dimanche 30 novembre 2025
samedi 29 novembre 2025
Ici
la journée s’est écoulée
sans évènement marquant
courses au supermarché
un peu de lecture
promenade
des travaux dans la rue
m’obligent à prendre un trajet
qui longe le cimetière
particulièrement désolé
avec les tilleuls dénudés
et le mur humide
une bonne manière
d’apprécier sa chance
même si un vent mauvais
vous fait grelotter
vendredi 28 novembre 2025
Souvenirs, souvenirs
Le problème avec les souvenirs, c’est qu’on peut
difficilement les modifier ou en inventer de nouveaux. Les deux opérations
peuvent être effectuées lorsqu’on s’adresse aux autres ; vis-à-vis de
soi-même, c’est beaucoup plus difficile. On peut également tenter d’effacer les
souvenirs désagréables et solliciter les bons moments. La principale limite de
la démarche est qu’on se heurte à la quantité relativement réduite de souvenirs
méritant plusieurs rediffusions. J’en ai cinq ou six de ce niveau (c’est déjà
pas mal, j’en suis conscient). Ils ressemblent à des scènes de films du genre
Truffaut ; mais même ces moments hors du temps peuvent finir par s’user.
Le mieux est encore d’en créer des nouveaux, si cela est encore possible.
jeudi 27 novembre 2025
Prêt ?
Complètement prêt
pour cotoyer des gens
dont le principal ami et
confident
est une IA
je suis extrêmement tolérant
comme pouvaient l’être les
sceptiques
qui suspendaient leur jugement
la situation est claire
surtout le matin en regardant
dehors
le jardin après la pluie
tandis que les infos défilent à
la radio
d’un côté la lumière dorée du
soleil d’automne
sur les feuilles luisantes et de
l’autre côté
le défilé des réalités
alternatives
on s’y fait petit à petit
on se fait à tout
c’est même à ça qu’on nous
reconnait
nous les humains
mercredi 26 novembre 2025
Quart de rond et souvenir de Françoise M.
L’humidité battait des records
et le vent soufflait fort
(cette rime s’est glissée
indépendamment de ma volonté)
j’étais en train de me concentrer
sur une baguette en quart de rond
que j’avais l’intention de scier
soudain François M. a envahi mon
esprit
surgie du fin fond de la classe
de troisième
avec ses petits seins pointus
qui se dressaient sous sa blouse
j’y pensais en regardant tomber
la pluie sur la terrasse
bref j’étais complètement
déconcentré
le bricolage a fini en
catastrophe
et c’est la faute à Françoise M.
mardi 25 novembre 2025
le fleuve du temps
Je constate que France Inter est
inaudible
à moins d’aimer les rires forcés
les interviews de rappeurs
ce genre de choses
je sauve quand même
deux émissions
le jeu des 1000€
(banco ! banco !
banco !)
et le bulletin météo
deux points de repères
qui ont traversé le fleuve du
temps
sans rien changer ou presque
deux façons de voyager
dans les régions et les villes
où je ne mettrai probablement
jamais les pieds
et qui me font rêver
parce que je ne les ai jamais
vues
lundi 24 novembre 2025
ECLAIRAGE
Ô cruauté du soleil d’hiver
lumière blanche et rasante
qui éclaire impitoyablement
chaque couche de poussière
souligne la moindre ridule
rappelant que les coups de vieux
surviennent toujours par surprise
toujours sans prévenir
inutile d'ajouter que
passer un coup d’aspirateur
dimanche 23 novembre 2025
samedi 22 novembre 2025
Lire en faisant la cuisine
Tout à l’heure, en préparant le
dîner, j’ai lu un passage du Journal
de Matthieu Galley dans lequel il évoquait une soirée où se trouvait « un Aragon
détendu » (bien sûr accompagné de l’inévitable Elsa). L’occasion d’un
portrait dont je me suis régalé. « Il crée consciemment le malaise, il
aime que l’air, autour de lui, soit électrique. Mais c’est lui-même qui branche
le courant. »
vendredi 21 novembre 2025
Actualités de l’IA
« Halluciner, percevoir ou sentir quelque chose qui n’existe pas, est souvent le signe d’un trouble psychologique. C’est pourtant ainsi que les firmes de la tech ont choisi de désigner les affirmations erronées produites par l’IA. Une manière d’anthropomorphiser la machine jusque dans ses manquements. Le vocable, pourtant, n’est pas dénué d’intérêt. « Certains critiques du terme considèrent qu’“hallucination” devrait être utilisé pour décrire le fonctionnement même des IA génératives, plutôt que leurs dysfonctionnements, s’amuse Gustavo Gomez-Mejia. En effet, parce que ces modèles statistiques n’ont pas de conception du réel, ils “parient” constamment sur la réponse la plus probable – et ce n’est que dans certains contextes que le produit de ce pari s’avère coïncider avec le réel, par une sorte de “faux raccord”.» Considérer les agents conversationnels pour ce qu’ils sont – non pas des intelligences omniscientes, mais des machines à halluciner – aurait à tout le moins l’intérêt de préserver ce qui peut l’être du fragile consensus sur la réalité. » Le Monde
