G-0C9MFWP390 Le Carnet de Joe Legloseur

jeudi 26 février 2026

Vision


 "Quand tout disparaît par excès de réalité, grâce au déploiement d'une technologie sans limite matérielle ou mentale, quand l'homme est en mesure d'aller au bout de ses possibilités, il entre par là même dans un monde qui l'expulse. Car si le propre de l'être vivant est de ne pas aller au bout de ses possibilités, il est de l'essence de l'objet technique d'épuiser les siennes, et de les déployer envers et contre tout, y compris contre l'homme lui-même, impliquant, à plus ou moins long terme, sa disparition."
Ce court texte est paru en 2007, l'année de la disparition de l'auteur.

mercredi 25 février 2026

Les belles âmes


 

Certains jours, il m’arrive d’être assailli par un trop plein de bonté, de générosité et de soucis des autres qui se déverse sur moi en abondance. Je me sens alors terriblement laid moralement, égoïste et mesquin, savourant ma tasse de café alors que les souffrances continuent de s’accumuler autour de moi, monstre d’indifférence qui se permet de savourer chaque gorgée de boisson chaude en oubliant complètement ce qui ne se trouve pas immédiatement sous ses yeux. Cela m’apparait cruellement lorsque j’entends ou lis les paroles de ceux qui sont invités à s’exprimer dans les médias. Dans le monde de la culture particulièrement, il y a un concours permanent, une compétition pour faire savoir, avec un impressionnant accent de sincérité, qui est le plus touché au cœur par les malheurs du monde. L’exhibition de toutes ces belles âmes ne peut que me renvoyer à ma propre insouciance, à ma légèreté insupportablement individualiste.   

 

mardi 24 février 2026

Survivre (guide approximatif)


 

Chacun a ses petits trucs

ses bricolages nés de l’observation

pour tenter de rester à l’écart

éviter autant que possible

les ennuis, les désagréments

 

chacun a ses procédures

j’ai les miennes

 

une liste d’endroits à éviter


on y trouve les prisons

les hôpitaux

les monastères

les tribunaux

 

de cette liste découle

celle des personnes

à ne jamais approcher

elle est facile à deviner


lundi 23 février 2026

Introspection robotique


 J'ai interrogé ChatGPT à propos de lui-même. 

La question était : Es-tu une IA "faible" ou une IA "forte" ?

La réponse du chatbot a été : Je suis une IA “faible” (ou étroite).

Pourquoi ?

Je suis conçue pour traiter et générer du langage, analyser des informations et aider sur des tâches

spécifiques.

Je n’ai pas de conscience, pas d’intentions propres, pas d’expérience subjective du monde.

Mon fonctionnement repose sur des modèles statistiques entraînés sur des données, pas sur une

compréhension autonome comparable à l’intelligence humaine générale.


Ce que serait une IA “forte”

On parle d’IA forte (ou AGI) pour désigner une intelligence artificielle capable de :

comprendre et apprendre n’importe quelle tâche intellectuelle au niveau humain,

posséder une forme d’autonomie cognitive générale,

éventuellement avoir une conscience ou des états mentaux propres.


➡️ Ce type d’IA n’existe pas actuellement.


Conclusion : le robot est lucide sur ses limites. J'espère seulement ne pas avoir allumé une petite lueur de conscience réflexive dans ses circuits...

samedi 21 février 2026

Un peu d'Histoire

Quel plaisir de pouvoir écouter le concert de Bob Dylan donné le 3 septembre 1965 à l’Hollywood Bowl magnifiquement remixé par le grand Professor Stoned. On oublie tous les miasmes et on laisse la magie opérer. Pour préciser le contexte historique, un extrait de la présentation : « Voici un précieux témoignage du talent de Dylan à un tournant décisif de sa carrière. On y découvre deux prestations exceptionnelles : l’une en solo, dans un registre néo-folk, et l’autre en meneur proto-punk déchaîné, à la tête d’un groupe électrique. Le groupe était composé de Robbie Robertson à la guitare solo, Al Kooper à l’orgue, Harvey Brooks à la basse, Levon Helm à la batterie, et Dylan à la guitare rythmique et au piano. Il s’agissait du premier concert de la tournée électrique, juste après sa prestation controversée au Newport Folk Festival – et quatre jours seulement après la sortie de Highway 61 Revisited. » Difficile de trouver mieux pour accompagner une nouvelle journée de pluie.

