disponible avait augmenté comme jamais, au cours du dernier siècle.
Depuis 2022, la révolution de l’IA générative fait courir un péril plus vaste
encore : que l’homme renonce définitivement à lui-même. »
Levé plus tôt
que d’habitude
livraison d’un colis
annoncée entre 8h et 11h
matinée à attendre
en essayant de s’occuper
mal réveillé
encore du café
message du livreur
qui indique avoir déposé le colis
au point relais
motif : destinataire absent
pas grave
il suffit d’aller le chercher
au Carrefour City
au retour déballage
du nouvel aspirateur
il est très beau
et a l’air moderne
je sens que nous allons
nous entendre
"La religion était une imposture qu'il avait démasquée très tôt dans sa vie ; elles lui déplaisaient toutes ; il jugeait leur folklore superstitieux, absurde, infantile : il avait horreur de l'immaturité crasse qui les caractérisait, avec leur vocabulaire infantilisant, leur suffisance morale, et leurs ouailles, ces croyants avides."
Philip Roth, Un homme
Bernard Arnault
paye
proportionnellement
moins d’impôt
sur le revenu
qu’un salarié
au SMIC
3 milliards
de dividendes
presque entièrement
défiscalisés
(d'après Gabriel Zucman)
Lorsque je lis de la poésie
contemporaine, je pense souvent à Brautigan. Je me dis que le poète du sucre de
pastèque et des retombées de sombrero aurait été très étonné s’il avait su
qu’il aurait une grande influence sur de nombreux poètes français de le fin du
vingtième et du début du vingt-et-unième siècle. Il n’en avait pas la
possibilité et il s’est tiré une balle à cause (entre autre) du manque de
reconnaissance que subissait sa poésie dans son pays. Je me dis
qu’avant Brautigan, il n’y avait rien de semblable dans la littérature
américaine (ce ton ironique et doucement mélancolique, cette fantaisie sans
limite, son attention aux détails, etc.). Force est de constater qu’il a donné
naissance, ici en France, à un style sympacool convenu et sans surprise, un académisme bien
éloigné de l’explosion de créativité qui imprégnait les livres de Brautigan.
Vous avez peut-être eu l’occasion
de voir ou d’entendre un représentant de l’agriculture intensive défendre l’usage
du glyphosate citer une étude scientifique qui avait démontré le caractère
inoffensif de l’herbicide. Cela en imposait. Hélas, cette étude de 2000 vient d’être
vient d’être officiellement désavouée par la revue qui l’avait publiée. Les
véritables auteurs de la publication ne seraient pas les signataires mais des
cadres de l’entreprise Monsento. On appelle ghostwriting
la pratique qui consiste à rémunérer des chercheurs en échange de leur
signature pour une étude dont ils ne sont pas les auteurs. Etre payé pour une
simple signature, il faut avouer que cela peut être tentant.
Je reviens de cette annexe que
nous appelons l’atelier. Ma mission : repeindre la porte partie
intérieure. La contrainte : le faire assez vite avant que le froid arrive
(ça caille déjà pas mal et l’endroit n’est pas chauffé). Cette après-midi était
consacrée aux préparations, essentiellement gratter l’ancienne peinture qui
s’écaillait. Il y a une radio sur place, je l’ai allumée. Il y avait une
émission sur les souvenirs d’enfance de Perec. Le son crachotait, il y avait des
parasites. J’aime bien lorsque les voix sont en partie brouillées. Il faut
compléter, imaginer. Parfois renoncer à comprendre.
J'arrête tout pour regarder l'averse de grêle sur la terrasse.
Jeudi 27 novembre, un briefing téléphonique est accordé aux journalistes et un déplacement de trois
ministres (agriculture, écologie et santé) est annoncé pour le lendemain, à 12 heures, afin de
présenter la Snanc. Cette fois-ci, c’est la bonne ! Quelques heures plus tard, le déplacement
ministériel est annulé sans explications. Le lendemain matin, la cellule investigation de Radio France
révèle que le texte que s’apprête à publier le gouvernement a été expurgé d’un objectif visant à «
limiter les aliments ultratransformés » – une suppression demandée de longue date par l’Association
nationale des industries agroalimentaires (ANIA).
La disparition de cet objectif est d’autant plus embarrassante qu’elle intervient seulement quelques
jours après la publication d’une série d’articles de recherche dans la revue The Lancet. Une
quarantaine de chercheurs internationaux y enjoignent aux pouvoirs publics d’agir fermement contre
l’alimentation ultratransformée, mise en cause dans « l’escalade du fardeau des maladies chroniques
». Explication d’un représentant du ministère de l’agriculture : « Le terme d’aliment ultratransformé
ne dispose actuellement pas de définition, ni scientifique ni réglementaire. »
Le Monde 30-11-2025
Maintenant que je sais que mon
cerveau a un fonctionnement différent, que je situe à peu près les causes
observées au niveau du fonctionnement des neurones, principalement au niveau du
cortex préfrontal qui commande les fonctions exécutives (organisation,
planification, etc., là où ça coince pour les personnes ayant un TDAH), j’essaie d’en savoir plus sur le
fonctionnement des neurones et la manière de les activer. Donc, de mémoire, un
neurone est composé de dendrites qui traitent les informations en provenance d’autres
neurones et d’un axone le long duquel les neurotransmetteurs font circuler l’influx
nerveux jusqu’au synapse pour le transmettre à un neurone voisin. En gros. C’est
évidemment immensément plus complexe et les neuroscientifiques en sont encore
au début. C’est quand même plus fascinant que les robots.
Le monde qui vient
où l’IA occupera
nous dit-on
une place grandissante
ce sera sans moi
je me sentirai un peu seul
ce ne sera pas nouveau
j’aimerais éviter de tomber
dans la nostalgie pleurnicharde
c’est vite fait
et c’est de mon âge