jeudi 20 novembre 2025
Ce qui compte vraiment
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| Portrait de Nikita Khrushchev en 1964 |
Lu dans le Journal de Matthieu Galey un passage qui résonne particulièrement avec le recul du temps. L’auteur évoque un bref moment de bonheur et s’exclame. « Certains miracles existent. Il suffit de savoir les surprendre. Parfait bonheur d’un instant, tandis que Khrouchtchev disparaît, que les Chinois font exploser leur première bombe atomique... Aux yeux de Dieu, de l’absolu, je suis sûr que c’est cette joie passagère qui compte. Tout le reste est une pantalonnade. On ne m’enlèvera jamais cela, ce rien, qui est essentiel. De Gaulle, Kossyguine, etc., ils passeront tous ; on ne comprendra plus rien à leurs mobiles absurdes. Mais un instant de bonheur, on saura toujours ce que c’est.» Et oui. On pourrait écrire exactement la même chose aujourd’hui en remplaçant les noms par ceux qui saturent l'espace informationnel.
mercredi 19 novembre 2025
Feuilles mortes
Que vois-je ?
pas de pluie prévue à midi
la promenade du chien aura bien
lieu
sans presser le pas sous la
menace d’une averse
mine de rien ce petit tour
tient une place importante
dans l’équilibre de la journée
marcher dehors
regarder le monde autour
croiser des gens de tous les âges
entendre les bruits de la rue
toutes ces sensations viennent
contrebalancer
les données immatérielles
transmises
par les appareils électroniques
car le vent ne pousse pas les
feuilles
sur les trottoirs numériques
mardi 18 novembre 2025
Danser et chanter sur la montagne
Eugène Savitzkaya, Un jeune homme trop gros
lundi 17 novembre 2025
Flashbacks
J’ai toujours un pied dans les
années 70. Pas en permanence, mais j’ai des flashs (comme on disait). Ce ne
sont pas des souvenirs au sens strict du terme, plutôt des sensations qui
surgissent, accompagnées d’émotions fugitives. Ces états qui durent peu de
temps semblent restituer des états de conscience qui seraient restés conservés
intacts. Où ? Difficile à dire. On peut parler de mémoire émotionnelle qui
se déclencherait selon des associations involontaires. Ce qui est troublant, c’est
l’irruption du passé. Il parait que les personnes qui ont ce trouble appelé
TDAH ont un rapport au temps différent. Cela vient du cerveau qui est câblé de
manière différente. C’est la raison pour laquelle on parle de « neurodivergents ».
Le problème, c’est que nous sommes une minorité (3,5 % environ pour les
adultes). Nous avons du mal à comprendre le monde qui nous entoure qui est
conçu par et pour les personnes dont le cerveau est considéré comme normal. On
les appelle « neurotypiques ». Je suppose qu’ils ne sont pas
assaillis à l’improviste par des émotions et des sensations remontant d’un
lointain passé comme des personnages de Philip K. Dick.
dimanche 16 novembre 2025
samedi 15 novembre 2025
Le futur a commencé
Dans ma voiture, j’avoue avoir
beaucoup de mal à utiliser la commande vocale pour demander au GPS de me conduire
à une adresse. A chaque fois que j’essaie de me lancer ma voix reste coincée au
fond de ma gorge. Le ridicule de la situation, probablement. Le robot ne
comprend pas et affiche sur l’écran « Je ne parviens pas à comprendre
votre demande. Veuillez recommencer. » Cette réaction me bloque encore
plus. Il faut pourtant s’entrainer. Notre environnement pourrait changer plus
rapidement que ce que nous avons connu depuis une trentaine d’années. La
journée commencera bientôt par une demande adressée à une cafetière, comme dans
un vieux roman de science-fiction. J’essaie de me convaincre que cela pourrait
être amusant au lieu d’être inquiétant. Pour l’instant, mes efforts d’adaptation
n’ont rien donné.
vendredi 14 novembre 2025
Soir d'automne
Il fait doux. Un soir de novembre
qui ressemble au mois d’avril. Le réchauffement et sa menace plane dans l’air.