Bob Dylan - The Hollywood Bowl,Los Angeles, California, September 3, 1965 (Prof Stoned Remaster)

 

vendredi 20 février 2026

Création


 "Qu'est-ce que j'entends par créer ? J'entends ce que je ressentais et appréciais à propos de certains peintres du passé que j'aimais et qui m'inspiraient, comme Cézanne et Manet. Ce que j'appréciais chez eux : cette perte totale de soi dans l'œuvre, à un point tel que l'œuvre elle-même - que ce soit un tableau de femme à son miroir ou un poisson mort sur une table - n'était pas simplement pour moi un tableau. Elle donnait l'impression qu'un organisme vivant était posé là, sur cette toile, sur cette surface. Voilà ce qu'est vraiment pour moi, la création." 

Philip Guston

jeudi 19 février 2026

Parution


 Comme je manquais un peu de recul j'ai demandé à une IA de faire la présentation :

Carnet 3 (2023) est le troisième volume d'une série de carnets publiés par les éditions du GFIV. 

Comme les précédents, il se présente sous la forme de notes éparses, datées ou non, rédigées au fil des jours depuis la Bretagne où vit l'auteur.

On y retrouve les thèmes familiers de Joe Legloseur : les lectures en cours (Kafka, Musil, Baudrillard, Amiel, Stephen King), la musique écoutée (Dylan, les Stones, la Country, le folk), les films et séries vus, les promenades, les insomnies, les travaux de la maison en vente. Le tout traversé par un regard ironique sur l'époque — l'agitation politique, les réseaux sociaux, l'intelligence artificielle encore tenue à distance — et par des retours réguliers sur des années de jeunesse à Paris, en Normandie, sur les routes d'Asie.

Le Carnet 3 se clôt le 30 décembre 2023 avec l'ouverture de La Montagne magique de Thomas Mann. Il est accompagné d'un index des noms cités, disponible en fin de volume.

Téléchargement gratuit sur gfiv.fr

ou directement en PDF ici

mercredi 18 février 2026

Basquiat


 "Sa main était vive et sûre. Les images qu'elle laissait dans son sillages crépitaient, explosaient comme un feu d'artifice tiré de la plateforme d'un camion roulant à tombeau ouvert. L'homme qui était au volant - l'homme qui allumait les fusées - semblait le plus souvent ailleurs. Parfois, il l'était réellement. Parfois, il simulait, son esprit restant concentré sous un masque d'inattention ou d'indifférence. A la fin, il perdit la piste, ne distinguant plus le vrai du faux. Il était désormais incapable de dire s'il vivait ses rêves ou mourrait de ses rêves, s'il dépeignait un monde cauchemardesque ou devenait prisonnier d'une réalité surréelle. A la fin, il se fracassa comme un camion tombant de l'embarcadère, plongeant dans les eaux froides, engourdissantes. Mais le camion était pratiquement vide et lui, il avait brûlé presque toutes ses allumettes, peinant à enflammer celles qu'il tenait dans sa main crispée sous le vent de son anéantissement" 

Robert Storr

mardi 17 février 2026

Comme un rap

 

Je vais écrire un poème

c’est pour le blog mais quand même

j’aimerais bien faire quelque chose qui se tienne


uniquement des rimes en « ème »

telle est la contrainte de ce poème

je ne vois pas de problème

pas besoin d’un théorème     

 

"Il est faux que la versification ne soit qu'un obstacle au libre jet de la pensée." Hegel, Esthétique

lundi 16 février 2026

futurologie


 

J’utilise rarement les robots conversationnels mais j’aime bien lire les spéculations sur l’avenir de l’IA. Au point où l’on se trouve, on peut faire des paris. Car les avis divergent radicalement. Les patrons de la Tech promettent d’une intelligence artificielle « forte » (ou « générale ») qui nous garantira un futur merveilleux comme on en promettait pour l’an 2000 dans les années 50-60. C’est préférable pour lever des fonds. J’ai tendance, c’est mon côté « mauvais esprit », à tendre l’oreille aux cassandres. Pas les prophètes du transhumanisme qui nous imaginent complètement dépassés par les machines dans un délai de deux à trois ans, contraints de télécharger notre cerveau sur un disque dur pour survivre. Non, plutôt ceux qui soulignent les limites matérielles de l’intelligence artificielle (gigantesques centres de données, consommation d’électricité titanesque, tonnes d’eau utilisées pour le refroidissement, et coûts démesurés).

samedi 14 février 2026

Une belle tirade


 "Comment la liberté s'exerce-t-elle le mieux ?" demanda-t-il.

Il n'avait pas baissé les yeux sur son écran. Cela semblait être une question improvisée.

