G-0C9MFWP390 Le Carnet de Joe Legloseur

jeudi 16 avril 2026

Musique du passé


 

Tenté en vain de me raisonner

est-ce bien sérieux ?

à mon âge

écouter les Who

un concert de 1970

l’année de Live at Leeds

leur meilleure période

je ne sais pas si c’est sérieux

mais c’est absolument charmant

le son est superbe

on en aurait rêvé

à l’époque

 

mercredi 15 avril 2026

Surprise


 Suivre, même de loin, une fin de vie, vous fait pleinement ressentir le poids de néant que représente une existence humaine. « Tout ça pour ça ? », ne peut-on s’empêcher de penser. Pris d’un vertige métaphysique auquel je ne suis pas accoutumé, j’ai tendu machinalement la main vers un rayon de la bibliothèque en direction d’un livre de Cioran, pensant y trouver quelques aphorismes mettant en forme ce vide qui s’abattait soudain sur moi. Or, je n’ai rien trouvé de semblable. A la place du sceptique prônant le doute radical, je suis tombé sur une autre facette, celle du « mystique contrarié » qui écrit : « Plotin n’a connu que quatre extases ; Ramana Maharshi une seule. Qu’importe le nombre ! S’il faut plaindre quelqu’un, c’est celui qui n’en a jamais pressenti aucune, et qui en parle par ouï-dire. » Etonnant, non ?

mardi 14 avril 2026

Vieux papier


 

Si j’avais l’âme d’un collectionneur, je me lancerais bien dans l’acquisition de ces albums de BD franco-belge publiés aux éditions du Lombard. J’ai tellement rêvé sur ces héros dont les aventures étaient prépubliées en feuilleton dans le journal de Tintin. J’avais mis la main sur la collection d’un cousin plus âgé et j’ai appris à lire avec eux. Mais je ne le ferai pas pour deux raisons : 1. J’ai déjà assez accumulé de livres et de journaux (de quoi ouvrir ma propre boutique de bouquiniste) ; 2. J’aurais trop peur d’être déçu en découvrant que ces histoires ne me font plus rêver. Regarder les couvertures dans la vitrine suffit à mon bonheur.

lundi 13 avril 2026

Que faire ?



 


Ce soir, je n’ai envie de rien

aucun film ne m’attire

et j’ai trop lu aujourd’hui

pourquoi se forcer

à faire quelque chose

quand il est si agréable

de ne rien faire du tout

à part respirer et regarder


samedi 11 avril 2026

Elegance


 

On apprécie particulièrement la classe et l'élégance de Nicolas S. dont la stratégie consiste à faire porter toute la responsabilité sur son vieil ami, ancien secrétaire général, aujourd'hui malade et dont la principale qualité est d’être absent du tribunal. Pourquoi pas en faire son prochain livre ? Notre suggestion le titre : « Comment j’ai trahi un ami », un récit déchirant aux accents dostoïevskiens. Bestseller garanti.

vendredi 10 avril 2026

Mode d'emploi

Bill Térébenthine

International : les journalistes commencent à s’adapter à la communication ubuesque en provenance de la Maison-Blanche. La plupart d'entre eux a renoncé à commenter les dernières éructations du président. Il pourrait annoncer, le doigt sur le bouton, qu’il allait déclencher l’apocalypse nucléaire dans cinq secondes, le fait serait à peine évoqué et on passerait à la météo. 

 

jeudi 9 avril 2026

La lecture en 2026


 

La bibliothèque papier est pleine à ras bord. Les volumes non-lus se font rares. Toujours pas ouvert Homère et j’ai calé au milieu des Essais (mais je les reprendrai). Et puis il y a toutes les relectures en attente. De quoi ne pas s’ennuyer avant d’être aveugle. La nouveauté, c’est la bibliothèque numérique qui commence à prendre des proportions imposantes. Sur le smartphone, les fichiers s’accumulent rapidement. J’apprécie la concentration spatiale, la possibilité de lire avec le chien sur les genoux, le recours à la désintégration en cas de livre décevant. Mais je retrouve toujours avec plaisir les vieilles sensations des livres en papier. Cela ne s’imite pas.

 

mercredi 8 avril 2026

Perdu et retrouvé


 "Lorsque enfin, cessant de raisonner, l'on immobilise son esprit, il y a quelque chose de plus. On éprouve une étrange nostalgie, presque un souvenir de quelque chose que l'on savait jadis, et que l'on a depuis longtemps oublié. Et l'on se demande, en connaissant trop bien la réponse, ce que l'on possède à la place de ce qui est perdu. Vanité, illusion, néant.

mardi 7 avril 2026

La vie fascinante des maîtres du monde (suite)


 

A signaler, dans le dernier numéro du Monde Diplomatique, un article de Monique Pinçon-Charlot consacré aux révélations liées au dossier Epstein.  Selon la sociologue des ultrariches, "les médias dominants - souvent détenus par des milliardaires - ont transformé l'"affaire Epstein" en un fait divers scabreux et racoleur. Une telle lecture tend à masquer le fonctionnement réel d'une classe sociale qui concentre tous les pouvoirs (économique, social, culturel...) et vit à l'écart du reste de la population, qu'elle domine et exploite à sa guise." Tous ces mails, ces rendez-vous, révèle le fonctionnement des "réseaux personnels des dominants". Ceux-ci "s'insèrent dans un ensemble d'organisations internationales, de clubs privés, de clubs de golf, de think tanks et parfois de partis politiques."