Les lumières se reflètent sur l’eau noire de la rivière. Sur les quais, un son
de saxophone dans lequel je crois reconnaitre un air connu. En approchant, la
mélodie jouée à tâtons se précise : il s’agit de Fly Me To The Moon. Le musicien la reprend encore et encore.
J’imagine qu’il a quitté un appartement pour venir travailler son instrument au
bord de l’eau.
jeudi 13 novembre 2025
Le temps est-il une illusion ?
Lorsque je promène le chien du
côté des immeubles HLM, j’aperçois souvent un vieux monsieur qui marche
lentement en poussant un déambulateur contenant ses sacs de courses. Il porte
un petit chapeau assez élégant, se tient bien droit et, chose devenue rare,
fume constamment une cigarette sur laquelle il tire avec énergie. A chaque fois
qu’il apparait sur le trottoir, j’ai l’impression que ce personnage a une
dimension symbolique sans bien savoir de quoi exactement. Hier, je crois avoir
trouvé. La scène qui se répète à l’identique a un rapport avec le temps qui
semble ralentir sur son passage, presque jusqu’au point de s’immobiliser.
mercredi 12 novembre 2025
La fin de la colère ?
![]() |
| Bill Térébenthine |
Je ne suis plus aussi souvent en colère même si cela m’arrive encore. Il y a pas mal de motifs en ce moment, non ? Ce qui a changé, c’est le fait que ces colères ont quelque chose de déplacé dans ce décor confortable. Et puis il y a évidemment l'effet de l’âge. On parle rarement d'un « vieil homme en colère ». Ce sentiment semble réservé à la jeunesse, pauvre et mal nourrie de préférence. Alors je garde ces accès de colère pour moi. Je trouve assez rapidement un moyen de me calmer. Ce ne sont pas les distractions qui manquent.
mardi 11 novembre 2025
Un peu de philosophie
Le dernier numéro de Philosophie Magazine titre « La
mort, autant s’y préparer ». Lorsque j’ai vu cette couverture, j’ai pensé
« Tu ne t’occupes peut-être pas suffisamment de la mort ; elle n’est presque
pas présente à ton esprit. Voyons ce qu’en disent les personnes
interviewées. » Parmi eux, Pacôme Thiellement m’a tout de suite rassuré
lorsqu’il dit : « Il est vain de l’anticiper, car elle ne ressemble
jamais en rien à son attente. » Mieux : il est préférable de penser à
vivre « car dix ans passent à la vitesse d’une journée. » Et un peu
plus loin, je lis que pour Spinoza tant que la vie est là, la mort est absente
ou niée. C’est bon. Je vais continuer à ne pas y penser en me concentrant sur
la satisfaction d’être en vie.
lundi 10 novembre 2025
Sans réponse
Je me pose des questions, tout un
tas de questions. Je ne demande pas des solutions. A ce sujet, je n’ai plus
d’illusion. Je me demande seulement si la situation est vraiment catastrophique
ou si c’est un tour de mon imagination, une invention des médias, une
construction. Heureusement, la plupart du temps j’oublie les questions. Je
prépare un repas ou je promène le chien, j’écoute de la musique ou je lis un
bouquin. Et ça fait du bien.
dimanche 9 novembre 2025
samedi 8 novembre 2025
L'autre côté
vendredi 7 novembre 2025
Bienvenue à bord
Vous arrivez sur un blog
remarquablement discret, à la limite de l’invisibilité. Si vous l’avez trouvé
ce n’est pas en cherchant sur Google puisque le moteur de recherche n’est
toujours pas parvenu à ce jour à référencer le Carnet. Pourtant, les petits moteurs de recherche alternatifs y
parviennent. Pas grave. On peut s’en passer, et même se constituer un public de lecteurs
fidèles. De toute façon, Internet est voué à disparaitre,
siphonné par les robots conversationnels. C’est ce que certains disent. On peut
aussi penser que rien ne se passera comme prévu.
jeudi 6 novembre 2025
Résumé
Résumé de la journée. Pas oublié
de rentrer la poubelle qui a tendance à bloquer le trottoir étroit. Relu, dans
le catalogue de l’exposition Philip Guston au Centre Pompidou, un texte de son
ami (et voisin) Philip Roth. L’écrivain évoque les doutes et les joies du
peintre au moment où il passait de l’abstraction à la figuration. Il y évoquait le
sentiment de liberté que l’on ressent lorsqu’on tâtonne sans trop savoir dans quelle
direction on va (je cite de mémoire). Cette remarque me fait penser à Bill
Térébenthine et aux bouts de papier qui trainent dans son bureau-atelier. Courses
en utilisant la nouvelle voiture qui passe totalement inaperçue sur le parking
du supermarché. Nous avons juste rattrapé la norme automobile en 2025. Satisfaction d'être enfin mainstream.
mercredi 5 novembre 2025
Pendant ce temps, chez Bill Térébenthine...
