G-0C9MFWP390 Le Carnet de Joe Legloseur

vendredi 6 février 2026

Dylan 1970


 Les fans de Dylan le savent bien : il y a toujours une période à redécouvrir dans son vaste corpus. Depuis un moment, je suis plongé dans les enregistrements de l'année 1970, plus précisément les sessions autour de l'album New Morning. C'est le premier disque de Dylan que j'ai écouté, à un âge (treize ans) où l'on est durablement impressionné. Je ne savait rien à l'époque. Maintenant, je situe mieux. C'est une période spéciale. Il venait de sortir le très mal accueilli Selfportrait et cherchait à retrouver une crédibilité artistique. Les requins de studio qui l'accompagnent ici n'ont pas la subtilité de The Band. Ils semblent tâtonner un peu, comme s'ils découvraient les titres au fur et à mesure ce qui devait être le cas. Du coup, ils ont une approche un peu jazzy qui donne à l'ensemble une tonalité feutrée doucement mélancolique qu'on retrouve sur beaucoup de titres. Quant à la voix, ce n'est plus du tout celle du crooner de l'album précédent et on ne la retrouvera nulle part ultérieurement.   

jeudi 5 février 2026

TOUT DOIT DISPARAITRE

Bill Térébenthine


J’aimerais tant retrouver

la force de négation

dont je faisais preuve

à seize ans

 

Ô le joyeux massacre

joyeux et jubilatoire

difficile à reproduire

et pourtant nécessaire


 

mercredi 4 février 2026

Surnager


 "Ne sachant pas gagner, que faire d'autre pour ne pas rester au fond de la cuve ? Il fallait une ceinture de sauvetage pour surnager. La poésie ! Il fallait en exploiter les moyens sans glisser dans le honteux travers d'étaler sans pudeur ses plus intimes sentiments, sans exhiber ses plaies, ni trop habilement vouloir tirer parti de ses faiblesses. Il fallait se sauver, non ses perdre."

Pierre Reverdy

mardi 3 février 2026

Business as usual


 

Plus j’avance dans le roman de Dave Eggers et plus je me dis que cette description bien documentée du management en vigueur dans les entreprises de la Tech doit être aujourd’hui dépassée. En effet, ce qui est montré ici sous une forme caricaturale et avec un humour corrosif relève d’un climat bien-pensant dégoulinant d'altruisme où règne la tyrannie des bons sentiments affichés, de l’inclusion, du souci de l’environnement poussé jusqu’à l’absurde et de la hantise de l’empreinte carbone. C'est-à-dire l'exact contraire de l’idéologie défendue par président auquel les patrons ont prêté allégeance sans vergogne. A ce jour, on ne note aucun état d'âme en provenance de la Silicone Valley.

 

lundi 2 février 2026

Libération


 

— Je me trompe peut-être mais j’ai l’impression que le fait de gâcher son temps à scroller sur les réseaux dits sociaux est en train de perdre de son prestige.

— Ce n’est plus aussi cool, mais comme il s’agit d’une addiction il en faudrait plus pour arriver à un décrochage massif.

— Je crois que plus on expliquera aux jeunes gens l’origine du scroll infini qui a remplacé le clic vers le milieu des années 2000, qu’on parlera de ces types cyniques qui sont à l’origine de ces techniques de captation de l’attention et plus il sera difficile de tomber aveuglément dans le panneau.

— Toujours aussi naïf...

— J'habite J'habite très loin d’un lycée et le spectacle de ces adolescents transformés en zombies, esclave des algorithmes, qui ne voient rien autour d’eux, est pénible. J’attends l’arrivée d’une nouvelle génération qui se libère de cette aliénation.

— Et ils jetteront tous leurs smartphone sur le sol avant de le piétiner.

— Ce sera un grand pas pour l’humanité.

 

 

samedi 31 janvier 2026

Une forme de folie


 

On ne va pas faire les difficiles. Le Tout de Dave Eggers ne peut pas à la fois proposer une critique dévastatrice de l’emprise opérée sur les cerveaux par les géants de la TECH (devenus trumpistes entre temps) et être en plus un grand écrivain. Il y a des longueurs, et pas du tout de style. Le roman se lit quand même agréablement, un peu comme on regarde une bonne série. Les meilleurs passages sont ceux qui ne relèvent presque pas de la science-fiction mais décrivent ce qui est déjà là, comme dans cette lettre qu'une prof de l'université adresse à l'héroïne pour la supplier de quitter cet emploi. Extrait :

"Une étudiante m'a raconte récemment qu'elle avait écrit mille deux cent six messages au cours des dernières vingt-quatre heures. Elle communique quotidiennement avec au moins quarante-neuf personnes. C'est manifestement une forme de folie, de monomanie. Pourtant, ce niveau de contact et de disponibilité est considéré comme une condition préalable pour prendre part à la société."  

vendredi 30 janvier 2026

Concentration

Bill Térébenthine

 

Ma première girl friend

doit avoir soixante-dix ans maintenant

il est temps d’aller directement

à l’essentiel

pour lequel je n’ai pas de nom

 

je sais par expérience

qu’il ne s’agit pas d’une invention

il s’agit au contraire

de la seule chose vraie

celle qui demeure intacte

 

tout le reste se dissipe en fumée

comme si rien n’avait existé

au-delà des conventions

rien n’avait d’importance

sauf cette sensation

jeudi 29 janvier 2026

L'art du portrait

 

Félix Fénéon (1861-1944)


"Réfugié dans sa misanthropie submersible, tel le capitaine Nemo, l'œil collé au hublot des profondeurs, il contemple, incrédule, ces drôles de poissons blancs que l'on nomme homo sapiens. Il se plait à rouler les officiels et leurs officines dans un gluant mépris, préfigurant Arthur Cravan, Jacques Vaché et, surtout, Marcel Duchamp, clown spectral.

Grand, svelte, plutôt sec, le nez assez fort dans un long visage osseux, vêtu avec une élégance british, il porte à l'extrémité du menton un pinceau de poils assez longs qui lui assure d'indéniables succès féminins."

Patrice Delbourg, Les désemparés : 53 portraits d'écrivains

mercredi 28 janvier 2026

Un rêve qui finit bien


 

Ce matin

j’ai ouvert les yeux

en pensant à Apollinaire

et au climat mélancolique

des fois dernières

 

les rêves sont souvent interrompus

celui-là ne l’était pas

il s’attardait sur la dernière scène

en un long plan séquence

dans une ambiance fin de vacances


une jeune fille se baignait nue

un gars aux yeux tristes

parlait avec elle

je crois qu’il avait compris

que c’était moi qu’elle avait choisi