Le monde qui vient
où l’IA occupera
nous dit-on
une place grandissante
ce sera sans moi
je me sentirai un peu seul
ce ne sera pas nouveau
j’aimerais éviter de tomber
dans la nostalgie pleurnicharde
c’est vite fait
et c’est de mon âge
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Le monde qui vient
où l’IA occupera
nous dit-on
une place grandissante
ce sera sans moi
je me sentirai un peu seul
ce ne sera pas nouveau
j’aimerais éviter de tomber
dans la nostalgie pleurnicharde
c’est vite fait
et c’est de mon âge
la journée s’est écoulée
sans évènement marquant
courses au supermarché
un peu de lecture
promenade
des travaux dans la rue
m’obligent à prendre un trajet
qui longe le cimetière
particulièrement désolé
avec les tilleuls dénudés
et le mur humide
une bonne manière
d’apprécier sa chance
même si un vent mauvais
vous fait grelotter
Le problème avec les souvenirs, c’est qu’on peut
difficilement les modifier ou en inventer de nouveaux. Les deux opérations
peuvent être effectuées lorsqu’on s’adresse aux autres ; vis-à-vis de
soi-même, c’est beaucoup plus difficile. On peut également tenter d’effacer les
souvenirs désagréables et solliciter les bons moments. La principale limite de
la démarche est qu’on se heurte à la quantité relativement réduite de souvenirs
méritant plusieurs rediffusions. J’en ai cinq ou six de ce niveau (c’est déjà
pas mal, j’en suis conscient). Ils ressemblent à des scènes de films du genre
Truffaut ; mais même ces moments hors du temps peuvent finir par s’user.
Le mieux est encore d’en créer des nouveaux, si cela est encore possible.
Complètement prêt
pour cotoyer des gens
dont le principal ami et
confident
est une IA
je suis extrêmement tolérant
comme pouvaient l’être les
sceptiques
qui suspendaient leur jugement
la situation est claire
surtout le matin en regardant
dehors
le jardin après la pluie
tandis que les infos défilent à
la radio
d’un côté la lumière dorée du
soleil d’automne
sur les feuilles luisantes et de
l’autre côté
le défilé des réalités
alternatives
on s’y fait petit à petit
on se fait à tout
c’est même à ça qu’on nous
reconnait
nous les humains
L’humidité battait des records
et le vent soufflait fort
(cette rime s’est glissée
indépendamment de ma volonté)
j’étais en train de me concentrer
sur une baguette en quart de rond
que j’avais l’intention de scier
soudain François M. a envahi mon
esprit
surgie du fin fond de la classe
de troisième
avec ses petits seins pointus
qui se dressaient sous sa blouse
j’y pensais en regardant tomber
la pluie sur la terrasse
bref j’étais complètement
déconcentré
le bricolage a fini en
catastrophe
et c’est la faute à Françoise M.
Je constate que France Inter est
inaudible
à moins d’aimer les rires forcés
les interviews de rappeurs
ce genre de choses
je sauve quand même
deux émissions
le jeu des 1000€
(banco ! banco !
banco !)
et le bulletin météo
deux points de repères
qui ont traversé le fleuve du
temps
sans rien changer ou presque
deux façons de voyager
dans les régions et les villes
où je ne mettrai probablement
jamais les pieds
et qui me font rêver
parce que je ne les ai jamais
vues
Ô cruauté du soleil d’hiver
lumière blanche et rasante
qui éclaire impitoyablement
chaque couche de poussière
souligne la moindre ridule
rappelant que les coups de vieux
surviennent toujours par surprise
toujours sans prévenir
inutile d'ajouter que
passer un coup d’aspirateur
Tout à l’heure, en préparant le
dîner, j’ai lu un passage du Journal
de Matthieu Galley dans lequel il évoquait une soirée où se trouvait « un Aragon
détendu » (bien sûr accompagné de l’inévitable Elsa). L’occasion d’un
portrait dont je me suis régalé. « Il crée consciemment le malaise, il
aime que l’air, autour de lui, soit électrique. Mais c’est lui-même qui branche
le courant. »