![]() |
| Bill Térébenthine |
— Que t’arrive-t-il, Bill ?
— Rien. Au sens strict du terme.
— Peux-tu développer au sujet de ce
rien ?
— Je n’ai plus de goût à peindre
et à dessiner.
— Ah merde. Et comment tu l’expliques ?
— C’est assez simple. Depuis une
dizaine d’années, mes réalisations consistaient pour l’essentiel en dessins d’observation
et en peintures d’après des photos prises durant des promenades. C’est-à-dire
que je pratiquais un art d’imitation.
— Et ?
— Et il se passe que je ne peux
plus me mettre au travail pour continuer dans cette voie depuis que j’ai lu ce
que disait Hegel de l’imitation envisagée comme le but de l’art.
— Il en disait quoi, Hegel ?
— Pour lui, l’art n’a pas pour
fonction de reproduire du mieux qu’il peut le monde extérieur. Selon ses termes
tels qu’ils ont été rapportés par ceux qui suivaient ses cours, il s’agit d’un
travail superflu. Je vais retrouver le passage. Il parle d’un « jeu
présomptueux, qui reste bien en deçà de la nature ».
— Il y va fort, là. Mais ne
dit-on pas que dans l’Antiquité on admirait l’illusionnisme de Zeuxis dont les raisins
trompaient même les oiseaux ?
— Bien sûr. Hegel en parle. Ecoute
ça. « Au lieu de louer des œuvres d’art parce que des pigeons ou des
singes s’y sont laissés tromper, il faudrait plutôt blâmer ceux qui croient
avoir porté bien haut l’art, alors qu’ils ne savent lui donner comme fin suprême
qu’une fin si médiocre. »
— Je vois pourquoi Hegel a semé
le doute. Et tu vas faire quoi maintenant ?
— Rien. Je gribouille sur des
bouts de papier en attendant de voir ce qui va sortir.
— Veinard. C’est le meilleur
moment.
mardi 4 novembre 2025
RETOUR DE PROMENADE
Les feuilles dans les flaques d’eau
le bitume luisant sous les
lampadaires
content d’être rentré à l’abri
dehors il fait déjà nuit
rien écrit encore de la journée
j’écoute Blind Willie McTell
pas le vieux bluesman mais Dylan
qui rend hommage au chanteur
aveugle
j’apprécie la musique
j’apprécie d’être vivant
j’apprécie d’être là
je ne sais pas à qui m’adresser
pour dire merci
lundi 3 novembre 2025
Incompatibilité
Il y a une chose qui me sépare
définitivement de la droite : c’est la croyance dans la valeur travail. Je
n’ai pas eu les moyens financiers (ni le courage) d’appliquer le beau slogan
que Guy Debord écrivit sur un mur. Faute de mieux, je lui ai substitué un
modeste « Travailler le moins possible ». Je me suis toujours méfié du travail. Trop de
pénibilité. J’ai fait en sorte de m’en protéger en commençant tard et en
arrêtant le plus tôt possible. C’était une question de survie. Mais je n’ai
jamais essayé d’aborder le sujet avec les travailleurs que je croisais, encore
moins d’essayer de les entrainer dans ma désertion douce.
dimanche 2 novembre 2025
samedi 1 novembre 2025
Atterrir
![]() |
| Bill Térébenthine |
Hegel et la spiritualisation de
la matière dans l’art, c’est très bien, mais la réalité c’est que ces dernières
semaines j’ai passé la plus grande partie de mon temps à lire le manuel de la
nouvelle voiture. Les dispositifs de sécurité, le
fonctionnement de la climatisation et de l’écran multimédia, le contrôle de la pression des
pneus et le mode « éco » sont passés au premier plan dans mon esprit.
J’ai l’impression de sauter d’un seul coup dans le siècle en cours après avoir
continué à trainer pendant 25 ans dans le monde du siècle dernier.
