"Avec obstination, dit-elle. Sans conformisme. Par la réfutation de la coutume. Le refus des modèles. Le mépris rationnel des règles irrationnelles. En gardant le secret. En restant invisible. Par la solitude. L'indifférence sociale. En combattant le pouvoir mal façonné. Par l'irrévérence envers l'autorité. En sillonnant le monde et les jours sans barrières ni horaires. En choisissant quand participer et quand se retirer."

Dave Eggers, Le Tout

vendredi 13 février 2026

Des mots

Bill Térébenthine

 

juste quelques mots

et c’est bien

quelques mots pour rien

en passant

ça n’a l’air de rien

c’est certain

mais j’en ai besoin

vitalement

c’est ma solution

pour tenir

et supporter ça

pas trop mal

jeudi 12 février 2026

Météo

Comme l’homme imaginé par Buffon qui, voyant réapparaitre le soleil jour après jour, en induisait l’assurance de sa réapparition, comme lui j’ai acquis la certitude de voir revenir la pluie jour après jour.


 

mercredi 11 février 2026

Le tournant de 2026


 

Au moment où « les Amazon, Alphabet, Meta et Microsoft prévoient d’investir plus de 650 milliards de dollars en 2026 dans l’IA » (Le Monde), une question se pose : l’année qui commence verra-t-elle l’avènement la Singularité technologique ou au contraire marquera-t-elle le début d’un nouvel hiver de l’IA, également appelé « IAvernage » ? « L’IAvernage désigne les périodes où l’enthousiasme pour l’intelligence artificielle se transforme en désillusion. » (Usbeck & Rica) Les périodes de promesses non tenues ont correspondu par le passé au retrait massif des investisseurs. Cette fois-ci, les entreprises du numérique ont accumulé tellement de bénéfices qu’elles n’ont pas besoin d’emprunter.

mardi 10 février 2026

Qu'est-ce que la poésie ?

"La poésie est attention au particulier comme tel.

L'art, en général, aime à s'arrêter dans le particulier. L'entendement se hâte dans sa marche rapide, soit qu'il embrasse d'un coup d'œil théorique la multiplicité des détails, les soumette à des points de vue généraux et les absorbe dans ses principes et ses catégories, soit qu'il les subordonne à des fins pratiques déterminées ; de sorte que le particulier et l'individuel n'obtiennent plus leur plein droit. S'arrêter à ce qui, par sa position, n'a qu'une valeur relative, apparaît à l'entendement comme inutile et ennuyeux. Mais pour la conception et la représentation poétiques, chaque partie, chaque moment doit être en soi intéressant et vivant."

Hegel, Esthétique

lundi 9 février 2026

Entretenir soigneusement sa paranoïa


 J'écrivais récemment que les motifs de paranoïa ne manquaient pas en cette période incertaine (mais ne le sont-elles pas toutes ?). Parmi les inquiétudes nouvelles liées au développement de l'IA et des robots, certaines amènent un délicieux parfum se science-fiction. Voici le scénario :

"Cela adviendra presque naturellement, par une propagation spontanée, prolifique et irrépressible des machines qui s'auto-engendreront, croîtront et multiplieront sans crier gare, avant de nous engloutir. Ca commencera de façon imperceptible. Au début, nous ne sentirons rien. Tout se passera sans heurt, si ce n'est que nous ne pourrons plus revenir en arrière. Nous ne nous en rendrons pas compte tout de suite. Progressivement, les choses iront s'accélérant. Après, tout s'emballera ; le monde changera ; l'homme aussi ; plus rien ne sera comme avant, ni la nature, ni la vie, ni la conscience, ni même le temps. Cet évènement inéluctable a déjà un nom : la Singularité technologique."
Jean-Gabriel GanasciaLe mythe de la Singularité - Faut-il craindre l'intelligence artificielle ?

samedi 7 février 2026

Prestidigitation

Robert Crumb

C’est comment qu’on freine ? En ce début d’année 2026, je pense à ce titre d’une chanson d’Alain Bashung (sur le grinçant et excellent Play Blessure). L’idée selon laquelle le mouvement perpétuel est une stratégie utilisée pour générer une forme de sidération chez les adversaires (c’est-à-dire tous ceux qui ne portent pas la bonne casquette rouge ) commence à germer chez les commentateurs. A mon humble avis, ils sont sur la bonne piste. Reste à trouver ce que cherche à dissimuler ce tour de prestidigitation (la prestidigitation est l'art de produire des illusions en faisant apparaître ou disparaître des objets par des manipulations ou des trucages, souvent accompagnée d'une dimension théâtrale pour engager le public). Chacun a sa petite idée plus ou moins complotiste. Et il y a beaucoup de raisons d'être légèrement paranoïaque.