A propos des documents de l'enquête, je croyais qu'il en restait seulement un peu à publier. Au détour d'un article sur le limogeage de Pam Bondi, j'ai appris qu'il restait près de la moitié des archives Epstein en attente d'une publication.


lundi 6 avril 2026

Dans la montagne froide



allant vers le torrent, me regardant dans le courant

ou du côté de la falaise, m'asseoir sur un grand rocher

cœur, nuage solitaire, nulle attache

les affaires du monde, à quoi bon courir après ?


Shan Han, 108 poèmes

samedi 4 avril 2026

Instant


 

Sortant le chien dans la cour

je lève la tête vers le ciel

la pleine lune apparait

à travers les nuages

le chien veut rentrer

il a fini d’uriner

je m’éloigne illuminé

vendredi 3 avril 2026

Soutien total au meilleur président des USA de tous les temps et même au-delà


 

Une pensée spéciale pour les trumpistes français qui doivent traverser une période difficile. Je leur apporte ici mon soutien. On entend dire partout que le très grand stratège américain n'a "aucun but de guerre". C'est faux. Comment ferait-il pour que tous les buts soient atteints, comme il l'a annoncé, si ces but de guerre n'existaient pas. En revanche, il y en a un qu'on oublie généralement de mentionner et qui saute pourtant aux yeux : on ne parle presque plus de l'affaire Epstein. 

PS : le titre est stratégique. Il a pour fonction d'obtenir les faveurs de l'algorithme de Google dans l'espoir (un peu vain) d'obtenir enfin un référencement dans le plus grand moteur de recherche du monde. 

jeudi 2 avril 2026

Cowboys


 

Sans grande surprise, c'est avec un grand plaisir que j’ai regardé le western proposé par Arte, La caravane de feu (1967). A noter : le film est sorti la même année que Bonnie et Clyde qui allait lancer ce qu’on appelle le « nouvel Hollywood » mais il reste fidèle (à un détail près) aux canons classiques du western humaniste façon Rio Bravo. La réalisation est efficace dans les scènes d’action et les passages obligés comme la bagarre générale dans le saloon très cartoon. On apprécie particulièrement le jeu des deux acteurs principaux : John Wayne, égal à lui-même c'est-à-dire parfait, et Kirk Douglas en dandy élégant (foulard jaune canard et unique gant noir). Le premier incarne la droiture, le second est plus fourbe. Il y a même des indiens plutôt cools (c'est le détail qui montre un début d'évolution appelée à se poursuivre la décennie suivante).

mercredi 1 avril 2026

Vous avez dit "néoréactionnaire" ?

"Certes, la néoréaction incorpore des éléments nouveaux, en particulier le libertarianisme et la
technophilie, mais elle reste une pensée réactionnaire. Tout d’abord parce qu’il existe un véritable
intertexte avec la tradition réactionnaire (Carlyle, Maistre, Schmitt, Spengler, Evola, etc.), mais aussi
parce que la néoréaction s’oppose frontalement au conservatisme. Elle n’entend pas simplement
défendre un ensemble de valeurs morales ou religieuses mais créer une véritable rupture historique
et instaurer — ou réinstaurer — un nouvel ordre politique. Sans les catégories d’analyse de la pensée
réactionnaire, on ne pourrait voir autre chose dans la néoréaction qu’une nébuleuse numérique
incompréhensible.
La pensée néoréactionnaire est une tentative de concilier l’innovation technocapitaliste avec la
stabilité d’une société hiérarchique. Bien sûr, cette union stratégique se fait avant tout contre un
ennemi commun : l’égalitarisme démocratique."
Arnaud Miranda, extrait d'un entretien à lire ici.


 

mardi 31 mars 2026

Joie


 

Il n’est jamais trop tard

Pour voir le côté positif des choses

Après une vie de sarcasmes

Et de ricanements

Il est temps de relever

Un motif de satisfaction

La poésie existe encore

Dans ce monde de chaos

Et de destruction

Et ce simple fait

M’apporte une forme

De réconfort

 

 

lundi 30 mars 2026

Vide Profond


 « L’ombre de Parker plane sur Mexico City Blues au gré des souvenirs musicaux de Kerouac lors de nuits mémorables comme cette séquence relatée dans Les Souterrains (1958). Il met en œuvre l’écriture spontanée qui exige la désinhibition, l’absence de censure, l’usage des processus de l’automatisme et de l’association libre, mais avec la visée encore plus radicale de la disparition du filtre de la pensée aboutissant à la disparition du moi pour accéder au Vide Profond du bouddhisme.
Dans ses notes préliminaires Kerouac nous avertit : « Je veux être considéré comme un poète de jazz soufflant un long blues au cours d’une jam-session un dimanche après-midi. »

Yves Buin, préface à Mexico City Blues

samedi 28 mars 2026

Sourire ivre


 "Il n'est pas possible de fixer la minute, ni de désigner l'œuvre où ce que nous appelons aujourd'hui l'âme hellénique essaya de se définir pour la première fois. Les jeunes femmes trouvées il y a vingt ans, près de l'Érechthéion, dans le remblais de soutènement du Parthénon, où les terrassiers grecs mises après l'incendie et le sac de l'Acropole par les soldats de Xerxès, ont peut-être les premières le sourire ivre qui l'annonce. Sans doute, le parfum des îles y domine. Elles songent surtout à plaire, elles sont femmes, une force amoureuse invincible rayonne d'elles, les environne et les accompagne d'une rumeur de désirs." 

Elie Faure, Histoire de l'art, L'art antique